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samedi 8 septembre 2018

Rêver - Franck Thilliez

TRIGGER WARNING
[Sang, automutilation]



Note : Plusieurs termes (suivis par un *) sont en lien avec les rêves et le sommeil, un dictionnaire est disponible en bas de l'article si vous souhaitez en savoir plus ^^


Quatrième de couverture

Psychologue réputée pour son expertise dans les affaires criminelles, Abigaël souffre d'une narcolepsie* sévère qui lui fait confondre le rêve avec la réalité. De nombreux mystères planent autour de la jeune femme, notamment concernant l'accident qui a coûté la vie à son père et à sa fille, et dont elle est miraculeusement sortie indemne.
L'affaire de disparition d'enfants sur laquelle elle travaille brouille ses derniers repères et fait bientôt basculer sa vie dans un cauchemar éveillé...
Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même.


Que dire ?

Plusieurs thèmes sont abordés dans ce roman, le principal étant le sommeil et tout ce qui y touche : rêves et maladies du sommeil. J'ai également fait un parallèle avec les rêves lucides*.
J'ai été agréablement surprise car la plupart des points abordés sont traités de façon réaliste : les rêves ne sont pas des outils pour voir le futur, la narcolepsie n'est pas un élément comique et des traitements permettant de réduire les symptômes sont présentés. La cataplexie* est également mentionnée, elle est même utilisée pour souligner les fortes émotions du personnage, sans que ce soit répétitif ou abusif.
De plus, certains passages en profitent pour souligner l'importance du sommeil sur le cerveau, pour expliquer les différentes phases de sommeil ou pour aborder les croyances et mythes qui tournent autour du monde onirique (comme les « démons » que des personnes peuvent voir lors de paralysies du sommeil*). Il y a même certains questionnements, comme l'identité au travers des souvenirs. Comment savoir qui on est, si nos souvenirs nous font défaut, peuvent être modifiés, voire effacés ?
La façon dont la maladie est abordée m'a également plu : avant ses pertes de mémoire, Abigaël semblait être parvenue à un équilibre, sa maladie pouvait être parfois dérangeante mais Abi n'était pas victime de celle-ci : elle a une fille, un métier à hautes responsabilités et des collègues compréhensifs.ives. Donc une façon cool de représenter les troubles ou maladies chroniques.

Malgré tout ça, il y a un détail qui m'a dérangée. Et ce qui est dommage, c'est que c'est un détail important. Pour tenter de dissocier rêves et réalité, Abi met en place une stratégie très connue dans la communauté des rêveur·euses lucides : les tests de réalité*. Le souci est que les tests utilisés par Abi ne sont pas fiables du tout ! Ils se basent sur une croyance fausse qui est « en rêve, on ne peut pas se blesser ou ressentir de douleur ». C'est cette croyance qui pousse les gens à se pincer (très fort) pour vérifier s'ils rêvent ou non. Or, ce test de réalité ne sert à rien car on peut ressentir la douleur en rêve et on peut même saigner.
Aussi, je pense que ses tests ne sont là que pour une chose : souligner la déchéance du personnage, refléter son déséquilibre mental par des blessures physiques qui sont de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que l'histoire avance.
Malgré tout, j'aime la raison qui pousse Abi à utiliser ces tests-là : elle a noté ses rêves et a analysé ces derniers. C'est ce qui lui a permise de constater les éléments récurrents et de réagir en conséquence. Ce genre d'analyses est une chose que les rêveur·euses lucides font souvent.

Il y a plusieurs dualités dans ce roman. La première, et la plus évidente, est celle qui oppose rêve et réalité. Ici, on ne retrouve pas d'opposition manichéenne, avec le monde des rêves où « tout est possible » qui semblerait mieux que la morne réalité. Non, ici, les deux se valent. Abi n'est en sécurité nulle part, elle n'a pas vraiment de moments de répit : à cause de son métier et de son passé, ses rêves sont souvent chaotiques, violents, peuplés de créatures hideuses. Sa réalité n'est guère mieux car elle lutte contre son corps, sa maladie, contre les monstres bien réels que sont les criminel.le.s.
Une autre dualité est celle qui oppose corps et esprit. Abi perd la mémoire, de plus en plus souvent. Son esprit lui fait alors défaut, elle ne peut pas s'y fier. Elle utilise alors son corps pour tenter de rester dans la réalité : elle se fait mal pour savoir si elle rêve ou non. Son corps est donc une sorte de bouée de sauvetage pour ne pas perdre pied... sauf que son corps n'est pas totalement fiable non plus, à cause de crises de sommeil ou de cataplexie qui peuvent la prendre n'importe quand. Là encore, Abi n'a pas de point de repères, pas de moyen de se stabiliser.
Il y a aussi une dualité temporelle et narrative. Le récit est structuré en deux axes temporels : l'un débute un peu avant l'accident, l'autre dix jours avant la résolution de l'enquête policière.
Les aller-retours entrent ces deux axes sont fréquents. De plus, en parallèle, il y a deux trames narratives : l'une suit l'enquête policière, l'autre se concentre sur Abigaël qui mène une (en)quête personnelle sur les mystères autour du fameux accident et qui lutte contre les pertes de mémoire aux origines inconnues.

Tout cela m'a un peu donné le vertige. Tout comme notre protagoniste, je me suis vite sentie perdue, ne sachant qui ou quoi croire.
Un petit repère est donné pour nous aider à remettre de l'ordre dans les événements mais malgré tout, un retour en arrière a été nécessaire pour me remémorer les événements précédents.
Le repère en question est une ligne avec deux points, les deux événements majeurs de l'histoire. Les autres sont vaguement situés sur cet axe, mais restent flous. Au cours de ma lecture, j'ai regretté de ne pas avoir pris quelques notes pour garder une trace des événements et l'ordre dans lequel ils se sont produits. Avec un autre livre, je pense que j'aurais trouvé ça gênant mais dans ce dernier, cela m'a aidée à ressentir une forte empathie pour Abigaël. Elle écrit pour lutter contre ses pertes de mémoire et je me suis retrouvée dans la même posture qu'elle : obligée de me raccrocher à un support écrit pour ne pas oublier ce qu'il s'est passé. Je me suis mise à douter de tout, également. On peut être certain.e des deux événements principaux, mais pas des autres car ils ne laissent pas de trace sur l'axe. Abi est-elle en train de perdre la tête ? Vit-elle vraiment les événements racontés ou tout cela se passe-t-il uniquement dans son esprit ? Ou, pire, est-ce un mélange des deux, tellement indissociables qu'il serait impossible de savoir ce qui est réel et ce qui ne l'est pas ?
Cependant, il y a une chose à laquelle j'ai pu me raccrocher, ce sont les émotions d'Abi. Que les événements soient réels ou non, c'est bien la seule chose sur laquelle on ne peut douter : elle a peur, elle est perdue, elle doute. Mais aussi, et surtout, elle fait preuve d'un courage et d'une détermination incroyables pour découvrir la vérité et s'en sortir par tous les moyens.

Donc, beaucoup de bonnes choses, beaucoup d'émotions, de réflexions...
Aussi, j'ai trouvé la fin un peu fade par rapport au reste. Je suis tout de même soulagée que ce ne soit pas un cliché du genre « Ah bah tout ça était faux, elle était dans le coma suite à l'accident ».
Même si l'auteur s'est bien amusé à nous perdre du début à la fin (perso, je me suis faite avoir...deux fois), les révélations finales ne sont pas aussi exceptionnelles que le parcours de notre chère Abigaël. J'ai parfaitement compris les motivations de l'antagoniste mais j'ai trouvé celles-ci un peu « légères », même si on peut les expliquer facilement (je ne dirais rien, sinon je spoile une bonne partie de l'histoire).


Bref !

Un coup de cœur ! J'ai découvert ce livre au travers d'une communauté de rêveurs.euses lucides dont je fais partie. Les rêves m'intéressent depuis longtemps. J'avais un peu peur du traitement réservé aux rêves et aux maladies du sommeil, plus précisément. Mais ici, je ne trouve presque rien à redire, si ce n'est les tests de réalité.
Je suis restée agrippée à l'histoire et il ne m'a pas fallu longtemps pour la finir. Cela a même donné un petit coup de pouce à ma mémoire onirique*. La fin du roman m'a un peu déçue, certes, mais elle reste logique et pertinente à mes yeux.
Je déconseille ce roman aux personnes qui n'aiment pas les récits ayant une chronologie chaotique. Par contre, si tu aimes ce qui touche aux rêves, au sommeil, etc, c'est une lecture intéressante et agréable car les erreurs dans ce domaine sont rares et ne nous sortent pas du roman.


Citation

« Que sommes-nous, sans mémoire, sans souvenirs, sans le rappel de ces visages, de ces voix qui ont accompagné nos existences ? Juste un point sur la courbe du temps ? »
(Assez drôle quand on sait que le repère qu'on nous donne est présenté sous forme de point sur un axe temporel ^^).


Bonus - Dictionnaire

Narcolepsie (ou maladie de Gélineau) : trouble du sommeil chronique, caractérisé par un temps de sommeil excessif. Les personnes concernées peuvent s'endormir involontairement, en pleine journée.

Rêve lucide : rêve dans lequel la personne est consciente qu'elle est en train de rêver. 
Le rêve lucide est un phénomène normal, qui peut être provoqué, qui a été étudié et vérifié scientifiquement. Les travaux de Stephen Laberge sont les plus connus actuellement.
Voir le site "Attrape-Songes" pour en savoir plus : http://attrape-songes.com/ 

Cataplexie : un des symptômes majeurs de la narcolepsie. C'est une perte du tonus musculaire, le plus souvent sous l'effet d'une forte émotion. La cataplexie cesse quand l'émotion cesse. Cela peut concerner certains muscles ou le corps entier, sans altération de la conscience (la personne s'effondre mais est parfaitement éveillée).

Paralysie du sommeil : lors de l'endormissement, le corps est soumis à une atonie musculaire, une paralysie des muscles pour éviter de bouger lors des rêves (imaginez le danger, si vous rêvez que vous sautez par la fenêtre pour voler ? sans l'atonie musculaire, vous sauteriez pour de vrai !). En temps normal, quand cette atonie intervient, nous ne sommes plus conscients. Mais certaines personnes le sont toujours. Elles sont donc paralysées mais conscientes. Cette expérience, appelée "paralysie du sommeil", peut être accompagnée d'hallucinations ou de sensations d'étouffement, ce qui rend le tout très désagréable quand on y est confronté·e pour la première fois.
La paralysie du sommeil peut être un symptôme de la narcolepsie.

Test de réalité : pour provoquer un rêve lucide, il existe plusieurs techniques. L'une d'elles consiste à vérifier régulièrement si on est en train de rêver, en espérant développer ce réflexe dans ses rêves. Il s'agit donc de "tester" la réalité. Pour cela, on se base sur certaines incohérences liées au monde des rêves.
Ex : dans un rêve, il est difficile, voire impossible, de voir le reflet d'un miroir. Le reflet est souvent flou, parfois au point de ressembler à un nuage de fumée, ou il est très différent de ce qu'il montrait.
Autre ex : dans les rêves, il est possible de se pincer le nez et de respirer par celui-ci malgré tout.
Donc, comme test de réalité, on peut décider de regarder un miroir ou de se pincer le nez et d'essayer de respirer par celui-ci. Si le miroir est net ou si l'air ne passe pas, cela veut dire qu'on ne rêve pas. Dans le cas contraire, c'est un rêve.

Mémoire onirique : Capacité à se souvenir de ses rêves au réveil. Chacun·e se souvient plus ou moins de ses rêves : certaines personnes peuvent ne garder aucun souvenir, d'autres ont des souvenirs très précis, avec beaucoup de détails.
La mémoire peut se travailler, en prenant l'habitude de noter ses rêves, tous les jours. Lire/écrire/réfléchir sur le sujet peut également avoir un effet positif sur la mémoire.

dimanche 7 février 2016

Prenez le temps d'e-penser, tome 1 - Bruce Benamran

Couverture Prenez le temps d'e-penser, tome 1


Quatrième de couverture

« Vous vous interrogez sur des phénomènes simples sans retrouver dans quelle case de votre cerveau vous avez rangé ce que vous avez appris en 5ème.
Vous êtes curieux mais pas franchement scientifique, ce livre est pour vous.
Qu'est-ce que l'électricité statique ? Pourquoi un aimant aimante-t-il ? Savez-vous ce qu'est la quinte essence ? Pourquoi éteint-on les lumières dans un avion un quart d'heure avant d'atterrir de nuit ? Mendeleïev est-il le premier vrai punk de l'histoire de la Russie ? Qu'a-t-elle donc de si « générale » la relativité générale ?
Le temps est-il une illusion ? La lumière est-elle d'ondes ou de particules ?
...prenez le temps d e-penser. »


Que dire ?

Mes études ont tourné autour de la littérature, plus parce qu'il fallait faire un choix que parce que les sciences ne m'intéressaient pas. Je suis plutôt curieuse et j'aime découvrir les coulisses du fonctionnement de notre univers (j'adore ce qui touche au cerveau). Aussi, la découverte de la chaîne Youtube « E-penser » et sa démarche de vulgarisation des sciences m'a vivement intéressée car elle me rappelait d'autres chaines que je suivais déjà (Axolot, Les Revues du Monde, entre autres) ainsi qu'une vieille émission impliquant un gros camion blanc. Je suis la chaîne à présent depuis plusieurs mois, c'est avec plaisir que je me suis plongée dans ce tome 1.

J'ai eu une petite crainte concernant le contenu du livre de Bruce, non pas sur sa qualité mais sur son intérêt. Le livre serait-il une extension de la chaîne ? Y aurait-il des sujets qui ne seraient jamais abordés sur celle-ci ? Ou serait-ce une simple copie sur papier ?
Bruce, dans la vidéo de présentationde ce livre, avait précisé que ce dernier traiterait des thèmes nouveaux, qui n’apparaîtraient pas sur la chaîne. Quelques thèmes seraient en commun, sans plus. Manque de bol, quand je suis tombée sur le chapitre traitant de la chaleur, la vidéo sur ce sujet a été publiée peu de temps après. J'ai eu la vague impression que le livre offrait moins de contenus exclusifs que prévu et j'ai été un peu déçue...sentiment qui s'est vite dissipé en terminant l'ouvrage.

J'apprécie la vulgarisation scientifique, qui prend le temps d'apporter une culture qui me paraissait trop complexe ou théorique quand on me l'a enseigné en cours (plus tard, j'ai longtemps eu l'impression que les scientifiques étaient un groupe de gens isolés qui devaient se sentir supérieurs aux autres). Les mathématiques sont au cœur des sciences, certes, mais elles étaient tellement mises en avant dans mes cours que personne ne prenait le temps de nous parler des individus derrière telle ou telle découverte, ou de nous exposer les applications qu'on avait sous les yeux sans le savoir. Par exemple, je n'ai pas eu de professeur m'expliquant que le ciel était bleu à cause de la diffusion de la lumière quand on a étudié celle-ci. En somme, emmagasiner des connaissances juste pour emmagasiner des connaissances, ça ne m'intéressait pas. Si j'avais eu un professeur avec une démarche différente, je me serais peut-être lancée dans les sciences plutôt que dans la littérature.

C'est justement une démarche différente que Bruce a adopté depuis les débuts de sa chaîne et, dès les premières pages de l'ouvrage, on se retrouve en terrain connu. J'ai tout de suite eu l'impression de « lire » une de ses vidéos tant son style est oralisé. Une personne suivant sa chaîne imagine facilement les expressions, gestes et mimiques qui pourraient accompagner le texte. Les petites parenthèses se focalisant sur un détail rappellent les changements de caméra pour un aparté. Tout comme dans ses vidéos, il aime jouer avec nous pour déconstruire des idées reçues sans nous prendre pour des imbéciles. Et ça fait du bien quand on voit que la télévision s'entête à nous fournir des divertissements « moins prise de tête », avec un contenu vide de sens et d'intérêt ou des documentaires apparemment intellectuels mais qui jouent trop sur l'aspect « extraterrestre/explosion de planètes/fin du monde ».

Bruce aborde les sciences selon des thématiques et avec la logique des associations d'idées. Par exemple, on parle de la lumière - stimulus visuel - puis des sens du corps humain, puis du fait qu'on « ne touche rien » à cause de l'électromagnétisme ; ce qui ouvre le chapitre sur l'électromagnétisme qui est une des quatre interactions qui décrivent les lois de la physique, donc on aborde les trois autres, dont la gravitation ; donc on aborde le système solaire, donc...je n'irai pas plus loin, je pense que vous avez compris l'idée ^^

Le dosage humoristique est bon dans l'ensemble, sauf certains passages où cela m'a fait perdre le fil. Il y a des paragraphes entiers que j'ai dû relire plusieurs fois avant de comprendre. Pour d''autres, j'ai préféré les passer pour y revenir plus tard. Et c'est là qu'on arrive à la « limite » du livre. Je mets « limite » entre guillemets car Bruce n'est pas responsable de ce souci : certains thèmes, même sous la lumière de la vulgarisation, sont difficiles à comprendre pour une personne n'ayant pas étudié les sciences en profondeur. Heureusement, ces passages restent rares et n'ont pas gâché la lecture.


En résumé...

Coup de cœur ! Je suis arrivée assez vite à la fin du livre et j'attends le suivant avec impatience, surtout que certains thèmes annoncés par Bruce m'intéressent beaucoup.
Par contre, je serais curieuse de voir ce qu'en pense une personne ne connaissant pas le travail de Bruce et qui découvrirait le livre sans introduction. Est-il abordable ? Cela plait-il aux individus ayant une formation scientifique ?


Une citation
(là, je reprends celle que Minidou a choisi pour sa chronique car elle m'a également beaucoup plu, en partie parce que cela fait écho à Alexandre Astier quand il dit, dans son sketch sur la physique quantique, que « nous sommes les enfants du silence éternel des espaces infinis. »)

« Tout ce qui compose le lecteur que vous êtes, mais également ce livre, l'air que vous respirez,  tout ceci est composé de Carbone, d'Oxygène, de Fer, de Plomb, de Magnésium, de Calcium, d'Uranium, de Soufre, de Cobalt, etc. Tous ces éléments sont uniquement l'héritage de générations entières d'étoiles mortes. Nous sommes tous des poussières d'étoile. » (p. 124, éditions Marabout, 2015).

lundi 9 mars 2015

Maliki, tome 1 : L'autre fille dans le miroir - Souillon


Quatrième de couverture

Maliki est une jeune fille de 13 ans, qui se sent différente des autres. Et à juste titre. Avec ses cheveux roses et ses oreilles pointues, elle est aussi plus mature et lucide que ses camarades. Jeune collégienne, Maliki traine un lourd secret. Son corps sert d'abri à une créature surnaturelle nommée Lady : fusion de l'esprit de son défunt chat et de l'esprit de Maliki, cette fille féline, s'éveille doucement et aimerait bien sortir et découvrir le monde... Maliki doit apprendre à contrôler cette présence fascinante et inquiétante à la fois, ainsi que les étranges pouvoirs qu'elle lui confère. Enquête aux sources de cette métamorphose; quotidien d'une collégienne et difficulté à trouver sa place quand on décide de ne pas rentrer dans un moule - premiers amours et super pouvoirs : la vie de Maliki est bien remplie et pleine de mystères.


Que dire ?

Ce roman m'a été offert par un très bon ami, qui a risqué sa vie pour obtenir ce roman dédicacé par l'auteur, à Angoulême. J'ai donc eu droit à un petit mot d'amour de Souillon et une carte à collectionner (qui me sert de marque-page à ce roman, d'ailleurs). En temps normal, Souillon est un auteur de BDs et c'est à travers ses webcomics que j'ai découvert le personnage de Maliki. Je me suis vite attachée à elle, à cause de son caractère, de l'univers, du style dynamique.

Mais, revenons-en au roman. La lecture de ce dernier a été très rapide, je l'ai quasiment fini lors d'une nuit d'insomnie. J'étais même surprise, cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi vite !
L'histoire de Maliki, jeune fille de 13 ans aux cheveux roses et aux oreilles pointues, m'a énormément plu. J'avoue être partie avec une certaine appréhension car j'avais peur que ce ne soit un roman pour les fans, bourré de références à l'univers riche de Maliki. Je fus vite rassurée de voir que ce n'était pas le cas, je pense même qu'une personne qui ne connait pas cet univers peut très bien lire le roman sans être perdu et peut passer un très bon moment. En effet, on a droit à une introduction, à travers le journal de la jeune fille, qui pose le décor, son caractère plus mature que ses camarades, ses soucis de collégienne et la découverte d'une entité qui vit en elle. Puis, on la suit dans sa quête pour comprendre ce qu'est cette entité et ce qu'il faut en d faire : s'en débarrasser ou cohabiter ?
En y repensant, connaître déjà l'histoire de Maliki via le wabcomic gâche un peu le suspens, mais c'est tout de même agréable de découvrir la façon dont l'auteur présente les événements mais aussi comment il prépare le roman suivant en glissant des indices ici et là.

Ce qui est intéressant également, c'est que la découverte des pouvoirs de la jeune fille est en parallèle avec ses préoccupations d'adolescente : les amours, les brimades à cause de sa différence, ses difficultés à vivre le divorce de ses parents, etc. Lady, la créature qui vit en elle, est en quelque sorte une représentation de sa personnalité qui s'affirme et qui, enfin, peut vivre au grand jour. C'est aussi, je pense, une façon de représenter tout ce qui peut se bousculer dans la tête d'une adolescente et qui ne demande qu'à sortir. Rien ne va se faire sans mal, malheureusement, car Maliki va devoir vivre quelques désillusions mais c'est ce qui va lui permettre de s'imposer, de savoir enfin qui elle est et de réussir à avancer.

Maliki est une ado « ordinaire », en dehors de son pouvoir. Elle a ses qualités mais aussi ses défauts, cache des choses à sa mère, a bien des questions et des soucis en tête.
En dehors de Maliki, j'ai trouvé les autres personnages assez sympathiques et bien construits. J'ai pris plaisir à les découvrir car, à part deux d'entre eux, aucun n'apparait dans le webcomic de Souillon. Et pour ceux qui apparaissent, c'est la possibilité d'en savoir un peu plus.
Certains d'entre eux permettent de représenter des classes sociales plus pauvres, plongeant Maliki dans la réalité de la vie et d'autres la confrontent aux aspects les plus moches de l'être humain (esprit de compétition poussé à l'extrême).

Le seul bémol, je trouve, est le côté parfois « forcé » de l'utilisation du journal intime pour raconter l'histoire, comme la fois où Maliki est perdue au milieu d'un bois et se met à écrire dans son journal pour relater les événements qui ont précédé.

En résumé...

Un coup de cœur ! Je pense que la vitesse à laquelle je l'ai lu en est témoin. Je n'ai pas décroché du roman tant que je ne l'avais pas fini et j'attends le roman suivant avec impatience.
Je me suis beaucoup identifié au personnage principal et à son parcours d'adolescente.


Une citation

« Depuis qu'elle était « possédée », Maliki avait remarqué qu'elle devait manger plus pour être en forme toute la journée. Sa mère disait que c'était normal, à l'adolescence, d'avoir des besoins plus importants en énergie mais Maliki était certaine qu'avec tout ce qu'elle engloutissait, elle aurait déjà dû ressembler à un hippopotame. Il ne pouvait s'agir que d'une seconde personne qui consommait le surplus de nourriture, comme un parasite » (Maliki, tome1, édition Bayard, p.25).


Pour aller plus loin 

mardi 20 janvier 2015

Le Monde de Titus, tome 2 : Drulls et dralas - Koulou



Synopsis

Titus, ses amis et le reste de leur peuple se retrouvent sur un continent inconnu. Ce dernier, comme le sous-entend la fin du tome précédent, n'est pas désert. Nos héros font la connaissance de trois nouveaux peuples. Des relations pacifiques vont se créer, d'autres vont être plus mouvementées. En effet, une guerre éclate. En parallèle, Titus va devoir faire face à un ennemi particulier, un Borgoz, une ombre physique qui s'en prend à lui et qui semble avoir un lien avec sa capacité nouvelle à voir les drulls et dralas.


Que dire ?

Le Monde de Titus s'étoffe beaucoup. Des nouvelles rencontres, de nouveaux dangers. Le ton est un peu plus grave par moment également. Les Snogards prennent en maturité comme un enfant qui, une fois sorti de l'enfance, apprend à faire face aux difficultés de la vie.
En effet, le tome 1 montrait le peuple snogard comme un peuple peu avancé sur l'échelle technologique, un peu comme en préhistoire. Ils ne se nourrissaient que de viande ou presque, ne se déplaçaient qu'à pied, etc, tandis que le tome 2 est l'occasion de faire des découvertes et d'en profiter pour "apprendre un tas de trucs nouveaux" comme dit Cyrius.

La première rencontre qu'ils vont faire dans ce deuxième tome, les Héllénides, va apporter un souffle nouveau dans leur mode de vie avec l'agriculture, l'équitation, le culte des drulls et dralas. Elles vont également secouer leurs mœurs car leur société est matriarcale, ce sont les femmes qui dominent ! Les personnages masculins principaux vont se retrouver face à ce que Maya subit depuis sa naissance et vont donc comprendre un peu mieux ce que leur amie ressent. Ils vont alors, avec les lecteurs, prendre conscience de l'ampleur du phénomène.
Cependant, les Héllénides ne sont pas un peuple idéal pour autant car les hommes sont dominés et traités en inférieurs. La rencontre entre les Snogards et les Héllénides va sans doute permettre aux deux camps de rééquilibrer leurs relations homme-femme. Le tome 2 est donc la suite et un complément d'une réflexion qui avait déjà débuté dans le tome 1.

En dehors de ça, les Héllénides sont très proches des divinités. D'ailleurs, le titre du tome 2 donne le ton : « Drulls et dralas » indique qu'il va être plus penché sur le domaine spirituel. Les divinités ont alors une grande place dans ce tome, je les ai vues comme des représentants directs de la nature mais aussi de la vie en général. Il faut savoir lâcher prise, être ouvert à ce qui nous entoure pour pouvoir les voir mais aussi mieux profiter de la vie qui passe, des petites choses qui vont et viennent. Il ne faut pas se laisser guider par son esprit qui cherche toujours à rationaliser. Réfléchir trop semble faire perdre l'aspect magique de la vie. Les drulls et dralas sont des divinités qui existent bel et bien, il n'y a donc aucune trace de foi quelconque. Il faut juste réussir à taire son esprit pour les voir et pouvoir cohabiter avec elles.

Les autres peuples présents sur l'île sont moins pacifiques. Alors que le tome 1 présentait un "ennemi invisible" (une catastrophe naturelle), le tome 2 introduit des ennemis plus tangibles et aux conséquences plus graves. En effet, le tremblement de terre n'a pas fait de blessés mais la guerre n'est pas aussi clémente.

En somme, le tome 1, de part l'isolation du peuple snogard, tournait surtout autour des rapports de l'homme avec la nature, ce qu'elle peut donner mais surtout, ce qu'elle peut reprendre et qu'il ne faut pas considérer comme acquis.
Le tome 2 est une transition et une réflexion sur l'homme face à la différence chez l'autre. Le peuple snogard est un peuple immigré et l'histoire nous montre un peu les différents accueils qu'il peut recevoir, amical ou gréguerre. Il nous montre ce vers quoi l'intolérance peut mener : la violence, la guerre, la mort. A savoir que, pendant une guerre, même si l'on gagne, on perd malgré tout car il y a des blessés, des mots mais aussi des gens profondément marqués par l'horreur de ce qu'ils ont vécu.


En résumé...

Un nouveau coup de cœur. J'ai retrouvé avec plaisir l'univers de Titus. J'ai bien aimé les dinosaures et les nouveaux décors qui viennent agrandir la faune et la flore.
Ce tome met en lumière le cheminement des personnages vers la libération de ce qu'il a de plus nocif dans une société : l'envie de domination, de vengeance, la colère, la guerre, le tout guidé par l'égo. On y voit alors clairement la philosophie de l'auteur, telle qu'il l'avait déjà entamée dans le premier tome. Les personnages évoluent avec les nouveaux peuples, en bien ou en mal, mais il y a toujours un enseignement à tirer. Le changement que les personnages voulaient dans le tome 1 est en marche.


Une citation

Titus (à un drull) : « Mais c'est pas logique, je...
Le drull : Pas logique ? Heureusement encore ! Tu crois vraiment que j'existerais si tout était logique ? » (tome 2, p. 37).


Pour aller plus loin 

mercredi 2 octobre 2013

Le Monde de Titus, tome 1 : L'île aux tortues - Koulou




Synopsis

Titus, Maya et Cyrius sont des jeunes comme les autres. Ils grandissent, font des choix pour leur avenir, aiment s'amuser et, parfois, défient l'autorité des plus anciens. Sauf qu'ils vivent sur une île et semblent appartenir à une époque antérieure à la nôtre.
Tout va bien sur l'île, jusqu'au jour où le Krakatoro, volcan de l'île, entre en éruption et forcent nos amis à quitter leur paradis terrestre. C'est alors que les certitudes se fissurent, la peur risque de créer des conflits. Avant que le pire n'arrive, il semblerait que la seule solution soit la fuite. Il faut construire un bateau pour quitter l'île.


Que dire ?

L'univers de Koulou me plait énormément par son mélange entre la simplicité de son trait et l'originalité de son univers. On y trouve une végétation et des animaux extraordinaires. Simplicité ne veut pas dire pauvreté, bien au contraire ! Les ambiances, les couleurs, les jeux d'ombre et lumières sont magnifiques et vivants.

Cependant, cette BD ne se contente pas d'être jolie à regarder. La vie sur l'île semble idyllique et bien enviable à la nôtre. Pas de pollution, pas de guerre (du moins, très peu, les guerriers n'étant là que pour la protection, pas pour l'attaque). Tout est rose et violette.
Du moins, en apparence. En effet, Maya, seule personnage féminin du trio principal, soulève un problème : en tant que femme, il lui est interdit d'intégrer la confrérie des guerriers-forgerons, alors qu'elle souhaite prendre les armes aux côtés de ses amis. Elle est obligée d'intégrer les prêtres-alchimistes, chose qui ne l'enchante guère car la religion, ce n'est pas sa tasse de thé.
Elle et ses amis tentent de changer ce qui est devenu une tradition, bien qu'aucun texte ne le mentionne de quelque manière que ce soit. En vain. Les anciens restent campés sur leurs idées et les jeunes n'ont pas l'autorisation de participer aux réunions du Conseil. Dur dur de faire évoluer une société qui nous déplait...

On se rend vite compte que la communauté imaginée par Koulou est en fait le reflet de la nôtre, avec les mêmes injustices, les mêmes travers. L'auteur soulève bien des questions, des sujets épineux. La religion et la foi, le sexisme, le rapport à la force, le végétarisme...sont autant de sujets traités en filigrane.

Le danger qui menace nos amis et leur communauté ne sont qu'une occasion supplémentaire de poser quelques réflexions sur l'égoïsme qui prend le dessus en cas de problème, le besoin inutile de rejeter la faute sur autrui pour se rassurer. Pour moi, cet incident est également une métaphore, un moyen d'illustrer une communauté obligée de changer si elle ne veut pas sombrer.

Tout le long de la BD, Koulou ne se contente pas se critiquer crûment, il discute et propose des solutions aux travers de dialogues entre les personnages. De plus, il décore les grandes scènes et dialogues de petites mises en scène comiques (genre deux petits dinosaures qui se chamaillent) comme pour rappeler qu'il ne faut pas oublier les petites choses amusantes de la vie, qu'il faut parfois faire une pause pour admirer ce qui nous entoure. Trop réfléchir, ce n'est pas bon pour le cerveau, ni pour l'égo.

Le porte-parole principal est Titus mais les autres ont chacun leur mot à dire. Titus discute des dieux, du rapport à la violence. Maya souligne le sexisme et la société continuant à perpétrer les mêmes erreurs, par peur du changement et du bouleversement. Cyrius est plutôt celui qui exprime la peur et les inquiétudes des hommes, comme le prouve ce dialogue :

Titus : « Tu sais, comme on y peut rien, ça ne sert à rien de s'inquiéter non ? Eh puis, si on pouvait quelque chose, pourquoi s'inquiéter puisqu'il existerait une solution ?
Cyrius : Euh...Ben oui mais à ce compte là, on ne s'inquiète jamais.
Titus : Et alors, tu y tiens tant que ça ? »

En dehors du trio, la dirigeante du village est celle qui souligne l'entraide et l'union comme source d'accomplissement et de réussite. Ne faisant ni partie des guerriers, ni des prêtres, elle semble être celle qui donne un équilibre à la communauté. Savoir mettre de côté ses idées (religieuses) pour ne se concentrer que sur ce qui importe vraiment.


En résumé...

C'est un coup de cœur, bien évidemment ! Le mélange aventure et philosophie passe très bien et ne se veut pas moralisateur, juste messager d'amour, de paix et de tolérance.
Je devais lire cette BD depuis longtemps car je ne connaissais l'univers de Koulou qu'à travers quelques extraits. J'ai pris un certain plaisir à lire cette BD et à réfléchir sur les pistes données par l'auteur. En gros, c'est KARAAAAAM ! ;)
J'apprécie la façon dont sont tournés les dialogues pour aborder certains sujets : ne pas prôner la violence à tout prix, se tourner un peu plus vers la nature, se questionner sur la religion. D'ailleurs, je me dis que celle de Koulou n'en est pas vraiment une, du moins, pas comme celles de notre société. Selon moi, la religion repose sur la foi en une chose qui ne peut pas être prouvée. Or les drulls existent bel et bien. Que dire de la confrérie des prêtres-alchimistes ? Comment cela va-t-il finir ? A suivre dans le tome 2 !


Une page 

Pour des extraits et croquis en tout genre, je vous conseille de rejoindre le groupe des « Amis du monde de Titus » ou de suivre le blog : http://www.lemondedekoulou.over-blog.com/

samedi 18 mai 2013

Celle que je suis - Vanyda


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Quatrième de couverture

Même si cette année, Valentine n'a aucune copine dans sa classe, elle sait où retrouver les bons amis dont elle partage les centres d'intérêt : au club manga, au hip-hop...Mais si, en plus, cette année, elle retrouvait d'anciennes connaissances ?


Que dire ?

Ce troisième tome prend un tournant intéressant. Bien des choses vont venir alimenter cette année scolaire : le retour de quelques personnages (dont Julie qui va permettre de recréer des liens entre Émilie et Valentine), de nouvelles activités mais aussi de nouveau problèmes. Yamina s'éloigne à cause de son petit ami, des réformes scolaires menacent le fonctionnement de l'établissement, etc...

Après une nuit passée avec un inconnu, Valentine semble être mue d'une force et d'une volonté de vivre nouvelles. La première scène nous la présente en train de réorganiser sa chambre, signe d'un profond changement dans l'état d'esprit de la jeune fille. Son look change encore car elle laisse toujours ses cheveux pousser, elle porte plus souvent des vêtements qui lui vont bien, sans superflu.
Et les choses ne vont pas s'arrêter là ! Valentine s'impose et râle. Elle qui ne s'est jamais ouvertement plaint de quoi que ce soit, la voilà qui exprime son mécontentement de se voir abandonnée par Yamina. La jeune fille au panda montre franchement son envie de prendre les décisions, de choisir plutôt que de subir. Elle finit par servir d'exemple à une camarade de classe, elle aussi en manque de confiance en elle.

Du point de vue sentimental, Valentine n'a pas de quoi s'ennuyer non plus. Entre Félix qui est de nouveau célibataire et un soupirant un peu collant, Valentine finit par trouver une relation fusionnelle auprès d'un ancien camarade de classe. Avec lui, elle va revenir sur ses années de collège et découvrir des qualités qu'elle ne pensait pas avoir. Elle trouve une oreille attentive, une personne qui l'aime pour ce qu'elle est et qui prend plaisir à la voir s'épanouir. Il y a certes quelques moments difficiles mais sans grave conséquence.
Le fait que Félix soit si vite évincé par le nouveau me conforte dans l'idée qu'il s'agissait plus d'une amourette mise en scène pour souligner l'évolution de Valentine qui finit par lâcher-prise le concernant.

Comme je l'ai mentionné plus tôt, Émilie revient dans le groupe. Elle quitte peu à peu son rôle de grande fille qu'elle a endossé à son arrivée au lycée. Elle retourne aux sources, auprès de ses anciennes amies, pour y retrouver une amitié simple et sincère, loin des comédies superficielles des filles de sa classe.

Ce tome (et la trilogie) se finit sur une note légère, un futur prometteur. Valentine se débarrasse de ses derniers démons, de ses derniers souvenirs désagréables.


En résumé...

Ai-je besoin de dire que c'est, une fois encore, un coup de foudre ? J'espère que non, je n'aime pas me répéter ;) Je conseille cette BD à celles et ceux qui aiment les histoires simples, sincères et un style épuré. Le noir et blanc pourrait rebuter certains mais je trouve qu'ici, c'est très bien géré. 
Je sais que certains trouveront cette BD ennuyeuse car elle raconte un quotidien connu de beaucoup de gens. C'est une histoire façon "tranches de vie", je trouve. Mais c'est justement cette proximité avec la réalité qui m'a plu, surtout que je me vois parfois dans le personnage de Valentine. Celleux qui apprécieront cette BD seront sans doute celleux qui, comme moi, se reconnaitront.
Je fais une petite parenthèse sur les couvertures de la trilogie qui résument très bien l'ambiance générale. Tout d'abord allongée par terre sur le tome 1, Valentine semble démunie, un peu perdue, à l'écart de ses amies. Sur le tome 2, elle est assise sur un banc et tourne le dos aux autres personnages représentés. Elle a encore l'air perdue mais le passage de la position couchée à assise est déjà la preuve d'une évolution. Le tome 3 la montre debout, souriante et tenant la main d'un garçon dont on ne voit pas le visage.
Chaque couverture comporte des couleurs différentes : rose pour la première (aspect enfantin), violet pour la deuxième et couleurs plus vivantes pour le troisième. En somme, j'aime ces BDs aussi bien pour l'intérieur que l'extérieur :)


Une page


(Petite parenthèse)

Je souhaite faire une remarque sur la version couleur de la BD. Je trouve cette décision dommage. J'ai déjà pu avoir un aperçu du résultat et il est franchement bon. Ce n'est pas la couleur en soit que je trouve dommage, ce sont les conséquences.

Déjà parce que la trilogie est éclatée en six tomes, au lieu de trois. La trilogie coupe la vie de Valentine selon le rythme scolaire, ce que je trouvais être une bonne idée puisque nous la voyons le plus souvent au collège ou au lycée. C'est ce qui rythme sa vie, je trouvais normal que cela rythme la BD également. Cette division doit être sans doute une décision commerciale. La couleur rend les BDs plus chères, évidemment :/ (ex : le tome 1 en couleur est à peine moins cher que le tome 1 en noir et blanc, alors qu'il représente à peu près la moitié du contenu de ce dernier).

Ensuite, la BD a été renommée. Des trois titres détaillants les trois étapes de l'évolution du personnage, on se retrouve avec "Valentine, tome X". Mouais, je trouve que cela a moins d'intérêt, la BD est complètement recentrée sur Valentine. Certes, elle est le personnage principal mais je trouve que les titres de la trilogie s'appliquent à d'autres personnages (Gaëlle par exemple). Changer de titre efface ces personnages mais aussi cache l'essence de l'histoire (l'évolution d'une jeune fille en recherche d'identité, une fille qui apprend à se connaitre). Je me doute que c'est une volonté de séparer couleurs et noir/blanc. Je rappelle que je ne critique pas cette décision, juste les conséquences.

Enfin, je trouve que la couleur, aussi bonne soit-elle, fait perdre à la BD tout son charme premier. L'aspect noir et blanc est ce qui me plait le plus, je trouve qu'il se suffit à lui-même. Toute sa force réside dans sa capacité à rendre le récit vivant malgré la difficulté du manque de couleur. De plus, cela fait penser à un manga, une des passion des personnages.

Bref, je trouve ça dommage. Même si je ne manquerais pas de m'intéresser à la version couleur, je pense que j'aurais toujours une préférence pour le noir/blanc.


jeudi 9 mai 2013

Celle que je voudrais être - Vanyda



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Quatrième de couverture

Valentine est maintenant au lycée et son groupe de copines est dispersé dans différentes classes. Elles se font toutes de nouveaux amis, chacune de son côté. C'est peut-être l'occasion de faire de nouvelles rencontres, voire de se rapprocher de Félix...


Que dire ?

Deuxième tome de la trilogie. Nous y retrouvons Valentine, toujours un peu mal dans sa peau et passive mais avec une évolution.
Pour l'ambiance générale, on continue à voir les aller et venues des différents personnages, on les voit monter des projets mais aussi gérer des situations parfois dures, comme le racisme.

Le groupe d'amies va évoluer également, chacune ayant des envies et des passe-temps différents. Yamina va fonder un club de mangas et se faire de nouveau ami(e)s, Julie reste coincée au collège pour redoubler sa troisième, Émilie devient trop arrogante et préfère traîner avec quelques filles de sa classe. Valentine, de son côté, retrouve d'autres connaissances du collège, avec qui elle va créer des liens assez forts et une amitié plus épanouissante qu'avec le quatuor.

En effet, après des vacances ennuyeuses au possible, bien qu'apeurée de se retrouver sans ses amies dans sa classe, on va très vite voir les avantages de cet éloignement : Valentine va apprendre à s'imposer, à faire entendre sa voix, à voir la vie autrement...bref, à être elle-même.
Elle va se faire d'autres amies et commencer à être indépendante. Elle va mettre de côté les préjugés et habitudes du collège pour commencer une vie plus mature, où elle va aller vers les autres, préférer la compagnies de gens différents mais intéressants. On la voit sourire plus souvent, prendre les devants mais aussi ne plus se laisser faire pas les petites pestes qui lui faisait des misères au collège (et un coup de coude dans le nez, un !). Il arrive parfois où elle reste la jeune fille du collège mais cet aspect de sa personnalité disparaît peu à peu, jusqu'à la fin du tome où un événement va la faire basculer dans une vie où elle refuse d'être passive et de subir. Ce changement se remarque sur son physique. Valentine se laisse pousser les cheveux et perd l'aspect de vilain petit canard qu'elle avait avant.
Les sentiments de Valentin envers Félix restent les mêmes, du moins au début. La découverte d'une petite amie va venir changer la situation dans le bon sens. Bien qu'attristée de voir Félix avec une autre, cela va pousser Valentine à sortir de l'ombre, à se mettre en avant et à parler à l'élu de son cœur. C'est maladroit parfois mais un petit pas pour l'homme, un grand pas pour Valentine ! De plus, l'histoire avec Félix reste au second plan et n'est à mes yeux qu'un prétexte pour appuyer l'évolution du personnage de Valentine.

Le style de l'auteure passe mieux que la première BD, l'habitude peut-être. On retrouve les mêmes ambiances et la facilité à faire passer un message sans la moindre bulle de texte. On a plus souvent droit à des ambiances sombres, dans la pénombre. La BD gagne en maturité, elle aussi.


En résumé...

Une BD toujours aussi plaisante, à garder dans les coups de foudre ! J'ai pris un certain plaisir à voir Valentine avancer doucement sur le chemin de l'adolescence. C'est à la fois doux et terriblement vivant.

Une page

jeudi 21 mars 2013

Celle que je ne suis pas - Vanyda

Ce blog ne devait contenir que des articles sur les romans mais après mûre réflexion, ayant autant de BD que de romans dans ma bibliothèque, j'ai décidé d'aborder les deux.

La BD que je vais aborder aujourd'hui est le premier tome d'une trilogie pour laquelle j'ai eu un coup de cœur il y a environ un an. J'ai attendu un moment avant de l'acheter, pour voir si j'en avais vraiment envie ou si c'était juste une passade. Ne trouvant jamais les trois tomes ensemble (et ne voulant pas acheter le pack qui coûter plus cher), j'ai toujours repoussé l'achat. Jusqu'à ce que mon chéri finisse par me les offrir <3
 



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Quatrième de couverture

Valentine a 14 ans et aime Félix en secret. Personne ne s'en doute. Normal, même dans son groupe de copines, Valentine a du mal à être elle-même.


Que dire ?

Le style de l'auteure est à la fois un point fort et un point faible. De mon point de vue, il est simple et manque parfois de détails au point qu'il m'est arrivé de confondre certains personnages car leur visage n'était pas assez différent.
Cependant, je trouve que cela passe quand même car le message de l'autrice reste universel : elle nous raconte la vie d'une adolescente un peu perdue, qui a du mal à s'imposer. Le genre d'histoire qui parle à beaucoup de gens car, qui ne s'est jamais senti mal dans sa peau ?
Le manque de couleurs donne un aperçu triste au début, ce qui souligne la mélancolie de l'héroïne. Malgré tout, l'autrice sait jouer avec les ombres et lumières pour rendre ses pages vivantes et faire passer des émotions. Il arrive que plusieurs pages soient sans texte, les images se suffisent à elles-même.

J'aime beaucoup le personnage de Valentine, une élève qui entre en troisième. Elle aime les pandas, les mangas et écoute un peu toute sorte de musique. C'est une jeune fille simple, ouverte et honnête., quoi qu'un peu timide. Ce premier tome la montre effacée et incapable de s'imposer malgré ses qualités.
Après plusieurs années de cours de gym, elle est très souple physiquement, ce qui fait écho à une certaine souplesse psychologique. Elle se laisse facilement mener par les autres, n'ose pas dire ce qu'elle pense et préfère se taire plutôt que de déclencher des disputes. Même si elle fait partie du groupe, elle est plus souvent spectatrice qu'actrice de ce qui s'y passe. Elle est relativement passive dans l'ensemble mais il lui arrive de donner de la voix quand le besoin se fait sentir. Dans l'ensemble, elle est plus posée et mature que la plupart de ses camarades.

Le groupe compte également Yamina, une fille d'origine arabe, et Julie, qui a un an de moins après avoir sauté une classe. Le tout donne un mélange culturel intéressant et des mentalités bien distinctes. Même si Émilie se la joue meneuse du groupe, elle donne l'impression d'être immature, de toujours se reposer sur les autres et de ne se porter responsable que quand ça l'arrange. Elle est également superficielle. Cependant, avec le temps, on se rend compte qu'un caractère aussi fort cache une certaine fragilité. Yamina et Valentine s'entendent bien (surtout quand il s'agit de parler mangas !) et semblent être celles qu'on écoute plus facilement lors de conflits . Quant à Julie, elle m'a fait l'effet d'une copie d'Émilie, ce qui finit par lui jouer des tours en mettant sa scolarité en péril.

Valentine aime Félix, un garçon de son âge. Avant de lire cette BD, j'avais peur que cela ne tourne à l'eau de rose et que toute l'histoire ne tourne qu'autour de cette romance. Très vite, mes peurs se sont envolées : Félix n'apparait que très peu, le plus souvent dans les rêveries (assez amusantes) de Valentine. Il reste en arrière-plan et on n'apprend pas grand chose de lui, ce qui sous-entend que Valentine ne le connait pas vraiment non plus. Même s'il est le genre de garçon sympathique, j'en suis venue à me demander ce qu'elle pouvait bien lui trouver. L'amour a ses raisons...

L'histoire générale, découpée en chapitres, ne se concentre pas uniquement sur la vie (sentimentale) de Valentine, qui semble plutôt calme, mais sur son groupe d'amies. En somme, on nous offre une série de petites histoires qui reflètent la vie des adoslencents de leur âge, entre les profs que l'on ne supporte pas, les garçons, les conflits avec les autres élèves, les questions sur l'avenir professionnel, les soirées entre amis, les parents qui ne nous comprennent pas, l'alcool, la cigarette, la drogue...


En résumé...

Un coup de foudre ! Je sais que certaines personnes ont trouvé cette BD ennuyeuse, à cause du manque d'action. Je trouve que c'est compensé avec un rythme continu de petites histoires, baignées dans de l'humour simple, une douce mélancolie et des thèmes qui n'ont pas cessé de me rappeler mes propres années de collège.


Une page



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