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samedi 16 juin 2018

Vite fait, bien fait #2 : spécial littérature (de ma) jeunesse - partie 1


Salut à vous !

Il y a quelques années, je suis tombée sur une vidéo où l'on voyait une femme et sa fille faisant un tri parmi un grand nombre de livres pour enfants et adolescents (dans une librairie, je crois?), mettant de côté ceux où :
  • il n'y avait pas de filles ;
  • les filles ne parlaient pas / n'avaient pas de noms ;
  • une fille n'était pas le personnage principal ;
  • les filles n'avaient pas d'autre but que de trouver l'amour (orienté « hétérosexuel », le plus souvent) ;
  • etc (je ne me souviens pas de tout et je ne retrouve pas la vidéo).
À la fin de ce tri, il ne restait presque plus de livres sur l'étagère. J'ai été un peu étonnée de ce résultat, même si je me doutais que la littérature jeunesse, comme les jouets, ne proposait pas aux petites filles beaucoup de modèles sortant des stéréotypes de genre.
Comme je ne correspond pas vraiment aux stéréotypes en question, je me suis jurée de jeter un œil à mes lectures de jeunesse et d'adolescence, pour voir quels ont été les livres qui m'ont le plus marquée et si ces derniers comportaient des personnages féminins intéressants.

Parmi ceux que j'avais encore sous la main (ma mère en a vendu une bonne partie aux marchés aux puces), j'ai retrouvé un bon nombre de livres où le personnage principal était une fille, avec du caractère, des objectifs, des défauts, etc. Bref, des personnages qui, dans mes souvenirs, étaient bien construits. D'autres romans avaient des personnages féminins secondaires également marquants.
Je pense que j'ai eu la chance d'avoir une mère qui ne rentrait pas vraiment non plus dans les normes, qui m'a encouragée dans mes lectures et m'a toujours laissé le choix de ces dernières, dès que j'en ai été capable.

Je vais donc te présenter les livres en question, dans l'ordre où je les ai relus.

ATTENTION : il y aura du spoil dans ce qui va suivre !

Couverture Clair de loup

1 – Clair de loup, de Thierry Lenain
Paola passe tous ses étés avec ses parents, dans la maison de sa défunte grand-mère. Dans le village vit un couple, M et Mme Gaillard, qui accueille régulièrement des enfants orphelins. Un jour, Lou, un garçon pas comme les autres, arrive. Il est renfermé, agressif et pour cause : il a été élevé par une louve ! De plus, sa présence pousserait les loups à se rapprocher des villages, à être moins craintifs des humains et à s'attaquer aux troupeaux. Du moins, c'est ce que racontent les rumeurs...
Paola est une petite fille vive, curieuse et assez têtue. Elle dit ce qu'elle pense et fait même preuve d'un sang-froid incroyable quand elle se retrouve face à un loup. Elle fait également preuve d'une grande ingéniosité, comme lorsqu'elle propose d'utiliser des somnifères pour endormir un chien de garde.
À aucun moment, on ne donne de description de la petite fille et il n'y a que peu de remarques sur son apparence (juste une fois, un personnage s'étonne de voir à quel point elle a grandi). Les illustrations de mon édition nous proposent l'image d'une fille aux cheveux très longs, attachés de façon lâches avec des mèches folles, portant une salopette dont une des bretelles pend sur le bras. Personnellement, tout cela me fait penser à une petite fille qui aime bouger et s'amuser, se rouler dans l'herbe de la campagne.


Samarcande - Documentation

2 – Caribou et le renne aux yeux d'or, de Mérédith Ann Pierce
Caribou est une jeune fille qui vit seule depuis la mort de son père et le départ de son frère. Elle vit un peu à l'écart de son village, qui la voit comme une sorcière à cause de ses rêves prémonitoires.
Un jour, un bébé lui est confié. D'abord réticente, elle trouve ensuite du réconfort et de la compagnie auprès de l'enfant. Mais ce dernier n'est pas ordinaire : il n'est qu'à moitié humain et ses origines étranges vont le pousser à la quitter lors de son adolescence. La jeune fille est de nouveau seule. Sauf que, entre temps, le village a commencé à voir en elle une autorité à respecter et on lui rend régulièrement visite pour résoudre des problèmes de diverses natures : retrouver un objet, prendre une décision sur un mariage, etc. C'est alors qu'un drame surgit, les habitants se tournent vers Caribou, espérant une réponse. Notre amie va alors prendre la tête des opérations et diriger les siens vers des territoires encore inexplorés.
On voit le personnage de Caribou évoluer au fil des chapitres et du temps. D'abord petite fille réservée, on la voit prendre de l'assurance grâce à son pouvoir, l'éducation qu'elle apporte à l'enfant et la confiance que lui accorde le village. Sans but dans un premier temps, si ce n'est vivre et survivre dans un pays froid, la maternité va l'occuper quelques temps, puis ce sont ses responsabilités envers son village qui vont devenir essentielles dans sa vie. Malgré tout, elle reste une personnage sensible, avec ses peurs et ses doutes, qu'elle affronte tant bien que mal, ce qui en fait un personnage intéressant à suivre selon moi. On la voit tomber amoureuse mais elle refuse de suivre celui qu'elle aime pour respecter ses engagements envers les siens. Là encore son apparence n'a pas beaucoup d'importance, je ne me souviens pas de description faite et mon édition ne comporte pas d'illustration, si ce n'est la première de couverture.


Couverture Deux pour une

3 – Deux pour une, d'Erich Kästner
Louise, petite fille têtue et espiègle, passe de bonnes vacances dans un camp non-mixte. Un jour, un bus rempli de nouvelles arrive. Chouette ! De nouvelles rencontres à faire, de nouvelles amies, peut-être ? Oui sauf que... L'une d'elles, Lotte, est le portrait craché de Louise. À croire qu'elles sont jumelles...
Deux personnages principaux pour le prix d'une ^^ Les deux petites filles ont des caractères bien distincts : Louise est assez indisciplinée, forte tête, vive ; Lotte est douce, calme et c'est une fée du logis. Ce qui est intéressant, c'est que, à cause de certaines circonstances, le caractère de chacune va un peu déteindre sur l'autre. Et toutes deux vont devoir faire preuve de patience, d'ingéniosité pour garder un secret bien lourd à porter. 
Cette fois, l'apparence des personnages est importante mais c'est pour une bonne raison (le scénario) mais également la possibilité de différencier les deux personnages et d'illustrer leur personnalité respective : Louise a les cheveux détachés, Lotte a des nattes sages.


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(image tirée du site Amazon)

4 – Prune, de Luce Fillol
Prune vit une vie bien calme entre sa mère et son père. Elle est un peu en surpoids, est la cible de moqueries de la part du caïd de son école. Mais dans l'ensemble, elle se sent en sécurité, bien protégée dans son cocon familial.
Puis, un jour, tout bascule : ses parents ne s'entendent plus et son père s'en va. Le cocon se fissure et Prune doit faire face à des événements difficiles. Dans un premier temps, elle va se retrouver ballottée par ce qui l'entoure, subissant plus qu'autre chose. Puis, elle va tenter de se révolter, de prendre les devants et tenter d'arranger les choses au mieux, malgré son jeune âge et ses difficultés à s'imposer.
Elle se montre maladroite, mal dans sa peau, souvent en décalage avec les autres et passive. Elle a également des passages où on découvre son ressenti, un côté égoïste lié à son jeune âge et son sentiment d'être perdue face aux décisions des adultes. Ses tentatives de révolte seront souvent timides mais elle fait toujours de son mieux et a bon cœur, ce qui la pousse à aider les gens qui l'entourent, alors qu'elle-même a des soucis. 
L'apparence de Prune est un élément qui revient régulièrement : elle se coupe les cheveux pour attirer l'attention, on la voit maigrir un peu mais ce n'est ni le centre de l'histoire, ni ce qui va lui permettre d'être heureuse (une partie de la perte de poids se fait à la suite d'une convalescence).


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5 – Anna dans les coulisses, de Betsy Byars
Anna fait partie d'une famille de chanteurs et de musiciens, d'inspiration religieuse. Sauf qu'elle-même ne sait pas chanter juste, ni même jouer en rythme. On lui a donc confié la vente de disques et cassettes (oh la la, le coup de vieux!), à la fin des spectacles. Aussi, elle se sent constamment en décalage, rarement à sa place, toujours dans l'ombre de sa famille. Elle ne semble se démarquer en rien. On la voit surtout spectatrice de la vie de sa famille, que ce soit sur scène ou dans la vie de tous les jours. Elle a deux petits frères, qui se démarquent par leurs acrobaties, et une grande sœur dont la qualité principale est d'être jolie (c'est sans doute la raison pour laquelle leur mère la préfère).
Puis, un jour, un oncle, dont elle ignorait l'existence, sort de prison et demande de l'aide à la famille. Anna comprend très vite qu'il est un peu le mouton noir, malgré ses talents de musicien, à cause d'erreurs qu'il a commises par le passé. Elle va alors se sentir étrangement proche de cet oncle qu'elle n'a jamais vu, faisant de son mieux pour tenter de le comprendre et de l'intégrer à la famille.
Suite à un accident de voiture, l'oncle va gagner le pardon de tous et la jeune fille prendra conscience de sa propre valeur : sa générosité, son empathie. J'ai également l'impression que la mère d'Anna semble moins se préoccuper d'elle parce que la jeune fille est au final plus responsable que ses frères et plus forte que sa grande sœur. 
C'est dans ce roman, on n'a pas de description d'Anna très précise, juste un passage où on apprend qu'elle n'est ni grande, ni petite, ni blonde, ni brune...comme son oncle. Par ce passage, on sent qu'elle a une apparence banale, contrairement à sa grande sœur, et ça accentue aussi son côté "vilain petit canard".


Il y a une chose que j'ai remarquée, qui n'est par forcément en lien avec le sujet de l'article mais plus une spécificité des romans jeunesse : le plus souvent, les enfants sont en réaction au monde des adultes avec lequel ils ne sont pas en accord. Paola va défendre Lou face aux villageois, Caribou va devoir prendre des décisions pour les adultes de son village, Louise et Lotte vont se révolter contre le divorce de leurs parents, Prune est également perdue face à la séparation de ses parents et Anna est la seule à tenter de comprendre son oncle alors que son père le rejette violemment.
L'intérêt dans ce premier échantillon, c'est que nous avons plusieurs personnages qui vont réagir à leur manière : certains sont plus dans l'action, d'autres dans l'empathie, d'autres encore mélangent les deux. De plus, tous ces romans passent sans problème le test de Bechdel (https://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_Bechdel). Ce n'est pas un gage de qualité mais un bon point de départ si on s'intéresse à la présence des femmes dans les médias.

On a donc droit à divers modèles, tous étant aussi valides les uns que les autres, mais qui restent cependant plutôt gentils et dociles. Ce ne sont pas des petites filles qui vont s'énerver à tout va, qui vont mentir, être agressives, etc.
Aussi, dans le prochain « Vite fait, bien fait », je m'attarderai sur des personnages avec des caractères moins dociles, qui entreprennent des actions plus osées et moralement problématiques, qui vont bousculer l'ordre établi.

J'espère que ce premier article spécial jeunesse vous a plu. N'hésitez pas à dire dans les commentaires quels sont les livres (avec des filles cools) qui ont marqué votre parcours de lecteur ou lectrice quand vous étiez plus jeune. Et surtout, si vous avez lu les mêmes livres que moi, dites-moi ce que vous en gardez comme souvenir :)

lundi 9 mars 2015

Maliki, tome 1 : L'autre fille dans le miroir - Souillon


Quatrième de couverture

Maliki est une jeune fille de 13 ans, qui se sent différente des autres. Et à juste titre. Avec ses cheveux roses et ses oreilles pointues, elle est aussi plus mature et lucide que ses camarades. Jeune collégienne, Maliki traine un lourd secret. Son corps sert d'abri à une créature surnaturelle nommée Lady : fusion de l'esprit de son défunt chat et de l'esprit de Maliki, cette fille féline, s'éveille doucement et aimerait bien sortir et découvrir le monde... Maliki doit apprendre à contrôler cette présence fascinante et inquiétante à la fois, ainsi que les étranges pouvoirs qu'elle lui confère. Enquête aux sources de cette métamorphose; quotidien d'une collégienne et difficulté à trouver sa place quand on décide de ne pas rentrer dans un moule - premiers amours et super pouvoirs : la vie de Maliki est bien remplie et pleine de mystères.


Que dire ?

Ce roman m'a été offert par un très bon ami, qui a risqué sa vie pour obtenir ce roman dédicacé par l'auteur, à Angoulême. J'ai donc eu droit à un petit mot d'amour de Souillon et une carte à collectionner (qui me sert de marque-page à ce roman, d'ailleurs). En temps normal, Souillon est un auteur de BDs et c'est à travers ses webcomics que j'ai découvert le personnage de Maliki. Je me suis vite attachée à elle, à cause de son caractère, de l'univers, du style dynamique.

Mais, revenons-en au roman. La lecture de ce dernier a été très rapide, je l'ai quasiment fini lors d'une nuit d'insomnie. J'étais même surprise, cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi vite !
L'histoire de Maliki, jeune fille de 13 ans aux cheveux roses et aux oreilles pointues, m'a énormément plu. J'avoue être partie avec une certaine appréhension car j'avais peur que ce ne soit un roman pour les fans, bourré de références à l'univers riche de Maliki. Je fus vite rassurée de voir que ce n'était pas le cas, je pense même qu'une personne qui ne connait pas cet univers peut très bien lire le roman sans être perdu et peut passer un très bon moment. En effet, on a droit à une introduction, à travers le journal de la jeune fille, qui pose le décor, son caractère plus mature que ses camarades, ses soucis de collégienne et la découverte d'une entité qui vit en elle. Puis, on la suit dans sa quête pour comprendre ce qu'est cette entité et ce qu'il faut en d faire : s'en débarrasser ou cohabiter ?
En y repensant, connaître déjà l'histoire de Maliki via le wabcomic gâche un peu le suspens, mais c'est tout de même agréable de découvrir la façon dont l'auteur présente les événements mais aussi comment il prépare le roman suivant en glissant des indices ici et là.

Ce qui est intéressant également, c'est que la découverte des pouvoirs de la jeune fille est en parallèle avec ses préoccupations d'adolescente : les amours, les brimades à cause de sa différence, ses difficultés à vivre le divorce de ses parents, etc. Lady, la créature qui vit en elle, est en quelque sorte une représentation de sa personnalité qui s'affirme et qui, enfin, peut vivre au grand jour. C'est aussi, je pense, une façon de représenter tout ce qui peut se bousculer dans la tête d'une adolescente et qui ne demande qu'à sortir. Rien ne va se faire sans mal, malheureusement, car Maliki va devoir vivre quelques désillusions mais c'est ce qui va lui permettre de s'imposer, de savoir enfin qui elle est et de réussir à avancer.

Maliki est une ado « ordinaire », en dehors de son pouvoir. Elle a ses qualités mais aussi ses défauts, cache des choses à sa mère, a bien des questions et des soucis en tête.
En dehors de Maliki, j'ai trouvé les autres personnages assez sympathiques et bien construits. J'ai pris plaisir à les découvrir car, à part deux d'entre eux, aucun n'apparait dans le webcomic de Souillon. Et pour ceux qui apparaissent, c'est la possibilité d'en savoir un peu plus.
Certains d'entre eux permettent de représenter des classes sociales plus pauvres, plongeant Maliki dans la réalité de la vie et d'autres la confrontent aux aspects les plus moches de l'être humain (esprit de compétition poussé à l'extrême).

Le seul bémol, je trouve, est le côté parfois « forcé » de l'utilisation du journal intime pour raconter l'histoire, comme la fois où Maliki est perdue au milieu d'un bois et se met à écrire dans son journal pour relater les événements qui ont précédé.

En résumé...

Un coup de cœur ! Je pense que la vitesse à laquelle je l'ai lu en est témoin. Je n'ai pas décroché du roman tant que je ne l'avais pas fini et j'attends le roman suivant avec impatience.
Je me suis beaucoup identifié au personnage principal et à son parcours d'adolescente.


Une citation

« Depuis qu'elle était « possédée », Maliki avait remarqué qu'elle devait manger plus pour être en forme toute la journée. Sa mère disait que c'était normal, à l'adolescence, d'avoir des besoins plus importants en énergie mais Maliki était certaine qu'avec tout ce qu'elle engloutissait, elle aurait déjà dû ressembler à un hippopotame. Il ne pouvait s'agir que d'une seconde personne qui consommait le surplus de nourriture, comme un parasite » (Maliki, tome1, édition Bayard, p.25).


Pour aller plus loin