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mardi 8 octobre 2024

Vite fait, bien fait #3 : Les femmes en dehors du couple

Bonjour, bonsoir, salutations 👋

Moins d'un an depuis le dernier article, un record je pense ! 😂

Pour l'occasion, je lance un nouveau type de libellés : les thèmes. Je trouve ça pratique de pouvoir retrouver tous les ouvrages d'un même genre, j'aime bien aussi l'idée de trouver tous ceux qui traitent d'un même sujet (mais différemment). Je ne pourrais pas tout mettre dans le cas des articles "Vite fait bien fait" car le nombre de libellés est limité, mais j'essaierai d'en mettre le plus possible. Il me faudra aussi un peu de temps pour rajouter les thèmes des articles précédents (je pense faire de même pour les TW, comme dans cet article). Vous retrouverez l'encadré correspondant aux thèmes sous celui consacré aux genres littéraires.

Et sans plus attendre, on passe au sujet du jour : les femmes célibataires dans la fiction littéraire. Ça fait très longtemps que je pense rédiger un article là dessus, les ouvrages dont je vais parler sont en pile, m'attendant sagement, depuis des semaines voir des mois (les pauvres) ! Le jour est enfin arrivé !

Pourquoi ce sujet, déjà ? Pour faire court, c'est dans une démarche de déconstruction de genre et de représentation. Les personnages féminins sont souvent mis en scène en étant ou finissant en couple (le plus souvent : exclusif avec un homme) à la fin de l'histoire. C'est un schéma récurrent, issu de notre culture qui nous berce depuis toujours avec ce genre de récits. Une femme qui est seule est souvent décrite comme malheureuse et elle trouve le bonheur dans la vie conjugale, comme si ce n'était pas possible d'être heureuse autrement. Iels furent heureux'euses et eurent beaucoup d'enfants...

Évidemment, cette vision stéréotypée ne vient pas de nulle part, ce n'est que le reflet de notre société sexiste, qui attend de la femme à ce qu'elle se mette en couple (dans l'idéal, pour faire des enfants et s'occuper de son mari). Dans la vie de tous les jours, les femmes (ou personnes perçues comme telles) qui n'aspirent pas à une vie de couple bien rangée, sont souvent mal vues et jugées ; on les accuse d'être instables/irresponsables/égoïstes (et je ne liste là que les accusations les plus polies), on les désigne comme responsables de l'effondrement de notre société, on les accable de prévisions funestes, leur disant que "attention, elles vont finir vieille fille avec pleins de chats" (alors que bon, vivre dans une maison remplie de chats, soyons sincères, est-ce que ce n'est pas la définition même du bonheur ? 🤔).

Une fois qu'on sait ça, on ne s'étonne pas du manque de (bonne) représentation et d'histoires qui déconstruiraient un peu tout ça et dans lesquelles elles pourraient se retrouver. Ça existe mais j'ai l'impression que ce n'est pas souvent mis en avant, que ça manque de variété de modèles et d'histoires, qu'il y a un déséquilibre entre les histoires où les femmes sont en couple et les histoires où elles font autre chose.

Donc voilà ma petite contribution : 5 lectures (livres et BD) qui mettent en scène un personnage féminin qui fait autre chose que de courir après l'amour, qui se retrouve piégée en voulant entrer dans le moule et/ou qui vit avec des chats (non mais vraiment, but ultime de la Vie, non ?).
Pour cette article, je vais me concentrer sur les femmes en dehors du couple en général mais je ferai sans doute un autre article sur les femmes en dehors du couple hétéro-normé.



 Couverture Tant pis pour l'amour : Ou comment j'ai survécu à un manipulateur 

Tant pis pour l'amour - Sophie Lambda

TW : emprise, manipulation, pervers narcissique, violence verbale, harcèlement

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu'il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu'à quand ? Sophie aime un manipulateur narcissique.

On commence l'histoire qui peut être un peu difficile à lire. Le personnage principal se retrouve victime d'un pervers narcissique. On suit alors toute l'histoire, de la rencontre à la séparation, en passant par les mensonges, la manipulation, les crises de colère, la destruction de son estime d'elle-même. La fin nous donne aussi des informations sur comment se défaire d'un pervers narcissique, comment se protéger du harcèlement de ce dernier et ses tentatives de "récupérer" sa victime si celle-ci tente de s'enfuir, comment se faire aider si on n'y arrive pas seule.
C'est une vraie boite à outils. C'est une BD que j'ai envie de mettre entre toutes les mains de personnes ayant été victimes elles aussi, et en même temps je sais d'expérience que la lecture peut être un peu dure. Personnellement, me retrouver autant dans l'histoire, me dire "mais merde, moi aussi j'ai vécu ça" a été un choc, même c'était une prise de conscience nécessaire.

Si je la mets dans la liste, c'est parce qu'elle vient déconstruire un des mythes autour des relations : qu'il faudrait tout accepter par amour. Cette Bd est un bon exemple du "Il vaut mieux être seul'e que mal accompagné'e". Il est OK d'avoir des moments difficiles et des disputes mais il est dangereux de fermer les yeux sur les "red flags" (littéralement "drapeaux rouges, cela désigne les indices qui montrent que la relation est toxique, problématique).
Je l'ai mis aussi parce qu'on voit le personnage se reconstruire et apprendre l'importance de s'aimer soi-même plutôt que de chercher quelqu'un pour le faire à notre place, trouver de l'affection et de l'amour auprès d'autres personnes comme ses ami'es, sa famille, ou de la sororité de la part des autres victimes de son ex. Je trouve important de mettre ces formes d'amour en avant, histoire que l'amour romantique descende un peu du pied d'estale où on a tendance de le mettre.

 

Konbini/La fille de la supérette - Sayaka Murata

TW : manipulation

Depuis l’enfance, Keiko Furukura a toujours été en décalage par rapport à ses camarades. À trente-six ans, elle occupe un emploi de vendeuse dans un konbini, sorte de supérette japonaise ouverte 24h/24. En poste depuis dix-huit ans, elle n’a aucune intention de quitter sa petite boutique, au grand dam de son entourage qui s’inquiète de la voir toujours célibataire et précaire à un âge où ses amies de fac ont déjà toutes fondé une famille. En manque de main-d’œuvre, la supérette embauche un nouvel employé, Shiraha, trente-cinq ans, lui aussi célibataire. Mais lorsqu’il apparaît qu’il n’a postulé que pour traquer une jeune femme sur laquelle il a jeté son dévolu, il est aussitôt licencié. Ces deux êtres solitaires vont alors trouver un arrangement pour le moins saugrenu mais qui leur permettra d’éviter le jugement permanent de la société. Pour combien de temps…

J'ai lu une critique de ce livre disant qu'il était dommage que Keiko soit associale et sans empathie, que ça lui donnait une apparence de "psychopathe" et qu'il aurait été plus intéressant d'avoir une femme "normale" qui ne trouverait juste pas d'intérêt dans la vie de couple.
Je suis d'accord sur le fait que ce genre de représentation manque, mais personnellement, j'ai l'impression qu'il s'agit plutôt d'une personne neuroatypique (autiste peut-être ?) et asexuelle, qui ne comprend pas les codes, ne sait pas les appliquer et ne voit pas d'intérêt à le faire si ça ne fait pas sens pour elle. Or, il s'agit là de représentations qui manquent tout autant, si ce n'est plus. Il n'aurait pas été inintéressant de suivre une personne atteinte de psychopathie également.
De plus, le fait d'être neuroA témoigne d'un esprit qui réfléchit autrement, ce qui semble cohérent avec le fait de ne pas voir d'intérêt dans la vie à deux. Rien n'est dit clairement dans le roman, c'est un défaut que je lui trouve, mais ça reste à mes yeux une représentation réaliste.

Ce que je trouve intéressant, c'est que le personnage ne souffre absolument pas de ce qu'elle est, elle ne souffre pas d'être célibataire, être en couple ne l'intéresse pas. Dès le début, on la voit très heureuse à travailler dans son konbini, avec un rythme de vie qui lui convient, avec un but dans la vie. Cependant, elle sent bien qu'on attend des choses d'elle et elle se retrouve en difficulté face à la conformité et la pression qu'on lui met pour être "normale". C'est le fait de chercher une combine pour se soustraire à la pression sociale (surtout familiale) qui va la pousser dans une situation compliquée et potentiellement dangereuse. 


Couverture Mon chat, ma cuisine et moi 

Mon chat, ma cuisine, et moi - Han Hye Yeon

TW : nourriture

Jeanne est une jeune femme moderne qui vit seule avec ses trois chats. Elle vient d’être licenciée mais refuse de se laisser abattre. Jeanne affronte le quotidien à l’aide de ses chats et avec les douceurs qu’elle prépare tranquillement dans sa cuisine. À chaque événement, un dessert est associé. Un jour, elle s’inscrit à une formation pour devenir pâtissière. Un nouvel horizon s’ouvre devant la jeune femme… UN QUOTIDIEN CHAT-VOUREUX !

On a là une petite BD feel good, où chaque chapitre est l'occasion de présenter une recette. On suit Jeanne qui cherche à se reconvertir, et dont le quotidien est ponctué par les bêtises de ses chats ou des moments passés avec des ami'es et de la famille (encore une fois, c'est chouette de voir ces formes d'amour et qu'elles ne soient pas secondaires).

À un moment, elle croise son ex copain, mais c'est assez anecdotique vu qu'iels se sont quitté'es en bons termes et iels se revoient à l'occasion d'une réunion d'ancien'nes élèves. Elle est moins inquiète à l'idée de le revoir que par ce que le gens pourraient imaginer en fonction du gâteau qu'elle fera. Je trouve ça cool de voir une relation finie sans animosité. 

Bonus chat en fin de BD, avec des petites histoires sur comment l'autrice a recueilli les siens.


Couverture Elle et son chat (manga) 

Elle et son chat - Makoto Shinkai (scénario) et Tsubasa Yamaguchi (dessin)

TW : Sentiment dépressif, anxiété sociale

Chobi savoure sa vie de chat auprès de la maîtresse qui l'a recueilli, une jeune femme connaissant à la fois les avantages de l'indépendance et les affres de la solitude. Les yeux du félin assistent à ce quotidien qui s'écoule lentement, oscillant entre moments chaleureux et moments teintés d'amertume, entre jours de soleil et jours de pluie.

Ici, nous pourrions avoir deux ouvrages à commenter, puisqu'il s'agit du manga adapté du roman éponyme, mais je n'ai pas lu ce dernier, pour le moment. 

On suit le quotidien d'une jeune femme au travers des yeux de son chat. On y voit les bons comme les mauvais moments, surtout les mauvais à vrai dire. L'histoire me laisse le sentiment d'être face à une personne qui perd peu à peu pied, à cause de la pression de son travail et l'anxiété de voir le monde évoluer alors qu'elle a le sentiment de faire du surplace. On peut déceler des signes de dépression et/ou de burn-out.

C'est finalement son amour pour son chat et son sens des responsabilités vis à vis de lui qui lui permettront de remonter la pente et de demander de l'aide.

 

Couverture La gameuse et son chat, tome 1 

La gameuse et son chat - Wataru Nadatani

Kozakura, 29 ans, célibataire et fière de l'être. Son but dans la vie : consacrer la moindre minute de son temps libre aux jeux vidéo. Mais voilà qu’un nouveau joueur fait son apparition dans sa vie : un petit chat tout ce qu’il y a de plus réel, qui va bien l'occuper entre deux parties… Car cohabiter avec un félin plein de vie, ce n’est pas pour les petits joueurs, et la gameuse va le découvrir à ses dépens !

On termine cet article sur mon petit chouchou de la liste. En même temps, je suis un'e gameur'euse et jusqu'à récemment, j'avais un chat noir et blanc comme Omusubi (le chat de la jaquette), je ne suis pas certain'e d'être objectif've 😏 

J'ai un peu de mal à comprendre la phrase de quatrième de couverture disant "célibataire et fière de l'être", puisqu'à aucun moment il n'y a de réflexion sur son célibat (sauf de la part de quelques collègues, en arrière-plan). Elle est plus fière d'être gameuse qu'autre chose. Et dans son domaine, c'est une hard gameuse, une personne qui finit les jeux à 100%, qui achète les versions collector de ses jeux favoris et qui peut passer des heures à peaufiner sa technique.

Le manga a une atmosphère très cool, avec des personnages enthousiastes et débordant d'énergie. Le jeu vidéo est montré avec beaucoup de respect, je trouve, on est loin du stéréotype de gamer associal qui ne sort jamais de chez lui. Je ne me suis pas senti'e gêné'e par la représentation qui est donnée, au contraire, je me suis même plutôt bien identifié'e sur certains aspects, comme l'incompréhension par les personnes non initiées ou la frustration de refaire une partie parce qu'on a perdu une sauvegarde !

J'ignore si ce manga peut plaire à des personnes qui ne s'intéressent pas un minimum aux jeux vidéo, mais en tout cas, tous les termes en lien avec le sujet sont expliqués. J'ai tiqué sur certains, car beaucoup sont en anglais et j'ai l'habitude de les croiser en français (peut-être qu'au japon, on les utilise tous en anglais ?). Je me dis que le jeu vidéo sert de support comique (une personne experte dans un sujet, novice dans un autre, qui va user de ses connaissances dans le premier pour apprendre dans le second) mais peut-être que ça peut servir de porte d'entrée pour découvrir cet univers et ce qu'il peut apporter.

jeudi 3 décembre 2020

Nikita Ofgold : Les 9 Dimensions - Valentine Watrelot-Mingoia

 

Quatrième de couverture

Nikita Ofgold est une jeune fille ordinaire, jusqu’au jour de ses 13 ans où Félix, un chat noir qui est en réalité un apprenti sorcier, lui révèle qu’elle possède des pouvoirs surnaturels. Sa vie bascule alors… elle va découvrir la Septième Dimension, le monde des sorciers, où elle s’initiera à la magie. Elle y fera la connaissance de David, Anna et Jane, d’autres jeunes sorciers aux natures particulières. Ils formeront rapidement un clan d’amis inséparables. Mais son apprentissage ne sera pas de tout repos? Il lui faudra se rendre sur la Troisième Dimension, le sinistre monde des Ténèbres, où la mère de David est retenue prisonnière… Là-bas, elle fera également la rencontre du mystérieux et séduisant Prince des Ténèbres. Nikita et ses amis parviendront-ils à libérer la mère de David ? Qui est réellement le Prince des Ténèbres ? Vont-ils ressortir vivants de la Dimension maléfique ?

Que dire ?

Je m'apprête à parler d'un livre que je n'ai pas aimé. Les livres que je n'aime vraiment pas sont rares (le dernier, c'était Everything everything, il me semble). Et j'en parle peu ici. Si une lecture ne m'a pas plu, je préfère passer directement à autre chose pour faire passer le goût amer, sauf s'il y a quelque chose d'intéressant à en dire. Et c'est le cas ici.

J'ai longtemps attendu avant de faire cette chronique car je savais qu'elle serait difficile à faire. Je voulais pouvoir parler de manière objective de ce que je n'ai pas aimé. La liste est longue (j'ai corné tellement de pages sur des passages qui m'ont déplu que le livre a presque doublé de volume) et j'avais peur que tout énumérer finisse en lynchage. Et j'ai bien fait d'attendre car mon avis est passé de « c'est mauvais » à « c'est un peu plus complexe que ça ».

J'ai lu le livre en entier car, même si je n'ai pas accroché, je donne toujours sa chance à un livre. Une chance de me plaire, pour un aspect ou un autre, car je sais qu'il y a (presque) toujours quelque chose de bon à en tirer. Et c'est le cas ici, certaines choses m'ont plu, j'ai eu de bons moments mais pas assez pour rendre la lecture agréable dans son ensemble.

Quand je me suis rendue compte que le livre ne me plaisait pas, que je levais les yeux au ciel tous les 10 pages, je me suis dit que cela venait sans doute du fait que je n'étais pas le public cible, que c'était de la littérature jeunesse.
Sauf que j'ai récemment revu mon point de vue sur la littérature jeunesse quand j'ai remarqué que j'en lisais beaucoup. Bien plus que je ne le pensais vu que, jusqu'à présent, j'avais prêté peu d'attention à la tranche d'âge auquel un livre est destiné et maintenant que je le fais, je remarque que j'ai beaucoup de jeunesse sur mes étagères ; il n'y a vraiment que les livres pour les « tout-petits » qui n'attirent pas mon attention. « Livre jeunesse » ne veut pas dire « littérature de piètre qualité parce que c'est pour les enfants », contrairement à ce que je pensais il y a une dizaines d'années.

Je me suis alors dit que c'était générationnel. « Ça y est, je suis vieille et je critique ce que font les générations suivantes, c'est dans l'ordre des choses. Et les livres jeunesse que je relis encore aujourd'hui datent d'avant 2005, si mes souvenirs (de vieille) sont bons. »
Mais là encore, je suis plus ou moins l'actua-litté (ha ha) via les booktubeur.euses et je vois passer beaucoup de livres jeunesse de qualité (notamment via la chaîne de Pitiki, elle et moi ayant des goûts assez similaires).

J'ai ensuite pensé que le problème venait du genre littéraire. C'est de la fantasy mais c'est surtout, selon moi, de la romance. On trouve beaucoup de scènes qui ne sont que des prétextes pour des interactions (amoureuses) entre les personnages.
Cependant, il y a des romances que j'ai lu quand j'étais ado que j'aime encore aujourd'hui (Je ne t'aime pas Paulus, par ex) et j'aime toujours voir de la romance dans une histoire, qu'elle soit centrale ou non à celle-ci (ex : Moitié d'âmes, Rocaille parmi mes lectures les plus récentes), tant qu'elle est intéressante et pas trop cliché.

Finalement, c'est une fois le livre fini que j'ai compris. J'ai un réflexe parfois, qui est de relire la quatrième de couverture une fois le livre terminé. Je m'amuse à comparer ce que celle-ci promet avec le contenu du livre. Et c'est là que je suis tombée sur un détail que j'avais oublié : l'autrice avait 14 ans quand elle a rédigé ce roman.
A partir de là, tout ce que je n'avais pas aimé s'expliquait simplement : le livre n'était pas mauvais, il était juste immature. Le style et le scénario me font penser à une fanfiction, le genre que j'ai pu lire (et écrire) en grande quantité quand j'étais ado.
Je ne critique pas les fanfictions, j'en ai lu de très bonnes (et écrit des beaucoup moins bonnes, donc je sais que c'est difficile). Mais on y retrouve souvent des éléments que j'ai pu voir dans ce roman : une héroïne Marie Sue, des obstacles présentés comme difficiles mais en réalité sans conséquences, le monde des adultes aux fraises, un méchant présenté comme très méchant...mais pas tant que ça vu qu'on laisse des enfants partir pour l'affronter, un monde des ténèbres qui manque de profondeur, beaucoup de stéréotypes en terme de genre mais aussi en terme d'écriture, beaucoup de fanservices...

En résumé...

Une fois cette constatation faite, que puis-je retirer de tout ça ? Comme dit précédemment, j'ai passé quelques bons moments et l'univers dans les grandes lignes est prometteur. Reste à espérer que l'autrice puisse gagner suffisamment en maturité pour en tirer le meilleur.
Je sais que le tome 2 est déjà sorti et le tome 3 est en cours d'écriture. Je me demande si je vais me risquer à lire la suite, car je suis curieuse de voir ce que ça va donner mais cette lecture reste une déception et j'ai la crainte de retrouver les mêmes défauts dans la suite. Pour le moment, je préfère laisser cette question en suspens...

lundi 2 décembre 2019

Les tribulations d'une migraineuse - Delphine Key




Quatrième de couverture

Delphine, trente-cinq ans, mariée, maman d'un adorable petit garçon, a tout pour être heureuse. À ceci près : elle est migraineuse.
Alors, régulièrement, Delphine la boute-en-train, mute. Elle devient la rabat-joie, celle qui ne boit pas de Champagne le 31 décembre à minuit, qui maudit les fumeurs, la casse-pieds qui demande qu'on arrête la musique, qu'on éteigne la lumière, celle qui dit, la mort dans l'âme : « Non, chéri, pas ce soir...» avant d'avaler un Triptan, deux somnifères, de glisser sous la couette et de s'endormir, une poche de glace sur la tête.
Refusant de se laisser abattre, elle pérégrine à la recherche du traitement miracle. De l'homéopathe qui lui demande solennellement si elle mange le gras du jambon avant de lui délivrer une ordonnance à lui faire perdre son latin, à l'acupuncteur qui lui recentre son champ d'énergies, en passant par le grand ponte de la migraine et les différents praticiens de la planète psy, elle tente tout, jusqu'à la gouttière qui lui donne « l'air sexy d'un boxeur » et les hormones qui, très vite, à raison d'un kilo supplémentaire par semaine, menacent de la transformer en vache limousine. Dans ces conditions, la vie de couple aura bien du mal à résister... Détruire le mur d'incompréhension séparant l'espèce migraineuse de l'espèce non migraineuse, tel est le but de ce livre que toute migraineuse pourra toujours, l'air de rien, poser sur la table de nuit de son compagnon...

Que dire ? 

Attention, je spoile la fin ! Le passage a été rédigé en plus petit.
Je suis tombée sur ce livre dans un magasin de ventes d’occasion, dans un panier regroupant les prix les plus bas en terme de livres. La couverture orange a attiré mon attention et le thème du livre a su l’accrocher suffisamment pour que je l’achète. Je trouve, assez ironiquement, que l’aspect flashy de la couverture a le potentiel de provoquer une migraine, tellement elle pique les yeux.

L’autrice partage son expérience en tant que migraineuse, sous la forme d’un journal. Elle décrit les différents moments de sa vie, et surtout ses interactions avec les non-migraineux.euses. On a droit à tout : les bons moments (assez rares) comme les mauvais, l’incompréhension de certains de ses proches, les soucis de communication avec ces derniers, les différents traitements possibles, les personnes du corps médical qui ne savent plus trop quoi faire, les formes de médecine alternative vers lesquelles elle se tourne, un peu par désespoir, la peur d’avoir peut-être transmis sa migraine à son fils, etc.
Elle nous fait part de sa vie avec beaucoup d’humour et un style fluide. J’ai juste eu quelques difficultés parfois à me repérer dans la chronologie par manque d’indicateur de temps et l’utilisation du présent tout le long du roman.

Au travers de tout cela, Delphine traite de ce qui ressemble à de l’errance médical. En effet, elle sait qu’elle a des migraines mais comme toute personne migraineuse, elle n’a pas de traitement miracle ni d’explications précises sur la source de ce mal ; la génétique, le stress, un accident, un sommeil détraqué ? Un peu tout ça, en fait, c’est bien le problème. On sent Delphine être constamment dans un jeu d’équilibre et de dosage Elle en arrive à tester des médecine alternative, sans vraiment y croire mais bon, c’est toujours mieux que de baisser les bras, non ?

Concernant sa vie et ses proches, elle fait de son mieux pour à la fois prendre soin d’elle mais ne pas négliger ses proches pour autant. Et c’est là qu’on touche au cœur du roman : le mari de Delphine, Florent, est un non-migraineux. Et il ne comprend pas pourquoi sa femme refuse des soirées à cause de ses maux de tête, pourquoi elle ne fait pas plus d’efforts, pourquoi elle ne va pas voir un psy pour en parler. Il n’est pas vraiment à l’écoute de sa compagne et se place régulièrement en victime car il se sent délaissé, sans se rendre compte de la souffrance physique que sa femme endure au quotidien. Tandis que le fils de Delphine, Alex, fait preuve de bien plus d’empathie et sait se tenir tranquille quand il le faut...une fois qu’on prend le temps de lui expliquer la situation.

L’histoire touche au final plusieurs points intéressants sur la vie de couple en général.
Le premier sont les soucis qu’on peut rencontrer dans la vie de couple, qu’on tente parfois de cacher par autre chose. Le couple bat de l’aile et, plutôt que de se dire qu’il faudrait mieux en rester là parce que ça ne fonctionne tout simplement pas, on préfère mettre ça sur le dos d’autre chose (ici, les migraines), par peur de devoir faire face à la réalité, la peur d’admettre que la relation n’est pas saine.
Le deuxième point est la culpabilité dans la maladie, aussi bien celle de la personne malade que celle de ses proches. La première va culpabiliser de ne pas être disponible, de ne pas faire assez d’efforts pour aller mieux, de devoir laisser tomber sa carrière pour se focaliser sur sa santé. Les seconds vont surtout s’en vouloir de ne pas pouvoir aider la personne malade et vont donc se sentir impuissantes de ne pouvoir apporter LA solution.
Ces deux points trouvent leur source dans un troisième, qui est sans doute le plus important : la communication. Delphine ne sait pas comment ni quand exprimer son mal-être. Florent a les mêmes difficultés pour s’exprimer, ce qui engendre bien des quiproquo : Florent s’en veut de ne pouvoir « sauver » Delphine mais celle-ci ne lui a jamais demandé de le faire, Delphine en veut à Florent de ne pas la soutenir un peu plus mais elle ne cesse de jouer la comédie pour faire bonne figure pour lui faire plaisir.
Au final, si chacun.e disait clairement ce qu’iel a sur le cœur, bien des soucis pourraient être éviter et des stratégies pour rendre les moments de crise moins pénibles pour tout le monde pourraient être mis en place.
Le dernier point est la façon dont la relation de Delphine et Florent est traitée sur la fin. Iels se séparent mais iels ne se séparent pas dans les larmes et les cris, au contraire. On sent que, enfin, iels se comprennent et prennent le temps d’écouter à la fois leurs besoins et ceux de l’autre.

En résumé...

Sympathique. J’ai trouvé ce livre très juste. Je ne suis pas migraineuse, donc ce livre ne me touche pas personnellement, mais j’ai retrouvé des échos d’une partie de ma vie, ayant été en couple avec un homme migraineux pendant plusieurs années. Même si je ne me souviens pas avoir été aussi problématique que Florent, je me rends compte à quel point la migraine peut être un fléau au quotidien et je l'ai un peu sous-estimée.
A lire si vous avez des personnes migraineuses dans votre entourage ou si vous-même, vous souffrez de cette maladie, car ça permet sans doute de se sentir moins seul.e, de pouvoir enfin mettre des mots sur votre ressenti !

Citation

« Il paraît que pleurer soulage. J’ai trop mal pour verser la moindre larme. Pour avoir la force de pleurer, une partie du cerveau doit être submergée par la nostalgie, la peine ou une petite douleur. Mais un torturé ne pleure pas car son esprit est tout entier occupé à combattre le mal » (Editions Anne Carrière, P.25).

Pour aller plus loin

*Le blog autour de la migraine, tenue par l'autrice : http://www.lamigraine-leblog.com/
*Vidéo de la chaine E-penser sur la migraine : https://www.youtube.com/watch?v=Sk7Ia2Lsuak
*Vidéos de la chaine "Vivre avec" sur le sujet :
-6 façons d'aider une personne malade chronique : https://www.youtube.com/watch?v=zKgIDIouEGo
-mes relations amoureuses et la maladie : https://www.youtube.com/watch?v=hesCiH4PYfc
-se reposer, ce n'est pas "rien faire" : https://www.youtube.com/watch?v=Rjh-Wo7B5j0
-tu n'as pas l'air malade : https://www.youtube.com/watch?v=iXkMWU4sXiM
-petites remarques pour les proches de malades : https://www.youtube.com/watch?v=BI13dI0NIWU 

samedi 8 septembre 2018

Rêver - Franck Thilliez

TRIGGER WARNING
[Sang, automutilation]



Note : Plusieurs termes (suivis par un *) sont en lien avec les rêves et le sommeil, un dictionnaire est disponible en bas de l'article si vous souhaitez en savoir plus ^^


Quatrième de couverture

Psychologue réputée pour son expertise dans les affaires criminelles, Abigaël souffre d'une narcolepsie* sévère qui lui fait confondre le rêve avec la réalité. De nombreux mystères planent autour de la jeune femme, notamment concernant l'accident qui a coûté la vie à son père et à sa fille, et dont elle est miraculeusement sortie indemne.
L'affaire de disparition d'enfants sur laquelle elle travaille brouille ses derniers repères et fait bientôt basculer sa vie dans un cauchemar éveillé...
Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même.


Que dire ?

Plusieurs thèmes sont abordés dans ce roman, le principal étant le sommeil et tout ce qui y touche : rêves et maladies du sommeil. J'ai également fait un parallèle avec les rêves lucides*.
J'ai été agréablement surprise car la plupart des points abordés sont traités de façon réaliste : les rêves ne sont pas des outils pour voir le futur, la narcolepsie n'est pas un élément comique et des traitements permettant de réduire les symptômes sont présentés. La cataplexie* est également mentionnée, elle est même utilisée pour souligner les fortes émotions du personnage, sans que ce soit répétitif ou abusif.
De plus, certains passages en profitent pour souligner l'importance du sommeil sur le cerveau, pour expliquer les différentes phases de sommeil ou pour aborder les croyances et mythes qui tournent autour du monde onirique (comme les « démons » que des personnes peuvent voir lors de paralysies du sommeil*). Il y a même certains questionnements, comme l'identité au travers des souvenirs. Comment savoir qui on est, si nos souvenirs nous font défaut, peuvent être modifiés, voire effacés ?
La façon dont la maladie est abordée m'a également plu : avant ses pertes de mémoire, Abigaël semblait être parvenue à un équilibre, sa maladie pouvait être parfois dérangeante mais Abi n'était pas victime de celle-ci : elle a une fille, un métier à hautes responsabilités et des collègues compréhensifs.ives. Donc une façon cool de représenter les troubles ou maladies chroniques.

Malgré tout ça, il y a un détail qui m'a dérangée. Et ce qui est dommage, c'est que c'est un détail important. Pour tenter de dissocier rêves et réalité, Abi met en place une stratégie très connue dans la communauté des rêveur·euses lucides : les tests de réalité*. Le souci est que les tests utilisés par Abi ne sont pas fiables du tout ! Ils se basent sur une croyance fausse qui est « en rêve, on ne peut pas se blesser ou ressentir de douleur ». C'est cette croyance qui pousse les gens à se pincer (très fort) pour vérifier s'ils rêvent ou non. Or, ce test de réalité ne sert à rien car on peut ressentir la douleur en rêve et on peut même saigner.
Aussi, je pense que ses tests ne sont là que pour une chose : souligner la déchéance du personnage, refléter son déséquilibre mental par des blessures physiques qui sont de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que l'histoire avance.
Malgré tout, j'aime la raison qui pousse Abi à utiliser ces tests-là : elle a noté ses rêves et a analysé ces derniers. C'est ce qui lui a permise de constater les éléments récurrents et de réagir en conséquence. Ce genre d'analyses est une chose que les rêveur·euses lucides font souvent.

Il y a plusieurs dualités dans ce roman. La première, et la plus évidente, est celle qui oppose rêve et réalité. Ici, on ne retrouve pas d'opposition manichéenne, avec le monde des rêves où « tout est possible » qui semblerait mieux que la morne réalité. Non, ici, les deux se valent. Abi n'est en sécurité nulle part, elle n'a pas vraiment de moments de répit : à cause de son métier et de son passé, ses rêves sont souvent chaotiques, violents, peuplés de créatures hideuses. Sa réalité n'est guère mieux car elle lutte contre son corps, sa maladie, contre les monstres bien réels que sont les criminel.le.s.
Une autre dualité est celle qui oppose corps et esprit. Abi perd la mémoire, de plus en plus souvent. Son esprit lui fait alors défaut, elle ne peut pas s'y fier. Elle utilise alors son corps pour tenter de rester dans la réalité : elle se fait mal pour savoir si elle rêve ou non. Son corps est donc une sorte de bouée de sauvetage pour ne pas perdre pied... sauf que son corps n'est pas totalement fiable non plus, à cause de crises de sommeil ou de cataplexie qui peuvent la prendre n'importe quand. Là encore, Abi n'a pas de point de repères, pas de moyen de se stabiliser.
Il y a aussi une dualité temporelle et narrative. Le récit est structuré en deux axes temporels : l'un débute un peu avant l'accident, l'autre dix jours avant la résolution de l'enquête policière.
Les aller-retours entrent ces deux axes sont fréquents. De plus, en parallèle, il y a deux trames narratives : l'une suit l'enquête policière, l'autre se concentre sur Abigaël qui mène une (en)quête personnelle sur les mystères autour du fameux accident et qui lutte contre les pertes de mémoire aux origines inconnues.

Tout cela m'a un peu donné le vertige. Tout comme notre protagoniste, je me suis vite sentie perdue, ne sachant qui ou quoi croire.
Un petit repère est donné pour nous aider à remettre de l'ordre dans les événements mais malgré tout, un retour en arrière a été nécessaire pour me remémorer les événements précédents.
Le repère en question est une ligne avec deux points, les deux événements majeurs de l'histoire. Les autres sont vaguement situés sur cet axe, mais restent flous. Au cours de ma lecture, j'ai regretté de ne pas avoir pris quelques notes pour garder une trace des événements et l'ordre dans lequel ils se sont produits. Avec un autre livre, je pense que j'aurais trouvé ça gênant mais dans ce dernier, cela m'a aidée à ressentir une forte empathie pour Abigaël. Elle écrit pour lutter contre ses pertes de mémoire et je me suis retrouvée dans la même posture qu'elle : obligée de me raccrocher à un support écrit pour ne pas oublier ce qu'il s'est passé. Je me suis mise à douter de tout, également. On peut être certain.e des deux événements principaux, mais pas des autres car ils ne laissent pas de trace sur l'axe. Abi est-elle en train de perdre la tête ? Vit-elle vraiment les événements racontés ou tout cela se passe-t-il uniquement dans son esprit ? Ou, pire, est-ce un mélange des deux, tellement indissociables qu'il serait impossible de savoir ce qui est réel et ce qui ne l'est pas ?
Cependant, il y a une chose à laquelle j'ai pu me raccrocher, ce sont les émotions d'Abi. Que les événements soient réels ou non, c'est bien la seule chose sur laquelle on ne peut douter : elle a peur, elle est perdue, elle doute. Mais aussi, et surtout, elle fait preuve d'un courage et d'une détermination incroyables pour découvrir la vérité et s'en sortir par tous les moyens.

Donc, beaucoup de bonnes choses, beaucoup d'émotions, de réflexions...
Aussi, j'ai trouvé la fin un peu fade par rapport au reste. Je suis tout de même soulagée que ce ne soit pas un cliché du genre « Ah bah tout ça était faux, elle était dans le coma suite à l'accident ».
Même si l'auteur s'est bien amusé à nous perdre du début à la fin (perso, je me suis faite avoir...deux fois), les révélations finales ne sont pas aussi exceptionnelles que le parcours de notre chère Abigaël. J'ai parfaitement compris les motivations de l'antagoniste mais j'ai trouvé celles-ci un peu « légères », même si on peut les expliquer facilement (je ne dirais rien, sinon je spoile une bonne partie de l'histoire).


Bref !

Un coup de cœur ! J'ai découvert ce livre au travers d'une communauté de rêveurs.euses lucides dont je fais partie. Les rêves m'intéressent depuis longtemps. J'avais un peu peur du traitement réservé aux rêves et aux maladies du sommeil, plus précisément. Mais ici, je ne trouve presque rien à redire, si ce n'est les tests de réalité.
Je suis restée agrippée à l'histoire et il ne m'a pas fallu longtemps pour la finir. Cela a même donné un petit coup de pouce à ma mémoire onirique*. La fin du roman m'a un peu déçue, certes, mais elle reste logique et pertinente à mes yeux.
Je déconseille ce roman aux personnes qui n'aiment pas les récits ayant une chronologie chaotique. Par contre, si tu aimes ce qui touche aux rêves, au sommeil, etc, c'est une lecture intéressante et agréable car les erreurs dans ce domaine sont rares et ne nous sortent pas du roman.


Citation

« Que sommes-nous, sans mémoire, sans souvenirs, sans le rappel de ces visages, de ces voix qui ont accompagné nos existences ? Juste un point sur la courbe du temps ? »
(Assez drôle quand on sait que le repère qu'on nous donne est présenté sous forme de point sur un axe temporel ^^).


Bonus - Dictionnaire

Narcolepsie (ou maladie de Gélineau) : trouble du sommeil chronique, caractérisé par un temps de sommeil excessif. Les personnes concernées peuvent s'endormir involontairement, en pleine journée.

Rêve lucide : rêve dans lequel la personne est consciente qu'elle est en train de rêver. 
Le rêve lucide est un phénomène normal, qui peut être provoqué, qui a été étudié et vérifié scientifiquement. Les travaux de Stephen Laberge sont les plus connus actuellement.
Voir le site "Attrape-Songes" pour en savoir plus : http://attrape-songes.com/ 

Cataplexie : un des symptômes majeurs de la narcolepsie. C'est une perte du tonus musculaire, le plus souvent sous l'effet d'une forte émotion. La cataplexie cesse quand l'émotion cesse. Cela peut concerner certains muscles ou le corps entier, sans altération de la conscience (la personne s'effondre mais est parfaitement éveillée).

Paralysie du sommeil : lors de l'endormissement, le corps est soumis à une atonie musculaire, une paralysie des muscles pour éviter de bouger lors des rêves (imaginez le danger, si vous rêvez que vous sautez par la fenêtre pour voler ? sans l'atonie musculaire, vous sauteriez pour de vrai !). En temps normal, quand cette atonie intervient, nous ne sommes plus conscients. Mais certaines personnes le sont toujours. Elles sont donc paralysées mais conscientes. Cette expérience, appelée "paralysie du sommeil", peut être accompagnée d'hallucinations ou de sensations d'étouffement, ce qui rend le tout très désagréable quand on y est confronté·e pour la première fois.
La paralysie du sommeil peut être un symptôme de la narcolepsie.

Test de réalité : pour provoquer un rêve lucide, il existe plusieurs techniques. L'une d'elles consiste à vérifier régulièrement si on est en train de rêver, en espérant développer ce réflexe dans ses rêves. Il s'agit donc de "tester" la réalité. Pour cela, on se base sur certaines incohérences liées au monde des rêves.
Ex : dans un rêve, il est difficile, voire impossible, de voir le reflet d'un miroir. Le reflet est souvent flou, parfois au point de ressembler à un nuage de fumée, ou il est très différent de ce qu'il montrait.
Autre ex : dans les rêves, il est possible de se pincer le nez et de respirer par celui-ci malgré tout.
Donc, comme test de réalité, on peut décider de regarder un miroir ou de se pincer le nez et d'essayer de respirer par celui-ci. Si le miroir est net ou si l'air ne passe pas, cela veut dire qu'on ne rêve pas. Dans le cas contraire, c'est un rêve.

Mémoire onirique : Capacité à se souvenir de ses rêves au réveil. Chacun·e se souvient plus ou moins de ses rêves : certaines personnes peuvent ne garder aucun souvenir, d'autres ont des souvenirs très précis, avec beaucoup de détails.
La mémoire peut se travailler, en prenant l'habitude de noter ses rêves, tous les jours. Lire/écrire/réfléchir sur le sujet peut également avoir un effet positif sur la mémoire.

dimanche 19 août 2018

Journal intime d'un touriste du bonheur - Jonathan Lehmann

"Petite" introduction avant de passer au livre. Je vais parler un peu de moi et de là où j'en suis dans mon développement personnel. Promis, ça ne sera pas long. Enfin, pas trop (je crois). Mais c'est important pour comprendre ma vision du livre. Sinon, vous faites comme d'habitude, vous passez le blabla inutile ;)

Mon premier livre de développement personnel remonte à 2015, j'en ai lu beaucoup depuis. Beaucoup trop, j'ai l'impression. Il y a quelques mois, j'ai eu la sensation de tourner en rond. Chaque nouveau livre acheté était la promesse (ou plutôt l'attente) d'apprendre quelque chose de nouveau, sur moi, sur le mental, l'égo, le truc qui m'aiderait à être bien dans mes pompes... ce qui arrivait de moins. À force de lecture, je me suis rendue compte que les livres se citaient les uns les autres, que je retrouvais les mêmes idées, les mêmes notions qui me devenaient assez familières.
Pour je ne sais plus quelle raison, j'ai commencé un carnet comme « journal de bord » sur mon développement personnel, pour y mettre des notes de mes lectures sur le sujet. J'ai donc repris tous les livres que j'avais encore en ma possession et je les ai relus.

Ce fut une grosse claque. Je me suis rendue compte que j'avais presque oublié tout ce que j'avais lu. Tous ces livres, je n'en avais gardé que peu de souvenirs. Ce que je cherchais, je l'avais déjà sous le nez. J'avais déjà plus ou moins toutes les notions essentielles pour progresser mais je n'avais pas pris le temps de bien les assimiler, trop occupée à passer d'un livre à l'autre. Et surtout, je devais me mettre à la méditation car tous les livres en parlaient. Avant, c'était juste une envie. À ce moment-là, je ressentais comme un besoin presque vital. Cette idée a été confirmée par un très bon ami, que je considère un peu comme un guide.

Du coup, j'ai mis la lecture de côté, pour me concentrer sur mes émotions, la méditation, etc... Aussi, le livre de Jonathan Lehmann, comme beaucoup d'autres ces derniers mois, je l'ai mis sur une wish-list, dans l'idée de ne le lire que si j'en avais encore envie bien plus tard.

Pour mon anniversaire, début août, j'ai ressorti cette liste pour donner des idées de cadeaux à mes proches. « Journal intime... » y était toujours. Je ne l'ai pas reçu pour mon anniversaire, je l'ai donc acheté moi-même en magasin car, en le feuilletant, j'ai vu que ça traitait beaucoup de la méditation. Comme j'avais l'impression de patauger dans ce domaine, je me suis dit que ça me serait utile.

Je ne m'attendais pas à être transformée par la lecture du livre, car cette transformation, ça fait déjà quelques années que je l'ai commencée et qu'elle suit son cours depuis. Je ne suis pas Bouddha incarné, mais je savais que certaines notions et idées importantes dont j'avais déjà conscience, j'allais les retrouver dedans. Cependant, Jonathan Lehmann me laissait une bonne impression à travers sa page Facebook, des bonnes vibes comme on dit. J'allais tout de même en tirer quelque chose, j'en étais sûre.



Quatrième de couverture

« Le voyage en Inde d'un golden boy repenti en quête de sagesse

Avocat d'affaires à New York, amateur de fêtes et de drogues..., Jonathan plaque tout du jour au lendemain pour partir à la recherche du bonheur. Pendant 3 ans, il va à la rencontre de penseurs et de maîtres spirituels à travers le monde, et découvre la méditation, une pratique qui va bouleverser sa vie.

En novembre 2016, il s'envole vers l'Inde pour vivre une expérience radicale : " Vipassana ", ou dix heures par jour, pendant dix jours. Dans un silence total.

Journal intime d'un touriste du bonheur est le récit de cette retraite et des trois mois de périple qui ont suivi. Dans ce carnet de voyage déjanté, Jonathan nous raconte ses tribulations à travers l'Inde : son " shopping spirituel " d'ashram en ashram et de gourou en gourou, son coming out mystique, son apprentissage du sexe tantrique, son combat incessant contre la tyrannie du mental et les addictions...

Voyage initiatique et chronique spirituelle, ce livre irrésistible bouscule les genres littéraires autant que les consciences. Dans un style décomplexé, follement drôle, Jonathan Lehmann nous transmet la richesse des enseignements qu'il a reçus et qui nourrissent, chaque jour, son cheminement vers le bonheur.

Une lecture dont vous ressortirez transformés. »


Que dire ?

À travers le récit que l'auteur fait, (presque) sans complexe, on est trimballé d'expériences en expériences, d'émotions en émotions, et au final, on devient nous-même un « touriste du bonheur ». D'ailleurs, le titre du livre prend tout son sens vers la fin, il n'y a pas qu'une référence au voyage, mais bien une réflexion sur la façon d'aborder la spiritualité, réflexion que je n'avais pas encore rencontrée.

Je me suis un peu sentie perdue parfois, car le cheminement de pensées n'est pas toujours chronologique et le récit fait état de beaucoup de lieux, de méthodes de méditations, de noms...mais c'est un peu comme visiter un pays étranger : parfois, on se perd dans une petite ruelle, on y fait des découvertes incroyables, on retrouve son chemin sans trop savoir comment mais on se dit que ce n'était pas si mal de se perdre.

J'ai beaucoup aimé suivre les aventures de l'auteur, de découvrir le cheminement de ce dernier, ses lectures et découvertes, ses prises de conscience, ses doutes, ses échecs, ses blessures, ses hontes parfois. On a même droit à deux-trois « coming-out » (un abus de langage selon moi, mais passons) sur certaines addictions. J'ai trouvé ça rassurant et je me suis beaucoup identifiée à son ressenti, à certaines de ses blessures. Ça m'a rappelée celles que j'avais mises de côté car je les croyais réglées (quelle arrogance de ma part !).
C'est le genre de récit qui me parle le plus. Quoi de mieux, pour parler de développement personnel, que d'aborder le sien en exemple ? Je préfère ça aux ouvrages qui enchainent les études sur le bonheur et la gratitude car, même si cela reste intéressant, c'est assez vite barbant et trop froid pour moi.


En résumé...

Sympathique ! J'ai trouvé ce journal authentique. Le style de l'auteur est simple, il va à l'essentiel, c'est assez DRÔLE (clin d'œil à l'auteur et à celle·eux qui ont lu le livre, si certain·es passent par ici). J'ai donc passé un bon moment entre ces pages.
Ce n'est pas un coup de cœur (pour moi) car je ne me suis pas sentie transportée comme d'autres ouvrages du genre, sans doute parce que ce n'est pas le premier. J'y ai retrouvé quelques noms que je connaissais déjà (Eckhart Tolle, par exemple) mais j'ai pu trouver quelques réponses et confirmations sur mes doutes concernant la méditation et la pratique au quotidien.


Citation

"Aujourd'hui, je comprends pourquoi j'ai toujours essayé de fuir le silence. Quand il n'y a pas de bruit autour de nous, on entend encore plus le mental, qui nous parle sans cesse, et qui souvent nous agresse avec des pensées désagréables.
Alors, pour cesser de l'entendre, on meuble, on se trouve toutes sortes d'activités. (...) Mais la solution n'est pas de fuir. Au contraire, pour évoluer, on doit prendre le taureau par les cornes et apprendre à vivre avec son mental. (...) En appréhendant le silence comme une vraie pratique. Peut-être la plus importante sur le chemin du bonheur" (p.67, Édition de la Martinière).

dimanche 8 juillet 2018

Lire sans rien débourser - Boites à lire/points de partage, échanges et 1er livre sauvage ("Et vogue la gondole", de Nicole de Buron)

[ATTENTION : cet article est ma première tentative d'écriture inclusive ; merci d'avance de signaler les erreurs et/ou oublis, s'il y a en a.]

Salutation à vous, petit·es aventurier·ères littéraires qui s'arrêtent sur cette île bloguesque. Dans cet article, je vais vous parler de boites à lire, d'échanges et de livres sauvages. Voici comment l'idée m'est venue :

Tout commença hier, quand je suis tombée sur cette vidéo Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=6wpenQRP4A8&t=130s. Elle a été réalisée par "Jeannot se livre", une vidéaste qui mérite d'être un peu plus connue car elle aborde pleins de sujets différents et intéressants autour du livre, la lecture, la vie des auteur·rices, etc. La vidéo parle des boites à lire et autres solutions pour pouvoir lire sans un sou en poche ("gratis", si tu préfères), surtout pendant l'été. J'avais déjà entendu parler des boites à lire mais sans m'y intéresser vraiment, ne sachant pas s'il y en avait près de chez moi. Cette vidéo m'a alors poussée à faire quelques recherches et j'en ai trouvées (voir à la fin de cet article).

Je connaissais déjà les échanges via Livraddict.com avec sa zone de troc (https://www.livraddict.com/biblio/trocs/) mais je n'ai jamais été fan d'envoyer un livre à un·e inconnu·e, je préfère l'échange de main à main. Je connaissais également des villes où des gens lâchaient des livres dans la nature (expression rigolote vu que ça se passe en ville, non ?). 

 
Le principe est simple : laisser un ou des livres dans un endroit public (parcs, sur un banc, sur un muret, etc). Quand on en trouve un, on peut le lire sur place et le remettre où on l'a trouvé, ou le reposer ailleurs, ou le prendre chez soi pour un temps indéfini.
Perso, j'appelle ça un "livre sauvage" ou "livre Pokemon", car un peu comme les Pokemon dans les hautes herbes, on ne sait jamais où et quand on va les croiser et on peut décider de les garder ou de les relâcher ; je crois que c'est ça qui me plait le plus dans cette idée : c'est un peu le Pokemon Go de la lecture (le Book Go ? faudrait penser à faire une appli pour ça...). Il y a aussi le fait que, trouver un livre dans un cadre autre qu'une bibliothèque/médiathèque/étagère, ça force à s'y intéresser, alors qu'en temps normal, on ne lui aurait sans doute pas accorder le moindre regard, perdu dans la masse. Pourquoi le·la précédent·e propriétaire l'a laissé ? Par désintérêt, pour faire de la place, parce qu'iel n'arrivait pas à le revendre d'occasion (j'ai moi-même laissé un livre récemment dans ma rue pour cette raison) ? Ou au contraire, par désir de faire découvrir un livre qu'iel a particulièrement aimé (j'ai pour ma part, beaucoup de mal avec l'idée de laisser un livre que j'adore ou alors, je ne le ferai que si j'ai deux exemplaires à ma disposition) ?
Enfin, cette expérience reflète une idée qui me séduit beaucoup : encourager le partage des livres (et de la connaissance), gratuitement.
Pour en revenir à mon histoire, je n'étais encore jamais tombée sur un livre sauvage. Le hasard a voulu que j'expérimente cela aujourd'hui même. Alors que je me baladais sur Béthune, mon regard a été attiré par un point jaune, au sol : 


Ouais. Un livre. Apparemment abandonné sur le perron d'une maison. J'ai regardé autour de moi. Personne. J'ai hésité à sortir ma Pokeball. Peut-être était-il à quelqu'un·e, qui l'avait posé là pour le reprendre plus tard ? Ou bien... était-ce un livre sauvage ? J'ai fini par le ramasser. Je me suis posée en centre-ville, près de la Poste où des bancs sont installés sous un toit de verdure. Idéal pour lire au frais. 

 
J'ai commencé ma lecture, encore étonnée d'être tombée sur ce livre, me promettant d'en faire un article sitôt rentrée et d'en profiter pour parler des boites à livres et autres joyeusetés du genre. D'ailleurs, détail amusant : j'ai aperçu quelques personnes jouant à Pokemon Go ^^

BREF. Profitons-en pour parler de cette découverte (dans tous les sens du terme).




Que dire ?


Le livre était assez court, je l'ai fini en à peu près deux heures. Et vogue la gondole, de Nicole de Buron, raconte le mariage de Pénélope et Guillaume, de la préparation au voyage de noces en Italie, avec ses hauts et ses bas, les possibles désillusions au sein du couple dans la vie intime, les défauts et qualités de l'autre qu'on découvre avec le temps, les petites disputes, les petits mensonges. Le roman m'a plu dans son ensemble car, malgré le fait qu'il date de 1957, j'y ai trouvé bon nombre de passages drôles et des réflexions sur les relations homme/femme : 


L'autrice dépeint également une histoire de couple simple, authentique (selon Wikipédia, ses romans sont des clins d'œil à sa propre vie), loin des scenarii idéalisés à outrance. Certains passages m'ont d'ailleurs rappelé Le journal de Briget Jones, à cause du caractère de Pénélope et de ses réflexions intérieures : 


J'ai carrément explosé de rire devant ce passage, qui m'a rappelé certaines scènes que les fans de Fullmetal Alchemist connaissent bien : 


 En résumé...

Sympathique ! J'ai eu de bonnes surprises, même si certains passages m'ont fait grincer des dents (certaines généralités du style "le mâle ne se lave pas", "la femme aime se faire les ongles pour passer le temps"). Les personnages principaux sont assez bien construits et leurs interactions sonnent plutôt justes (surtout parce que certaines scènes de couple me rappellent des souvenirs personnels ^^).

Pour information : une fois ma lecture finie, j'ai laissé le livre sur un des bancs : 


Et en rentrant chez moi, je suis passée devant une laverie où j'ai aperçu une boite remplie de livres (une boite à livres, uniquement pour les usagers, peut-être ? à vérifier !). Du coup, je pense que je vais me pencher un peu plus sur ces possibilités de lire sans débourser, pour en parler autour de moi et les proposer aux personnes n'ayant pas beaucoup de moyens ou cherchant à faire des découvertes hasardeuses en lecture. Et pourquoi pas, tenter de mettre en place une boite à lire dans des villes où il n'y en a pas encore ?

Edit : après la rédaction de cet article, je me suis rendue à une des boites à lire près de chez moi. J'y ai déposé deux livres, sans en prendre car aucun ne m'intéressait. 

Boite à lire se trouvant à Béthune (voir lien en bas de l'article)

Par contre, sur la route, je suis repassée devant la laverie et j'y ai jeté un œil : il y  avait un petit mot marqué "Servez-vous" dans la boite. Donc, j'ai pris un des livres et j'en ai laissé un en échange ^^

Laverie se trouvant rue d'aire, à Béthune


  Liens pour lire sans rien débourser (dans le 59 et le 62)
Prévenez-moi si vous avez des adresses, que je les ajoute et pensez à les ajouter aussi sur https://www.boite-a-lire.com/)
 

samedi 16 juin 2018

Vite fait, bien fait #2 : spécial littérature (de ma) jeunesse - partie 1


Salut à vous !

Il y a quelques années, je suis tombée sur une vidéo où l'on voyait une femme et sa fille faisant un tri parmi un grand nombre de livres pour enfants et adolescents (dans une librairie, je crois?), mettant de côté ceux où :
  • il n'y avait pas de filles ;
  • les filles ne parlaient pas / n'avaient pas de noms ;
  • une fille n'était pas le personnage principal ;
  • les filles n'avaient pas d'autre but que de trouver l'amour (orienté « hétérosexuel », le plus souvent) ;
  • etc (je ne me souviens pas de tout et je ne retrouve pas la vidéo).
À la fin de ce tri, il ne restait presque plus de livres sur l'étagère. J'ai été un peu étonnée de ce résultat, même si je me doutais que la littérature jeunesse, comme les jouets, ne proposait pas aux petites filles beaucoup de modèles sortant des stéréotypes de genre.
Comme je ne correspond pas vraiment aux stéréotypes en question, je me suis jurée de jeter un œil à mes lectures de jeunesse et d'adolescence, pour voir quels ont été les livres qui m'ont le plus marquée et si ces derniers comportaient des personnages féminins intéressants.

Parmi ceux que j'avais encore sous la main (ma mère en a vendu une bonne partie aux marchés aux puces), j'ai retrouvé un bon nombre de livres où le personnage principal était une fille, avec du caractère, des objectifs, des défauts, etc. Bref, des personnages qui, dans mes souvenirs, étaient bien construits. D'autres romans avaient des personnages féminins secondaires également marquants.
Je pense que j'ai eu la chance d'avoir une mère qui ne rentrait pas vraiment non plus dans les normes, qui m'a encouragée dans mes lectures et m'a toujours laissé le choix de ces dernières, dès que j'en ai été capable.

Je vais donc te présenter les livres en question, dans l'ordre où je les ai relus.

ATTENTION : il y aura du spoil dans ce qui va suivre !

Couverture Clair de loup

1 – Clair de loup, de Thierry Lenain
Paola passe tous ses étés avec ses parents, dans la maison de sa défunte grand-mère. Dans le village vit un couple, M et Mme Gaillard, qui accueille régulièrement des enfants orphelins. Un jour, Lou, un garçon pas comme les autres, arrive. Il est renfermé, agressif et pour cause : il a été élevé par une louve ! De plus, sa présence pousserait les loups à se rapprocher des villages, à être moins craintifs des humains et à s'attaquer aux troupeaux. Du moins, c'est ce que racontent les rumeurs...
Paola est une petite fille vive, curieuse et assez têtue. Elle dit ce qu'elle pense et fait même preuve d'un sang-froid incroyable quand elle se retrouve face à un loup. Elle fait également preuve d'une grande ingéniosité, comme lorsqu'elle propose d'utiliser des somnifères pour endormir un chien de garde.
À aucun moment, on ne donne de description de la petite fille et il n'y a que peu de remarques sur son apparence (juste une fois, un personnage s'étonne de voir à quel point elle a grandi). Les illustrations de mon édition nous proposent l'image d'une fille aux cheveux très longs, attachés de façon lâches avec des mèches folles, portant une salopette dont une des bretelles pend sur le bras. Personnellement, tout cela me fait penser à une petite fille qui aime bouger et s'amuser, se rouler dans l'herbe de la campagne.


Samarcande - Documentation

2 – Caribou et le renne aux yeux d'or, de Mérédith Ann Pierce
Caribou est une jeune fille qui vit seule depuis la mort de son père et le départ de son frère. Elle vit un peu à l'écart de son village, qui la voit comme une sorcière à cause de ses rêves prémonitoires.
Un jour, un bébé lui est confié. D'abord réticente, elle trouve ensuite du réconfort et de la compagnie auprès de l'enfant. Mais ce dernier n'est pas ordinaire : il n'est qu'à moitié humain et ses origines étranges vont le pousser à la quitter lors de son adolescence. La jeune fille est de nouveau seule. Sauf que, entre temps, le village a commencé à voir en elle une autorité à respecter et on lui rend régulièrement visite pour résoudre des problèmes de diverses natures : retrouver un objet, prendre une décision sur un mariage, etc. C'est alors qu'un drame surgit, les habitants se tournent vers Caribou, espérant une réponse. Notre amie va alors prendre la tête des opérations et diriger les siens vers des territoires encore inexplorés.
On voit le personnage de Caribou évoluer au fil des chapitres et du temps. D'abord petite fille réservée, on la voit prendre de l'assurance grâce à son pouvoir, l'éducation qu'elle apporte à l'enfant et la confiance que lui accorde le village. Sans but dans un premier temps, si ce n'est vivre et survivre dans un pays froid, la maternité va l'occuper quelques temps, puis ce sont ses responsabilités envers son village qui vont devenir essentielles dans sa vie. Malgré tout, elle reste une personnage sensible, avec ses peurs et ses doutes, qu'elle affronte tant bien que mal, ce qui en fait un personnage intéressant à suivre selon moi. On la voit tomber amoureuse mais elle refuse de suivre celui qu'elle aime pour respecter ses engagements envers les siens. Là encore son apparence n'a pas beaucoup d'importance, je ne me souviens pas de description faite et mon édition ne comporte pas d'illustration, si ce n'est la première de couverture.


Couverture Deux pour une

3 – Deux pour une, d'Erich Kästner
Louise, petite fille têtue et espiègle, passe de bonnes vacances dans un camp non-mixte. Un jour, un bus rempli de nouvelles arrive. Chouette ! De nouvelles rencontres à faire, de nouvelles amies, peut-être ? Oui sauf que... L'une d'elles, Lotte, est le portrait craché de Louise. À croire qu'elles sont jumelles...
Deux personnages principaux pour le prix d'une ^^ Les deux petites filles ont des caractères bien distincts : Louise est assez indisciplinée, forte tête, vive ; Lotte est douce, calme et c'est une fée du logis. Ce qui est intéressant, c'est que, à cause de certaines circonstances, le caractère de chacune va un peu déteindre sur l'autre. Et toutes deux vont devoir faire preuve de patience, d'ingéniosité pour garder un secret bien lourd à porter. 
Cette fois, l'apparence des personnages est importante mais c'est pour une bonne raison (le scénario) mais également la possibilité de différencier les deux personnages et d'illustrer leur personnalité respective : Louise a les cheveux détachés, Lotte a des nattes sages.


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(image tirée du site Amazon)

4 – Prune, de Luce Fillol
Prune vit une vie bien calme entre sa mère et son père. Elle est un peu en surpoids, est la cible de moqueries de la part du caïd de son école. Mais dans l'ensemble, elle se sent en sécurité, bien protégée dans son cocon familial.
Puis, un jour, tout bascule : ses parents ne s'entendent plus et son père s'en va. Le cocon se fissure et Prune doit faire face à des événements difficiles. Dans un premier temps, elle va se retrouver ballottée par ce qui l'entoure, subissant plus qu'autre chose. Puis, elle va tenter de se révolter, de prendre les devants et tenter d'arranger les choses au mieux, malgré son jeune âge et ses difficultés à s'imposer.
Elle se montre maladroite, mal dans sa peau, souvent en décalage avec les autres et passive. Elle a également des passages où on découvre son ressenti, un côté égoïste lié à son jeune âge et son sentiment d'être perdue face aux décisions des adultes. Ses tentatives de révolte seront souvent timides mais elle fait toujours de son mieux et a bon cœur, ce qui la pousse à aider les gens qui l'entourent, alors qu'elle-même a des soucis. 
L'apparence de Prune est un élément qui revient régulièrement : elle se coupe les cheveux pour attirer l'attention, on la voit maigrir un peu mais ce n'est ni le centre de l'histoire, ni ce qui va lui permettre d'être heureuse (une partie de la perte de poids se fait à la suite d'une convalescence).


https://images-eu.ssl-images-amazon.com/images/I/21ztJGd2M2L._SL500_BO1,204,203,200_.jpg

5 – Anna dans les coulisses, de Betsy Byars
Anna fait partie d'une famille de chanteurs et de musiciens, d'inspiration religieuse. Sauf qu'elle-même ne sait pas chanter juste, ni même jouer en rythme. On lui a donc confié la vente de disques et cassettes (oh la la, le coup de vieux!), à la fin des spectacles. Aussi, elle se sent constamment en décalage, rarement à sa place, toujours dans l'ombre de sa famille. Elle ne semble se démarquer en rien. On la voit surtout spectatrice de la vie de sa famille, que ce soit sur scène ou dans la vie de tous les jours. Elle a deux petits frères, qui se démarquent par leurs acrobaties, et une grande sœur dont la qualité principale est d'être jolie (c'est sans doute la raison pour laquelle leur mère la préfère).
Puis, un jour, un oncle, dont elle ignorait l'existence, sort de prison et demande de l'aide à la famille. Anna comprend très vite qu'il est un peu le mouton noir, malgré ses talents de musicien, à cause d'erreurs qu'il a commises par le passé. Elle va alors se sentir étrangement proche de cet oncle qu'elle n'a jamais vu, faisant de son mieux pour tenter de le comprendre et de l'intégrer à la famille.
Suite à un accident de voiture, l'oncle va gagner le pardon de tous et la jeune fille prendra conscience de sa propre valeur : sa générosité, son empathie. J'ai également l'impression que la mère d'Anna semble moins se préoccuper d'elle parce que la jeune fille est au final plus responsable que ses frères et plus forte que sa grande sœur. 
C'est dans ce roman, on n'a pas de description d'Anna très précise, juste un passage où on apprend qu'elle n'est ni grande, ni petite, ni blonde, ni brune...comme son oncle. Par ce passage, on sent qu'elle a une apparence banale, contrairement à sa grande sœur, et ça accentue aussi son côté "vilain petit canard".


Il y a une chose que j'ai remarquée, qui n'est par forcément en lien avec le sujet de l'article mais plus une spécificité des romans jeunesse : le plus souvent, les enfants sont en réaction au monde des adultes avec lequel ils ne sont pas en accord. Paola va défendre Lou face aux villageois, Caribou va devoir prendre des décisions pour les adultes de son village, Louise et Lotte vont se révolter contre le divorce de leurs parents, Prune est également perdue face à la séparation de ses parents et Anna est la seule à tenter de comprendre son oncle alors que son père le rejette violemment.
L'intérêt dans ce premier échantillon, c'est que nous avons plusieurs personnages qui vont réagir à leur manière : certains sont plus dans l'action, d'autres dans l'empathie, d'autres encore mélangent les deux. De plus, tous ces romans passent sans problème le test de Bechdel (https://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_Bechdel). Ce n'est pas un gage de qualité mais un bon point de départ si on s'intéresse à la présence des femmes dans les médias.

On a donc droit à divers modèles, tous étant aussi valides les uns que les autres, mais qui restent cependant plutôt gentils et dociles. Ce ne sont pas des petites filles qui vont s'énerver à tout va, qui vont mentir, être agressives, etc.
Aussi, dans le prochain « Vite fait, bien fait », je m'attarderai sur des personnages avec des caractères moins dociles, qui entreprennent des actions plus osées et moralement problématiques, qui vont bousculer l'ordre établi.

J'espère que ce premier article spécial jeunesse vous a plu. N'hésitez pas à dire dans les commentaires quels sont les livres (avec des filles cools) qui ont marqué votre parcours de lecteur ou lectrice quand vous étiez plus jeune. Et surtout, si vous avez lu les mêmes livres que moi, dites-moi ce que vous en gardez comme souvenir :)