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jeudi 3 décembre 2020

Nikita Ofgold : Les 9 Dimensions - Valentine Watrelot-Mingoia

 

Quatrième de couverture

Nikita Ofgold est une jeune fille ordinaire, jusqu’au jour de ses 13 ans où Félix, un chat noir qui est en réalité un apprenti sorcier, lui révèle qu’elle possède des pouvoirs surnaturels. Sa vie bascule alors… elle va découvrir la Septième Dimension, le monde des sorciers, où elle s’initiera à la magie. Elle y fera la connaissance de David, Anna et Jane, d’autres jeunes sorciers aux natures particulières. Ils formeront rapidement un clan d’amis inséparables. Mais son apprentissage ne sera pas de tout repos? Il lui faudra se rendre sur la Troisième Dimension, le sinistre monde des Ténèbres, où la mère de David est retenue prisonnière… Là-bas, elle fera également la rencontre du mystérieux et séduisant Prince des Ténèbres. Nikita et ses amis parviendront-ils à libérer la mère de David ? Qui est réellement le Prince des Ténèbres ? Vont-ils ressortir vivants de la Dimension maléfique ?

Que dire ?

Je m'apprête à parler d'un livre que je n'ai pas aimé. Les livres que je n'aime vraiment pas sont rares (le dernier, c'était Everything everything, il me semble). Et j'en parle peu ici. Si une lecture ne m'a pas plu, je préfère passer directement à autre chose pour faire passer le goût amer, sauf s'il y a quelque chose d'intéressant à en dire. Et c'est le cas ici.

J'ai longtemps attendu avant de faire cette chronique car je savais qu'elle serait difficile à faire. Je voulais pouvoir parler de manière objective de ce que je n'ai pas aimé. La liste est longue (j'ai corné tellement de pages sur des passages qui m'ont déplu que le livre a presque doublé de volume) et j'avais peur que tout énumérer finisse en lynchage. Et j'ai bien fait d'attendre car mon avis est passé de « c'est mauvais » à « c'est un peu plus complexe que ça ».

J'ai lu le livre en entier car, même si je n'ai pas accroché, je donne toujours sa chance à un livre. Une chance de me plaire, pour un aspect ou un autre, car je sais qu'il y a (presque) toujours quelque chose de bon à en tirer. Et c'est le cas ici, certaines choses m'ont plu, j'ai eu de bons moments mais pas assez pour rendre la lecture agréable dans son ensemble.

Quand je me suis rendue compte que le livre ne me plaisait pas, que je levais les yeux au ciel tous les 10 pages, je me suis dit que cela venait sans doute du fait que je n'étais pas le public cible, que c'était de la littérature jeunesse.
Sauf que j'ai récemment revu mon point de vue sur la littérature jeunesse quand j'ai remarqué que j'en lisais beaucoup. Bien plus que je ne le pensais vu que, jusqu'à présent, j'avais prêté peu d'attention à la tranche d'âge auquel un livre est destiné et maintenant que je le fais, je remarque que j'ai beaucoup de jeunesse sur mes étagères ; il n'y a vraiment que les livres pour les « tout-petits » qui n'attirent pas mon attention. « Livre jeunesse » ne veut pas dire « littérature de piètre qualité parce que c'est pour les enfants », contrairement à ce que je pensais il y a une dizaines d'années.

Je me suis alors dit que c'était générationnel. « Ça y est, je suis vieille et je critique ce que font les générations suivantes, c'est dans l'ordre des choses. Et les livres jeunesse que je relis encore aujourd'hui datent d'avant 2005, si mes souvenirs (de vieille) sont bons. »
Mais là encore, je suis plus ou moins l'actua-litté (ha ha) via les booktubeur.euses et je vois passer beaucoup de livres jeunesse de qualité (notamment via la chaîne de Pitiki, elle et moi ayant des goûts assez similaires).

J'ai ensuite pensé que le problème venait du genre littéraire. C'est de la fantasy mais c'est surtout, selon moi, de la romance. On trouve beaucoup de scènes qui ne sont que des prétextes pour des interactions (amoureuses) entre les personnages.
Cependant, il y a des romances que j'ai lu quand j'étais ado que j'aime encore aujourd'hui (Je ne t'aime pas Paulus, par ex) et j'aime toujours voir de la romance dans une histoire, qu'elle soit centrale ou non à celle-ci (ex : Moitié d'âmes, Rocaille parmi mes lectures les plus récentes), tant qu'elle est intéressante et pas trop cliché.

Finalement, c'est une fois le livre fini que j'ai compris. J'ai un réflexe parfois, qui est de relire la quatrième de couverture une fois le livre terminé. Je m'amuse à comparer ce que celle-ci promet avec le contenu du livre. Et c'est là que je suis tombée sur un détail que j'avais oublié : l'autrice avait 14 ans quand elle a rédigé ce roman.
A partir de là, tout ce que je n'avais pas aimé s'expliquait simplement : le livre n'était pas mauvais, il était juste immature. Le style et le scénario me font penser à une fanfiction, le genre que j'ai pu lire (et écrire) en grande quantité quand j'étais ado.
Je ne critique pas les fanfictions, j'en ai lu de très bonnes (et écrit des beaucoup moins bonnes, donc je sais que c'est difficile). Mais on y retrouve souvent des éléments que j'ai pu voir dans ce roman : une héroïne Marie Sue, des obstacles présentés comme difficiles mais en réalité sans conséquences, le monde des adultes aux fraises, un méchant présenté comme très méchant...mais pas tant que ça vu qu'on laisse des enfants partir pour l'affronter, un monde des ténèbres qui manque de profondeur, beaucoup de stéréotypes en terme de genre mais aussi en terme d'écriture, beaucoup de fanservices...

En résumé...

Une fois cette constatation faite, que puis-je retirer de tout ça ? Comme dit précédemment, j'ai passé quelques bons moments et l'univers dans les grandes lignes est prometteur. Reste à espérer que l'autrice puisse gagner suffisamment en maturité pour en tirer le meilleur.
Je sais que le tome 2 est déjà sorti et le tome 3 est en cours d'écriture. Je me demande si je vais me risquer à lire la suite, car je suis curieuse de voir ce que ça va donner mais cette lecture reste une déception et j'ai la crainte de retrouver les mêmes défauts dans la suite. Pour le moment, je préfère laisser cette question en suspens...

vendredi 29 novembre 2019

Le cycle "L'Héritage" (Eragon, L'Ainé, Brisingr, L'Héritage) - Christopher Paolini


Quatrième de couverture

Un garçon...
Un dragon...
Une épopée...

Voilà bien longtemps que le mal règne dans l'Empire de l'Alagaësia... Et puis, un jour, le jeune Eragon découvre au cœur de la forêt une magnifique pierre bleue, étrangement lisse. Fasciné et effrayé, il l'emporte à Carvahall, le village où il vit très simplement avec son oncle et son cousin. Il n'imagine pas alors qu'il s'agit d'un œuf, et qu'un dragon, porteur d'un héritage ancestral, aussi vieux que l'Empire lui-même, va en éclore... Très vite, la vie d'Eragon est bouleversée. Contraint de quitter les siens, il s'engage dans une quête qui le mènera aux confins de l'Alagaësia. Armé de son épée et guidé par les conseils de Brom, le vieux conteur, Eragon va devoir affronter, avec son jeune dragon, les terribles ennemis envoyés par le roi dont la malveillance démoniaque ne connaît aucune limite.
Eragon n'a que quinze ans, mais le destin de l'Empire est désormais entre ses mains !

Que dire ?

Cette tétralogie, c’est une longue histoire de lecture pour moi. J’ai lu « Eragon » quand j’étais encore à la fac, en licence si je me souviens bien. C’était en été (détail qui n’a pas d’importance) et je me souviens m’être un peu ennuyée en le lisant (détail qui a de l’importance).
Je ne garde pas spécialement un bon souvenir de cette première lecture, mais pas un mauvais souvenir non plus. Elle fut un peu laborieuse, j’eus du mal à avancer dans l’histoire, sans trop savoir pourquoi. Je ne parvenais pas à m’immerger dans le récit, à me sentir proches des personnages. Mais ce n’était pas totalement mauvais non plus et bien des éléments de l’histoire m’ont poussée à m’attaquer aux autres tomes, « L’Ainé » et « Brisingr ». Puis, j’ai acheté « L’Héritage » d’occasion et il a rejoint ma pile à lire, pendant un laps de temps beaucoup trop long (ça se compte en années).

Quand je voulus m’y attaquer cette année, je ne me souvenais plus de grand chose, si ce n’est les grandes lignes. J’ai donc relu les trois tomes précédents avant de me mettre au dernier tome de ce cycle. Cette relecture ne m’a pas apporté de regard vraiment neuf sur cette tétralogie, mon avis reste globalement le même : je la trouve ni bonne, ni mauvaise.

Je pense que le souci majeur que j’ai rencontré dans ma lecture, c’est le style global. Difficile de critiquer le style quand on parle de traduction mais dans l’ensemble, j’ai trouvé la narration un peu plate, parfois brouillon. J’ai eu quelques difficultés à suivre et comprendre les scènes d’action, surtout les combats.
J’ai trouvé l’histoire et les péripéties un peu trop faciles par moments. Eragon ne fait pas face à de réelles difficultés, celles-ci ne durent jamais longtemps. Même quand il se retrouve gravement blessé, avec une cicatrice qui le laisse très handicapé, il finit par se faire soigner et ne garde pas la moindre trace de ce passage compliqué. Peut-être cette facilité vient de ses pouvoirs qui grandissent avec le temps ou le fait qu’il soit entouré par des personnages plus exceptionnels les uns que les autres ? Sans doute un peu des deux.
En tout cas, j’ai nettement préféré l’histoire de Roran, son cousin, qui est obligé de s’en sortir par ses propres moyens, qui devient un leader presque malgré lui, qui trouve une force physique et de persuasion dont il ignorait lui-même l’étendue.

J’ai trouvé les personnages un peu trop manichéens au début (le grand méchant tyran d’un côté, les gentils de l’autre). Cet aspect s’améliore nettement au fil des tomes, avec différents peuples qu’on apprend à connaître avec leur culture, leur nature certes différente, mais intéressante et complexe à partir du moment où on commence à s’y intéresser sans jugement.
La guerre aussi a permis de nuancer l’aspect trop tranché des deux camps. Au travers de Roran et d’Eragon, on découvre l’horreur des batailles, des morts qu’elles impliquent, des lourdes pertes des deux côtés, des questionnements du bien fondé de leurs actions.
La relation entre Eragon et Arya, une elfe qui le suivra une bonne partie de l’histoire, est également un point intéressant : ce n’est pas une romance classique, pas de réel happy end les concernant, chacun étant destiné à remplir des fonctions importantes et iels ne peuvent laisser libre court à leur histoire à cause de ces dernières.

Il y a bon nombre d’autres éléments que j’ai appréciés, tout ce qui touche à l’univers.
Tout d’abord, j’aime beaucoup la relation dragon/dragonnier.ère. Je trouve Saphira et Eragon très touchant.e.s dans leur relation fusionnelle.
J’ai également aimé la représentation de la magie, qui est une magie « douce » (« soft magic », selon ce youtubeur : https://www.youtube.com/watch?v=jfSg2CFOWNU&t=593s), c’est-à-dire une magie qui ne donne pas les pleins pouvoirs en claquant des doigts, sans aucune conséquence ou contrepartie. Ici, la magie consomme de l’énergie et laisse souvent ses pratiquant.e.s épuisé.e.s, surtout celleux qui ne sont pas des dragonnier.ères ou des elfes. La magie peut aussi avoir de lourdes conséquences en cas d’erreur ; on a des moments qui laissent rêveur.euse, d’autres qui glacent le sang (je pense notamment aux pouvoirs que va obtenir une jeune fille victime d’un sort d’Eragon, alors que celui-ci voulait lui adresser une bénédiction).

D’autres éléments comme la connaissance et compréhension des autres formes de vies, l’importance du langage (l’auteur a développé différentes langues et le langage est central et complexe dans l’utilisation de la magie ; une belle métaphore de la force des mots), la connaissance de soi...bref, tout ce qui concerne l’aspect philosophique, sont autant de points qui m’ont également plu.
La fin du cycle est le dernier élément que j’ai retenu. Je ne vais pas vous spoiler la fin mais je la trouve très intéressante car elle soulève des questions sur ce qu’est la véritable force et elle nuance aussi la façon de percevoir le méchant de l’histoire.

En résumé...

Sympathique. De la même façon que le style d’un.e auteur.rice de Bds ne va pas forcément me rebuter à m’intéresser à l’histoire, le style de l’auteur m’a certes posé problème mais l’univers était assez cool pour que je veuille rester jusqu’au bout. Malgré tout, je voulais terminer cette saga pour savoir si oui ou non je voulais la garder dans ma bibliothèque. Je pense qu’il est temps de faire un peu de place...

Citation

« Les écailles s’inclinèrent sous la caresse. Un mot résonna dans la tête du garçon, clair et grave à la fois : « Eragon ». Le ton était solennel, presque triste, comme si un pacte indestructible venait d’être scellé. » (Editions Bayard Jeunesse, p.70).

mardi 20 janvier 2015

Le Monde de Titus, tome 2 : Drulls et dralas - Koulou



Synopsis

Titus, ses amis et le reste de leur peuple se retrouvent sur un continent inconnu. Ce dernier, comme le sous-entend la fin du tome précédent, n'est pas désert. Nos héros font la connaissance de trois nouveaux peuples. Des relations pacifiques vont se créer, d'autres vont être plus mouvementées. En effet, une guerre éclate. En parallèle, Titus va devoir faire face à un ennemi particulier, un Borgoz, une ombre physique qui s'en prend à lui et qui semble avoir un lien avec sa capacité nouvelle à voir les drulls et dralas.


Que dire ?

Le Monde de Titus s'étoffe beaucoup. Des nouvelles rencontres, de nouveaux dangers. Le ton est un peu plus grave par moment également. Les Snogards prennent en maturité comme un enfant qui, une fois sorti de l'enfance, apprend à faire face aux difficultés de la vie.
En effet, le tome 1 montrait le peuple snogard comme un peuple peu avancé sur l'échelle technologique, un peu comme en préhistoire. Ils ne se nourrissaient que de viande ou presque, ne se déplaçaient qu'à pied, etc, tandis que le tome 2 est l'occasion de faire des découvertes et d'en profiter pour "apprendre un tas de trucs nouveaux" comme dit Cyrius.

La première rencontre qu'ils vont faire dans ce deuxième tome, les Héllénides, va apporter un souffle nouveau dans leur mode de vie avec l'agriculture, l'équitation, le culte des drulls et dralas. Elles vont également secouer leurs mœurs car leur société est matriarcale, ce sont les femmes qui dominent ! Les personnages masculins principaux vont se retrouver face à ce que Maya subit depuis sa naissance et vont donc comprendre un peu mieux ce que leur amie ressent. Ils vont alors, avec les lecteurs, prendre conscience de l'ampleur du phénomène.
Cependant, les Héllénides ne sont pas un peuple idéal pour autant car les hommes sont dominés et traités en inférieurs. La rencontre entre les Snogards et les Héllénides va sans doute permettre aux deux camps de rééquilibrer leurs relations homme-femme. Le tome 2 est donc la suite et un complément d'une réflexion qui avait déjà débuté dans le tome 1.

En dehors de ça, les Héllénides sont très proches des divinités. D'ailleurs, le titre du tome 2 donne le ton : « Drulls et dralas » indique qu'il va être plus penché sur le domaine spirituel. Les divinités ont alors une grande place dans ce tome, je les ai vues comme des représentants directs de la nature mais aussi de la vie en général. Il faut savoir lâcher prise, être ouvert à ce qui nous entoure pour pouvoir les voir mais aussi mieux profiter de la vie qui passe, des petites choses qui vont et viennent. Il ne faut pas se laisser guider par son esprit qui cherche toujours à rationaliser. Réfléchir trop semble faire perdre l'aspect magique de la vie. Les drulls et dralas sont des divinités qui existent bel et bien, il n'y a donc aucune trace de foi quelconque. Il faut juste réussir à taire son esprit pour les voir et pouvoir cohabiter avec elles.

Les autres peuples présents sur l'île sont moins pacifiques. Alors que le tome 1 présentait un "ennemi invisible" (une catastrophe naturelle), le tome 2 introduit des ennemis plus tangibles et aux conséquences plus graves. En effet, le tremblement de terre n'a pas fait de blessés mais la guerre n'est pas aussi clémente.

En somme, le tome 1, de part l'isolation du peuple snogard, tournait surtout autour des rapports de l'homme avec la nature, ce qu'elle peut donner mais surtout, ce qu'elle peut reprendre et qu'il ne faut pas considérer comme acquis.
Le tome 2 est une transition et une réflexion sur l'homme face à la différence chez l'autre. Le peuple snogard est un peuple immigré et l'histoire nous montre un peu les différents accueils qu'il peut recevoir, amical ou gréguerre. Il nous montre ce vers quoi l'intolérance peut mener : la violence, la guerre, la mort. A savoir que, pendant une guerre, même si l'on gagne, on perd malgré tout car il y a des blessés, des mots mais aussi des gens profondément marqués par l'horreur de ce qu'ils ont vécu.


En résumé...

Un nouveau coup de cœur. J'ai retrouvé avec plaisir l'univers de Titus. J'ai bien aimé les dinosaures et les nouveaux décors qui viennent agrandir la faune et la flore.
Ce tome met en lumière le cheminement des personnages vers la libération de ce qu'il a de plus nocif dans une société : l'envie de domination, de vengeance, la colère, la guerre, le tout guidé par l'égo. On y voit alors clairement la philosophie de l'auteur, telle qu'il l'avait déjà entamée dans le premier tome. Les personnages évoluent avec les nouveaux peuples, en bien ou en mal, mais il y a toujours un enseignement à tirer. Le changement que les personnages voulaient dans le tome 1 est en marche.


Une citation

Titus (à un drull) : « Mais c'est pas logique, je...
Le drull : Pas logique ? Heureusement encore ! Tu crois vraiment que j'existerais si tout était logique ? » (tome 2, p. 37).


Pour aller plus loin 

vendredi 4 octobre 2013

Le Cavalier du dragon - Cornelia Funke



Quatrième de couverture

L'heure est grave au pays des dragons argentés :les hommes menacent d'envahir leur vallée. Il faut fuir... Mais où ? Une ancienne légende parle d'un lieu, à la " lisière du ciel ", entouré de montagnes si hautes qu'elles atteignent le ciel : là, les dragons trouveraient refuge pour toujours. Aucun dragon ne veut y croire... sauf un, Long, le plus jeune de tous les dragons argentés. Et Long part. Seul ? Pas vraiment. Fleur-de-Soufre, une jeune kobolde très rusée, mais très têtue, décide qu'il ne peut pas se passer d'elle ! Ils ne seront pas trop de deux durant ce dangereux périple, surtout pour affronter Ortimore, le terrible dragon doré qui a juré la perte de Long et de tous les siens. 


Que dire ?

Quand j'ai commencé à lire, j'ai eu l'impression de connaitre déjà la moitié de l'histoire avant même d'avoir lu. En effet, une bonne partie de l'intrigue est révélée par la quatrième de couverture. Ce n'est qu'à la 90e pages que l'existence d'Ortimore est clairement révélée. Alors que c'est censé être un moment important (les humains ne sont plus l'ennemi n°1), cela nous est dit d'entrée de jeu.
Mais plus tard, j'avoue avoir été surprise de plusieurs façons : la vraie nature d'Ortimore, ses motivations, les différentes créatures peuplant l'histoire...

C'est la deuxième fois que je me plonge dans un univers de Cornelia Funke. Avant ça, j'ai lu deux tomes de la trilogie d'Encre (Cœur d'encre et Sang d'encre, publiés respectivement en 2003 et 2005, traduits en 2004 et 2009), Le cavalier du dragon ayant été publié bien avant mais traduit au milieu de la trilogie (publié en 1997, traduit en 2005).

Je n'ai pas été déçue par l'univers : les nains de roche capables d'entendre les pierres « chanter », les dragons se nourrissant exclusivement de la lumière de la lune, les rats qui parlent et qui conduisent des avions miniatures ou dessinent des cartes, les elfes qu'il faut combattre en faisant des allitérations, etc. On va de découverte en découverte, comme si presque tous les personnages étaient des créatures fabuleuses. Les seuls humains au premier plan sont un petit garçon orphelin qui semble avoir un destin et un professeur farfelu très intéressé par les créatures fantastiques. Ce dernier les étudie avec attention avec sa femme et sa fille, mais ces dernières n'apparaissent qu'à la fin du livre. L'univers est donc clairement dominé par les êtres fantastiques, ce qui n'est pas pour me déplaire !

Le duo humain/dragon est quelque chose que j'avais déjà expérimenté avec Eragon de Christopher Paolini. Les deux livres ont un personnage qui se lie d'amitié avec un dragon, chacun ayant un destin assez extraordinaire mais j'ai trouvé quelque chose de différent ici.
Déjà, Le cavalier du dragon devrait s'appeler Les Cavaliers du dragon car ils sont plusieurs à chevaucher l'animal à écailles. De plus, Ben, censé être le cavalier, n'est pas montré comme le héros accomplissant une prophétie mais plutôt comme le signe qu'une prophétie est sur le point de s'accomplir. Fleur-de-souffre, Fil-de-fer, le professeur Dupré... C'est toute une équipe qui accompagne le dragon et ce sont leurs forces cumulées qui permettent d'en venir à bout des épreuves qui s'accumulent.
Le ton est bien plus léger avec Le Cavalier du dragon. Il n'y a pas de morts, pas de grande guerre sanglante. Il y a beaucoup d'humour, surtout avec Fleur-de-souffre qui passe son temps à ronchonner ou à manger des champignons de toutes sortes (un bon moyen pour une leçon de mycologie). Même le méchant a parfois l'air ridicule en ayant un serviteur qui le bichonne en permanence.
Autre élément important : l'histoire tourne autour de la survie des dragons et non pas celle des humains. Ces derniers sont même décrits assez négativement au début du roman, comme des êtres sans cesse à la recherche de nouvelles conquêtes, jamais satisfaits, toujours désireux de posséder toute chose qui leur passe sous la main. Ce portrait, certes vrai, est rapidement nuancé par le personnage de Ben et le professeur Dupré. Petit garçon innocent, sans parent, Ben n'hésite pas à venir en aide au dragon alors que c'est la première fois qu'il le voit. Le fait que ce soit un enfant joue beaucoup, car n'étant pas encore adulte, il est difficile de le confondre avec les hommes cités plus tôt. Il représente un peu l'avenir, la promesse de relations moins tendues entre les dragons et ses congénères. D'autres hommes se montrent également ouverts et aimants envers les dragons, mais ils viennent d'autres contrées, plus orientales. Les croyances autour des dragons font partie de leur culture. Si bien que j'ai eu l'impression que c'est notre culture occidentale qui était visée, peut-être pour son manque de tolérance.


En résumé...

Sympathique. J'ai beaucoup aimé ce livre pour son univers mais cela ne fait pas de lui un coup de cœur car il reste pour les jeunes enfants, je pense. Les évènements semblent parfois trop faciles, chaque obstacle est surmonté rapidement et vite oublié. Ça m'a fait l'impression d'un conte pour enfants. Sympathique à lire, mais sans plus.


Une citation

« Tu as déjà été toi-même chez les humains. Il n'y a rien qu'ils n'aiment pas. Rien qu'ils ne veuillent avoir. Tu l'as oublié ?
- C'est bon, c'est bon (…). Tu as raison. Ils sont avides, ils veulent toujours tout pour eux (…). Les hommes savent faire des choses merveilleuses. Et des choses effroyables » (p.11-17, édition Hachette Jeunesse).

Pour aller plus loin

Fiche Livraddict : https://www.livraddict.com/biblio/livre/le-cavalier-du-dragon-tome-1.html
Site internet de l'autrice : https://corneliafunke.com/en

mercredi 2 octobre 2013

Le Monde de Titus, tome 1 : L'île aux tortues - Koulou




Synopsis

Titus, Maya et Cyrius sont des jeunes comme les autres. Ils grandissent, font des choix pour leur avenir, aiment s'amuser et, parfois, défient l'autorité des plus anciens. Sauf qu'ils vivent sur une île et semblent appartenir à une époque antérieure à la nôtre.
Tout va bien sur l'île, jusqu'au jour où le Krakatoro, volcan de l'île, entre en éruption et forcent nos amis à quitter leur paradis terrestre. C'est alors que les certitudes se fissurent, la peur risque de créer des conflits. Avant que le pire n'arrive, il semblerait que la seule solution soit la fuite. Il faut construire un bateau pour quitter l'île.


Que dire ?

L'univers de Koulou me plait énormément par son mélange entre la simplicité de son trait et l'originalité de son univers. On y trouve une végétation et des animaux extraordinaires. Simplicité ne veut pas dire pauvreté, bien au contraire ! Les ambiances, les couleurs, les jeux d'ombre et lumières sont magnifiques et vivants.

Cependant, cette BD ne se contente pas d'être jolie à regarder. La vie sur l'île semble idyllique et bien enviable à la nôtre. Pas de pollution, pas de guerre (du moins, très peu, les guerriers n'étant là que pour la protection, pas pour l'attaque). Tout est rose et violette.
Du moins, en apparence. En effet, Maya, seule personnage féminin du trio principal, soulève un problème : en tant que femme, il lui est interdit d'intégrer la confrérie des guerriers-forgerons, alors qu'elle souhaite prendre les armes aux côtés de ses amis. Elle est obligée d'intégrer les prêtres-alchimistes, chose qui ne l'enchante guère car la religion, ce n'est pas sa tasse de thé.
Elle et ses amis tentent de changer ce qui est devenu une tradition, bien qu'aucun texte ne le mentionne de quelque manière que ce soit. En vain. Les anciens restent campés sur leurs idées et les jeunes n'ont pas l'autorisation de participer aux réunions du Conseil. Dur dur de faire évoluer une société qui nous déplait...

On se rend vite compte que la communauté imaginée par Koulou est en fait le reflet de la nôtre, avec les mêmes injustices, les mêmes travers. L'auteur soulève bien des questions, des sujets épineux. La religion et la foi, le sexisme, le rapport à la force, le végétarisme...sont autant de sujets traités en filigrane.

Le danger qui menace nos amis et leur communauté ne sont qu'une occasion supplémentaire de poser quelques réflexions sur l'égoïsme qui prend le dessus en cas de problème, le besoin inutile de rejeter la faute sur autrui pour se rassurer. Pour moi, cet incident est également une métaphore, un moyen d'illustrer une communauté obligée de changer si elle ne veut pas sombrer.

Tout le long de la BD, Koulou ne se contente pas se critiquer crûment, il discute et propose des solutions aux travers de dialogues entre les personnages. De plus, il décore les grandes scènes et dialogues de petites mises en scène comiques (genre deux petits dinosaures qui se chamaillent) comme pour rappeler qu'il ne faut pas oublier les petites choses amusantes de la vie, qu'il faut parfois faire une pause pour admirer ce qui nous entoure. Trop réfléchir, ce n'est pas bon pour le cerveau, ni pour l'égo.

Le porte-parole principal est Titus mais les autres ont chacun leur mot à dire. Titus discute des dieux, du rapport à la violence. Maya souligne le sexisme et la société continuant à perpétrer les mêmes erreurs, par peur du changement et du bouleversement. Cyrius est plutôt celui qui exprime la peur et les inquiétudes des hommes, comme le prouve ce dialogue :

Titus : « Tu sais, comme on y peut rien, ça ne sert à rien de s'inquiéter non ? Eh puis, si on pouvait quelque chose, pourquoi s'inquiéter puisqu'il existerait une solution ?
Cyrius : Euh...Ben oui mais à ce compte là, on ne s'inquiète jamais.
Titus : Et alors, tu y tiens tant que ça ? »

En dehors du trio, la dirigeante du village est celle qui souligne l'entraide et l'union comme source d'accomplissement et de réussite. Ne faisant ni partie des guerriers, ni des prêtres, elle semble être celle qui donne un équilibre à la communauté. Savoir mettre de côté ses idées (religieuses) pour ne se concentrer que sur ce qui importe vraiment.


En résumé...

C'est un coup de cœur, bien évidemment ! Le mélange aventure et philosophie passe très bien et ne se veut pas moralisateur, juste messager d'amour, de paix et de tolérance.
Je devais lire cette BD depuis longtemps car je ne connaissais l'univers de Koulou qu'à travers quelques extraits. J'ai pris un certain plaisir à lire cette BD et à réfléchir sur les pistes données par l'auteur. En gros, c'est KARAAAAAM ! ;)
J'apprécie la façon dont sont tournés les dialogues pour aborder certains sujets : ne pas prôner la violence à tout prix, se tourner un peu plus vers la nature, se questionner sur la religion. D'ailleurs, je me dis que celle de Koulou n'en est pas vraiment une, du moins, pas comme celles de notre société. Selon moi, la religion repose sur la foi en une chose qui ne peut pas être prouvée. Or les drulls existent bel et bien. Que dire de la confrérie des prêtres-alchimistes ? Comment cela va-t-il finir ? A suivre dans le tome 2 !


Une page 

Pour des extraits et croquis en tout genre, je vous conseille de rejoindre le groupe des « Amis du monde de Titus » ou de suivre le blog : http://www.lemondedekoulou.over-blog.com/