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lundi 2 décembre 2019

Les tribulations d'une migraineuse - Delphine Key




Quatrième de couverture

Delphine, trente-cinq ans, mariée, maman d'un adorable petit garçon, a tout pour être heureuse. À ceci près : elle est migraineuse.
Alors, régulièrement, Delphine la boute-en-train, mute. Elle devient la rabat-joie, celle qui ne boit pas de Champagne le 31 décembre à minuit, qui maudit les fumeurs, la casse-pieds qui demande qu'on arrête la musique, qu'on éteigne la lumière, celle qui dit, la mort dans l'âme : « Non, chéri, pas ce soir...» avant d'avaler un Triptan, deux somnifères, de glisser sous la couette et de s'endormir, une poche de glace sur la tête.
Refusant de se laisser abattre, elle pérégrine à la recherche du traitement miracle. De l'homéopathe qui lui demande solennellement si elle mange le gras du jambon avant de lui délivrer une ordonnance à lui faire perdre son latin, à l'acupuncteur qui lui recentre son champ d'énergies, en passant par le grand ponte de la migraine et les différents praticiens de la planète psy, elle tente tout, jusqu'à la gouttière qui lui donne « l'air sexy d'un boxeur » et les hormones qui, très vite, à raison d'un kilo supplémentaire par semaine, menacent de la transformer en vache limousine. Dans ces conditions, la vie de couple aura bien du mal à résister... Détruire le mur d'incompréhension séparant l'espèce migraineuse de l'espèce non migraineuse, tel est le but de ce livre que toute migraineuse pourra toujours, l'air de rien, poser sur la table de nuit de son compagnon...

Que dire ? 

Attention, je spoile la fin ! Le passage a été rédigé en plus petit.
Je suis tombée sur ce livre dans un magasin de ventes d’occasion, dans un panier regroupant les prix les plus bas en terme de livres. La couverture orange a attiré mon attention et le thème du livre a su l’accrocher suffisamment pour que je l’achète. Je trouve, assez ironiquement, que l’aspect flashy de la couverture a le potentiel de provoquer une migraine, tellement elle pique les yeux.

L’autrice partage son expérience en tant que migraineuse, sous la forme d’un journal. Elle décrit les différents moments de sa vie, et surtout ses interactions avec les non-migraineux.euses. On a droit à tout : les bons moments (assez rares) comme les mauvais, l’incompréhension de certains de ses proches, les soucis de communication avec ces derniers, les différents traitements possibles, les personnes du corps médical qui ne savent plus trop quoi faire, les formes de médecine alternative vers lesquelles elle se tourne, un peu par désespoir, la peur d’avoir peut-être transmis sa migraine à son fils, etc.
Elle nous fait part de sa vie avec beaucoup d’humour et un style fluide. J’ai juste eu quelques difficultés parfois à me repérer dans la chronologie par manque d’indicateur de temps et l’utilisation du présent tout le long du roman.

Au travers de tout cela, Delphine traite de ce qui ressemble à de l’errance médical. En effet, elle sait qu’elle a des migraines mais comme toute personne migraineuse, elle n’a pas de traitement miracle ni d’explications précises sur la source de ce mal ; la génétique, le stress, un accident, un sommeil détraqué ? Un peu tout ça, en fait, c’est bien le problème. On sent Delphine être constamment dans un jeu d’équilibre et de dosage Elle en arrive à tester des médecine alternative, sans vraiment y croire mais bon, c’est toujours mieux que de baisser les bras, non ?

Concernant sa vie et ses proches, elle fait de son mieux pour à la fois prendre soin d’elle mais ne pas négliger ses proches pour autant. Et c’est là qu’on touche au cœur du roman : le mari de Delphine, Florent, est un non-migraineux. Et il ne comprend pas pourquoi sa femme refuse des soirées à cause de ses maux de tête, pourquoi elle ne fait pas plus d’efforts, pourquoi elle ne va pas voir un psy pour en parler. Il n’est pas vraiment à l’écoute de sa compagne et se place régulièrement en victime car il se sent délaissé, sans se rendre compte de la souffrance physique que sa femme endure au quotidien. Tandis que le fils de Delphine, Alex, fait preuve de bien plus d’empathie et sait se tenir tranquille quand il le faut...une fois qu’on prend le temps de lui expliquer la situation.

L’histoire touche au final plusieurs points intéressants sur la vie de couple en général.
Le premier sont les soucis qu’on peut rencontrer dans la vie de couple, qu’on tente parfois de cacher par autre chose. Le couple bat de l’aile et, plutôt que de se dire qu’il faudrait mieux en rester là parce que ça ne fonctionne tout simplement pas, on préfère mettre ça sur le dos d’autre chose (ici, les migraines), par peur de devoir faire face à la réalité, la peur d’admettre que la relation n’est pas saine.
Le deuxième point est la culpabilité dans la maladie, aussi bien celle de la personne malade que celle de ses proches. La première va culpabiliser de ne pas être disponible, de ne pas faire assez d’efforts pour aller mieux, de devoir laisser tomber sa carrière pour se focaliser sur sa santé. Les seconds vont surtout s’en vouloir de ne pas pouvoir aider la personne malade et vont donc se sentir impuissantes de ne pouvoir apporter LA solution.
Ces deux points trouvent leur source dans un troisième, qui est sans doute le plus important : la communication. Delphine ne sait pas comment ni quand exprimer son mal-être. Florent a les mêmes difficultés pour s’exprimer, ce qui engendre bien des quiproquo : Florent s’en veut de ne pouvoir « sauver » Delphine mais celle-ci ne lui a jamais demandé de le faire, Delphine en veut à Florent de ne pas la soutenir un peu plus mais elle ne cesse de jouer la comédie pour faire bonne figure pour lui faire plaisir.
Au final, si chacun.e disait clairement ce qu’iel a sur le cœur, bien des soucis pourraient être éviter et des stratégies pour rendre les moments de crise moins pénibles pour tout le monde pourraient être mis en place.
Le dernier point est la façon dont la relation de Delphine et Florent est traitée sur la fin. Iels se séparent mais iels ne se séparent pas dans les larmes et les cris, au contraire. On sent que, enfin, iels se comprennent et prennent le temps d’écouter à la fois leurs besoins et ceux de l’autre.

En résumé...

Sympathique. J’ai trouvé ce livre très juste. Je ne suis pas migraineuse, donc ce livre ne me touche pas personnellement, mais j’ai retrouvé des échos d’une partie de ma vie, ayant été en couple avec un homme migraineux pendant plusieurs années. Même si je ne me souviens pas avoir été aussi problématique que Florent, je me rends compte à quel point la migraine peut être un fléau au quotidien et je l'ai un peu sous-estimée.
A lire si vous avez des personnes migraineuses dans votre entourage ou si vous-même, vous souffrez de cette maladie, car ça permet sans doute de se sentir moins seul.e, de pouvoir enfin mettre des mots sur votre ressenti !

Citation

« Il paraît que pleurer soulage. J’ai trop mal pour verser la moindre larme. Pour avoir la force de pleurer, une partie du cerveau doit être submergée par la nostalgie, la peine ou une petite douleur. Mais un torturé ne pleure pas car son esprit est tout entier occupé à combattre le mal » (Editions Anne Carrière, P.25).

Pour aller plus loin

*Le blog autour de la migraine, tenue par l'autrice : http://www.lamigraine-leblog.com/
*Vidéo de la chaine E-penser sur la migraine : https://www.youtube.com/watch?v=Sk7Ia2Lsuak
*Vidéos de la chaine "Vivre avec" sur le sujet :
-6 façons d'aider une personne malade chronique : https://www.youtube.com/watch?v=zKgIDIouEGo
-mes relations amoureuses et la maladie : https://www.youtube.com/watch?v=hesCiH4PYfc
-se reposer, ce n'est pas "rien faire" : https://www.youtube.com/watch?v=Rjh-Wo7B5j0
-tu n'as pas l'air malade : https://www.youtube.com/watch?v=iXkMWU4sXiM
-petites remarques pour les proches de malades : https://www.youtube.com/watch?v=BI13dI0NIWU 

vendredi 29 novembre 2019

Le cycle "L'Héritage" (Eragon, L'Ainé, Brisingr, L'Héritage) - Christopher Paolini


Quatrième de couverture

Un garçon...
Un dragon...
Une épopée...

Voilà bien longtemps que le mal règne dans l'Empire de l'Alagaësia... Et puis, un jour, le jeune Eragon découvre au cœur de la forêt une magnifique pierre bleue, étrangement lisse. Fasciné et effrayé, il l'emporte à Carvahall, le village où il vit très simplement avec son oncle et son cousin. Il n'imagine pas alors qu'il s'agit d'un œuf, et qu'un dragon, porteur d'un héritage ancestral, aussi vieux que l'Empire lui-même, va en éclore... Très vite, la vie d'Eragon est bouleversée. Contraint de quitter les siens, il s'engage dans une quête qui le mènera aux confins de l'Alagaësia. Armé de son épée et guidé par les conseils de Brom, le vieux conteur, Eragon va devoir affronter, avec son jeune dragon, les terribles ennemis envoyés par le roi dont la malveillance démoniaque ne connaît aucune limite.
Eragon n'a que quinze ans, mais le destin de l'Empire est désormais entre ses mains !

Que dire ?

Cette tétralogie, c’est une longue histoire de lecture pour moi. J’ai lu « Eragon » quand j’étais encore à la fac, en licence si je me souviens bien. C’était en été (détail qui n’a pas d’importance) et je me souviens m’être un peu ennuyée en le lisant (détail qui a de l’importance).
Je ne garde pas spécialement un bon souvenir de cette première lecture, mais pas un mauvais souvenir non plus. Elle fut un peu laborieuse, j’eus du mal à avancer dans l’histoire, sans trop savoir pourquoi. Je ne parvenais pas à m’immerger dans le récit, à me sentir proches des personnages. Mais ce n’était pas totalement mauvais non plus et bien des éléments de l’histoire m’ont poussée à m’attaquer aux autres tomes, « L’Ainé » et « Brisingr ». Puis, j’ai acheté « L’Héritage » d’occasion et il a rejoint ma pile à lire, pendant un laps de temps beaucoup trop long (ça se compte en années).

Quand je voulus m’y attaquer cette année, je ne me souvenais plus de grand chose, si ce n’est les grandes lignes. J’ai donc relu les trois tomes précédents avant de me mettre au dernier tome de ce cycle. Cette relecture ne m’a pas apporté de regard vraiment neuf sur cette tétralogie, mon avis reste globalement le même : je la trouve ni bonne, ni mauvaise.

Je pense que le souci majeur que j’ai rencontré dans ma lecture, c’est le style global. Difficile de critiquer le style quand on parle de traduction mais dans l’ensemble, j’ai trouvé la narration un peu plate, parfois brouillon. J’ai eu quelques difficultés à suivre et comprendre les scènes d’action, surtout les combats.
J’ai trouvé l’histoire et les péripéties un peu trop faciles par moments. Eragon ne fait pas face à de réelles difficultés, celles-ci ne durent jamais longtemps. Même quand il se retrouve gravement blessé, avec une cicatrice qui le laisse très handicapé, il finit par se faire soigner et ne garde pas la moindre trace de ce passage compliqué. Peut-être cette facilité vient de ses pouvoirs qui grandissent avec le temps ou le fait qu’il soit entouré par des personnages plus exceptionnels les uns que les autres ? Sans doute un peu des deux.
En tout cas, j’ai nettement préféré l’histoire de Roran, son cousin, qui est obligé de s’en sortir par ses propres moyens, qui devient un leader presque malgré lui, qui trouve une force physique et de persuasion dont il ignorait lui-même l’étendue.

J’ai trouvé les personnages un peu trop manichéens au début (le grand méchant tyran d’un côté, les gentils de l’autre). Cet aspect s’améliore nettement au fil des tomes, avec différents peuples qu’on apprend à connaître avec leur culture, leur nature certes différente, mais intéressante et complexe à partir du moment où on commence à s’y intéresser sans jugement.
La guerre aussi a permis de nuancer l’aspect trop tranché des deux camps. Au travers de Roran et d’Eragon, on découvre l’horreur des batailles, des morts qu’elles impliquent, des lourdes pertes des deux côtés, des questionnements du bien fondé de leurs actions.
La relation entre Eragon et Arya, une elfe qui le suivra une bonne partie de l’histoire, est également un point intéressant : ce n’est pas une romance classique, pas de réel happy end les concernant, chacun étant destiné à remplir des fonctions importantes et iels ne peuvent laisser libre court à leur histoire à cause de ces dernières.

Il y a bon nombre d’autres éléments que j’ai appréciés, tout ce qui touche à l’univers.
Tout d’abord, j’aime beaucoup la relation dragon/dragonnier.ère. Je trouve Saphira et Eragon très touchant.e.s dans leur relation fusionnelle.
J’ai également aimé la représentation de la magie, qui est une magie « douce » (« soft magic », selon ce youtubeur : https://www.youtube.com/watch?v=jfSg2CFOWNU&t=593s), c’est-à-dire une magie qui ne donne pas les pleins pouvoirs en claquant des doigts, sans aucune conséquence ou contrepartie. Ici, la magie consomme de l’énergie et laisse souvent ses pratiquant.e.s épuisé.e.s, surtout celleux qui ne sont pas des dragonnier.ères ou des elfes. La magie peut aussi avoir de lourdes conséquences en cas d’erreur ; on a des moments qui laissent rêveur.euse, d’autres qui glacent le sang (je pense notamment aux pouvoirs que va obtenir une jeune fille victime d’un sort d’Eragon, alors que celui-ci voulait lui adresser une bénédiction).

D’autres éléments comme la connaissance et compréhension des autres formes de vies, l’importance du langage (l’auteur a développé différentes langues et le langage est central et complexe dans l’utilisation de la magie ; une belle métaphore de la force des mots), la connaissance de soi...bref, tout ce qui concerne l’aspect philosophique, sont autant de points qui m’ont également plu.
La fin du cycle est le dernier élément que j’ai retenu. Je ne vais pas vous spoiler la fin mais je la trouve très intéressante car elle soulève des questions sur ce qu’est la véritable force et elle nuance aussi la façon de percevoir le méchant de l’histoire.

En résumé...

Sympathique. De la même façon que le style d’un.e auteur.rice de Bds ne va pas forcément me rebuter à m’intéresser à l’histoire, le style de l’auteur m’a certes posé problème mais l’univers était assez cool pour que je veuille rester jusqu’au bout. Malgré tout, je voulais terminer cette saga pour savoir si oui ou non je voulais la garder dans ma bibliothèque. Je pense qu’il est temps de faire un peu de place...

Citation

« Les écailles s’inclinèrent sous la caresse. Un mot résonna dans la tête du garçon, clair et grave à la fois : « Eragon ». Le ton était solennel, presque triste, comme si un pacte indestructible venait d’être scellé. » (Editions Bayard Jeunesse, p.70).

dimanche 19 août 2018

Journal intime d'un touriste du bonheur - Jonathan Lehmann

"Petite" introduction avant de passer au livre. Je vais parler un peu de moi et de là où j'en suis dans mon développement personnel. Promis, ça ne sera pas long. Enfin, pas trop (je crois). Mais c'est important pour comprendre ma vision du livre. Sinon, vous faites comme d'habitude, vous passez le blabla inutile ;)

Mon premier livre de développement personnel remonte à 2015, j'en ai lu beaucoup depuis. Beaucoup trop, j'ai l'impression. Il y a quelques mois, j'ai eu la sensation de tourner en rond. Chaque nouveau livre acheté était la promesse (ou plutôt l'attente) d'apprendre quelque chose de nouveau, sur moi, sur le mental, l'égo, le truc qui m'aiderait à être bien dans mes pompes... ce qui arrivait de moins. À force de lecture, je me suis rendue compte que les livres se citaient les uns les autres, que je retrouvais les mêmes idées, les mêmes notions qui me devenaient assez familières.
Pour je ne sais plus quelle raison, j'ai commencé un carnet comme « journal de bord » sur mon développement personnel, pour y mettre des notes de mes lectures sur le sujet. J'ai donc repris tous les livres que j'avais encore en ma possession et je les ai relus.

Ce fut une grosse claque. Je me suis rendue compte que j'avais presque oublié tout ce que j'avais lu. Tous ces livres, je n'en avais gardé que peu de souvenirs. Ce que je cherchais, je l'avais déjà sous le nez. J'avais déjà plus ou moins toutes les notions essentielles pour progresser mais je n'avais pas pris le temps de bien les assimiler, trop occupée à passer d'un livre à l'autre. Et surtout, je devais me mettre à la méditation car tous les livres en parlaient. Avant, c'était juste une envie. À ce moment-là, je ressentais comme un besoin presque vital. Cette idée a été confirmée par un très bon ami, que je considère un peu comme un guide.

Du coup, j'ai mis la lecture de côté, pour me concentrer sur mes émotions, la méditation, etc... Aussi, le livre de Jonathan Lehmann, comme beaucoup d'autres ces derniers mois, je l'ai mis sur une wish-list, dans l'idée de ne le lire que si j'en avais encore envie bien plus tard.

Pour mon anniversaire, début août, j'ai ressorti cette liste pour donner des idées de cadeaux à mes proches. « Journal intime... » y était toujours. Je ne l'ai pas reçu pour mon anniversaire, je l'ai donc acheté moi-même en magasin car, en le feuilletant, j'ai vu que ça traitait beaucoup de la méditation. Comme j'avais l'impression de patauger dans ce domaine, je me suis dit que ça me serait utile.

Je ne m'attendais pas à être transformée par la lecture du livre, car cette transformation, ça fait déjà quelques années que je l'ai commencée et qu'elle suit son cours depuis. Je ne suis pas Bouddha incarné, mais je savais que certaines notions et idées importantes dont j'avais déjà conscience, j'allais les retrouver dedans. Cependant, Jonathan Lehmann me laissait une bonne impression à travers sa page Facebook, des bonnes vibes comme on dit. J'allais tout de même en tirer quelque chose, j'en étais sûre.



Quatrième de couverture

« Le voyage en Inde d'un golden boy repenti en quête de sagesse

Avocat d'affaires à New York, amateur de fêtes et de drogues..., Jonathan plaque tout du jour au lendemain pour partir à la recherche du bonheur. Pendant 3 ans, il va à la rencontre de penseurs et de maîtres spirituels à travers le monde, et découvre la méditation, une pratique qui va bouleverser sa vie.

En novembre 2016, il s'envole vers l'Inde pour vivre une expérience radicale : " Vipassana ", ou dix heures par jour, pendant dix jours. Dans un silence total.

Journal intime d'un touriste du bonheur est le récit de cette retraite et des trois mois de périple qui ont suivi. Dans ce carnet de voyage déjanté, Jonathan nous raconte ses tribulations à travers l'Inde : son " shopping spirituel " d'ashram en ashram et de gourou en gourou, son coming out mystique, son apprentissage du sexe tantrique, son combat incessant contre la tyrannie du mental et les addictions...

Voyage initiatique et chronique spirituelle, ce livre irrésistible bouscule les genres littéraires autant que les consciences. Dans un style décomplexé, follement drôle, Jonathan Lehmann nous transmet la richesse des enseignements qu'il a reçus et qui nourrissent, chaque jour, son cheminement vers le bonheur.

Une lecture dont vous ressortirez transformés. »


Que dire ?

À travers le récit que l'auteur fait, (presque) sans complexe, on est trimballé d'expériences en expériences, d'émotions en émotions, et au final, on devient nous-même un « touriste du bonheur ». D'ailleurs, le titre du livre prend tout son sens vers la fin, il n'y a pas qu'une référence au voyage, mais bien une réflexion sur la façon d'aborder la spiritualité, réflexion que je n'avais pas encore rencontrée.

Je me suis un peu sentie perdue parfois, car le cheminement de pensées n'est pas toujours chronologique et le récit fait état de beaucoup de lieux, de méthodes de méditations, de noms...mais c'est un peu comme visiter un pays étranger : parfois, on se perd dans une petite ruelle, on y fait des découvertes incroyables, on retrouve son chemin sans trop savoir comment mais on se dit que ce n'était pas si mal de se perdre.

J'ai beaucoup aimé suivre les aventures de l'auteur, de découvrir le cheminement de ce dernier, ses lectures et découvertes, ses prises de conscience, ses doutes, ses échecs, ses blessures, ses hontes parfois. On a même droit à deux-trois « coming-out » (un abus de langage selon moi, mais passons) sur certaines addictions. J'ai trouvé ça rassurant et je me suis beaucoup identifiée à son ressenti, à certaines de ses blessures. Ça m'a rappelée celles que j'avais mises de côté car je les croyais réglées (quelle arrogance de ma part !).
C'est le genre de récit qui me parle le plus. Quoi de mieux, pour parler de développement personnel, que d'aborder le sien en exemple ? Je préfère ça aux ouvrages qui enchainent les études sur le bonheur et la gratitude car, même si cela reste intéressant, c'est assez vite barbant et trop froid pour moi.


En résumé...

Sympathique ! J'ai trouvé ce journal authentique. Le style de l'auteur est simple, il va à l'essentiel, c'est assez DRÔLE (clin d'œil à l'auteur et à celle·eux qui ont lu le livre, si certain·es passent par ici). J'ai donc passé un bon moment entre ces pages.
Ce n'est pas un coup de cœur (pour moi) car je ne me suis pas sentie transportée comme d'autres ouvrages du genre, sans doute parce que ce n'est pas le premier. J'y ai retrouvé quelques noms que je connaissais déjà (Eckhart Tolle, par exemple) mais j'ai pu trouver quelques réponses et confirmations sur mes doutes concernant la méditation et la pratique au quotidien.


Citation

"Aujourd'hui, je comprends pourquoi j'ai toujours essayé de fuir le silence. Quand il n'y a pas de bruit autour de nous, on entend encore plus le mental, qui nous parle sans cesse, et qui souvent nous agresse avec des pensées désagréables.
Alors, pour cesser de l'entendre, on meuble, on se trouve toutes sortes d'activités. (...) Mais la solution n'est pas de fuir. Au contraire, pour évoluer, on doit prendre le taureau par les cornes et apprendre à vivre avec son mental. (...) En appréhendant le silence comme une vraie pratique. Peut-être la plus importante sur le chemin du bonheur" (p.67, Édition de la Martinière).

jeudi 4 février 2016

Le Maitre ou le tournoi de go - Yasunari Kawabata


Synopsis

1938. Shusai, dernier maître de Go, invaincu mais âgé et miné par la maladie, s'engage dans son dernier combat. Son adversaire, Otaké, pratique un jeu agressif, efficace et brillant. La partie dont l'issue est inéluctable va durer six mois... (extrait du synopsis de Livraddict).


Que dire ?

Étant une joueuse de go depuis quelques années, j'en suis venue à chercher des ouvrages sur le sujet, au niveau technique de jeu. Par hasard, je suis tombée sur ce roman assez court où un tournoi y est décrit. Ce roman se base sur un fait historique, seuls les noms ont été changés.
Le jeu de go est un jeu de stratégie et de réflexion, comme les échecs, basé sur la construction de territoires. 

L'idée d'un roman sur un tel jeu peut paraître ennuyeuse au premier abord. Cependant, on remarque vite que la partie n'est pas centrale même si le kifu (diagramme enregistrant tous les coups joués) est incorporé dans le roman. La défaite et la mort du Maître, toutes deux annoncées dès les premières lignes, nous poussent à faire un parallèle. La défaite ne fait que représenter la santé défaillante du maître et son déclin tout le long de la partie. Ce sont ces deux annonces qui m'ont poussée à m'intéresser de près au Maître, pour cerner au mieux ce personnage condamné à disparaître, tout comme le narrateur, un journaliste, se concentre sur le Maître pour exprimer le respect qu'il a pour ce protagoniste.

Le tournoi a également un autre intérêt, encore plus grand : ce ne sont pas de simples joueurs qui s'affrontent, il s'agit d'un très grand joueur – si ce n'est le meilleur – face à Otaké, un jeune joueur qui tente de lui prendre son titre. Heureusement, le narrateur n'est pas un expert en go. Il prend donc beaucoup de temps pour décrire l'attitude des joueurs, ainsi que l'atmosphère qui entoure le tournoi, les lieux où la partie se joue. Celui-ci dure six mois, c'est donc une vraie guerre des nerfs, une guerre entre deux générations. Il y a donc la jeunesse face à l'expérience, l'impatience face au calme, la nouveauté face à la tradition. Deux jeux bien distincts se confrontent : l'un est vif et agressif, l'autre est lent et posé.

Le Maître a le rôle du vieillard luttant pour rester en vie, du moins au début. Malgré les problèmes de santé, le Maître est montré comme un personnage têtu, décidé à faire face, faisant preuve d'une obsession pour le jeu plus forte que son envie de vivre. Malgré sa défaite et sa mort par la suite, le Maître est pour moi le vrai vainqueur de ce tournoi car il est parvenu à aller au delà de ses limites. Même si sa maladie le rattrape par la suite, sa patience, son courage et sa ténacité font de lui un personnage fort.
Face à lui, Otaké est dans une position délicate, lui aussi a droit à son combat intérieur. La santé du Maître lui fait peur, il craint d'être accusé d'avoir gagné facilement et, en même temps, il souhaite ménager le vieil homme pour lui permettre de finir la partie. L'un comme l'autre sont peu à peu mis à nu, avec leurs qualités et leurs défauts.


En résumé...

Sympathique. J'ai beaucoup aimé la psychologie des personnages qui se ressentait dans la partie. Les deux joueurs luttent entre eux et contre eux-même, tout le long du tournoi. En tant que joueuse, je sais que le mental a une part importante dans un jeu de réflexion et ce roman en est une parfaite illustration.


Une citation

« La plupart des professionnels du Go aiment aussi d'autres jeux, mais la passion du Maître présentait un caractère particulier : l'incapacité de jouer tranquillement, en laissant les choses suivre leur cours. Sa patience, son endurance s'avéraient infinies. Il jouait jour et nuit, pris par une obsession qui devenait troublante. Il s'agissait peut-être moins de dissiper des idées noires ou de charmer son ennui que d'une sorte d'abandon total au démon du jeu. » (p. 97, édition Livre de Poche, 1975).


vendredi 12 juin 2015

Méditer en pleine conscience - Dr Michael Sinclair et Josie Seydel

 


Quatrième de couverture

Plénitude, efficacité et sérénité : oui, la médiation peut changer votre vie ! Anxieux ? Stressé ? Déprimé ? Dans un monde où tout va trop vite et où les individus sont constamment projetés dans l'action, la méditation de pleine conscience (ou mindfulness) permet de se recentrer sur l'instant présent. Véritable outil thérapeutique et antistress, ce petit guide vous propose des exercices simples et concrets à pratiquer partout pour alléger immédiatement votre stress, accroître votre confiance en vous, retrouver votre concentration, votre énergie et votre créativité !


Que dire ?

Ce livre se compose d'une introduction, de 17 chapitres et d'un index des différents exercices que le livre propose. Le tout fait environ 300 pages, au format A5.
Perso, je pense qu'on peut diviser le livre en trois parties.

La première partie (chapitres 1 au 6) part d'une constatation simple mais dont on n'est pas forcément conscient : notre société nous pousse à être toujours en action, les nouvelles technologies nous permettent de gagner du temps pour en faire toujours plus. De plus, la compétition qui s'insinue dans beaucoup de domaines, nous pousse à toujours plus de performance, de réussites, de polyvalence, etc.
En somme, on nous demande d'être des super-héros capables de tout faire tout le temps...et on est persuadé d'y parvenir ! Or, évidemment, on échoue parfois et chaque échec nous démoralise au plus au point.

Les auteurs nous expliquent aussi que, bien souvent, notre stress nous vient aussi de notre incapacité à rester dans le présent, ce qui est source de stress.
En somme, notre corps est au présent, notre esprit est au passé ou au futur. Nos pensées ne cessent d'aller de l'un à l'autre pour réfléchir à nos erreurs passées ou à celles qu'on pense faire un jour, de nos précédents échecs ou de ceux qui nous attendent, de nos bons moments passés ou ceux qui arrivent, etc. Aussi, cette tendance à laisser vagabonder notre esprit partout, sauf dans le présent, nous donne l'impression d'être toujours sous pression, d'être débordé, de ne pas avoir une seconde à nous, ni assez de temps pour tout faire. Bien souvent, on prend un quart d'heure à se dire qu'on est débordé alors que ce temps pourrait être utilité à bon escient !
Même lors d'une pause café au boulot, on repense à ce qu'on a fait avant ou au travail qui nous attend encore, on réfléchit au temps que ça risque de nous prendre et on se morfond sur notre potentielle incapacité de finir dans les délais.
Aussi, nous sommes nous-même responsables de notre stress et non pas cet imbécile qui ne roule pas assez vite sur l'autoroute et qui risque de nous mettre en retard !

Une fois que tout ceci est expliqué, les auteurs prennent quelques chapitres pour répondre aux craintes potentielles des lecteurs, comme « je suis trop occupé pour méditer » « la méditation, c'est pour les moines tibétains », « la méditation, c'est donc la solution à tous mes problèmes ? », etc.
Ils nous expliquent qu'il ne faut pas s'attendre à ce que la méditation de pleine conscience change votre vie de tout au tout. Ce n'est pas LA solution à tous les problèmes, ça ne guérit pas toutes les maladies, ni la dépression (ça peut être un support, tout au plus). Il s'agit surtout d'être dans l'être et non dans l'action. C'est un mode de pensées très différent de ce qu'on nous apprend actuellement.
La méditation, tout le monde peut la pratiquer, c'est quelque chose d'inné, c'est juste un manque de pratique. Ça ne prend pas beaucoup de temps et ce n'est pas rester sans rien faire : au contraire, c'est apprendre à se recentrer pour être plus lucide et efficace.
D'ailleurs, en parlant de solutions, les auteurs nous expliquent également qu'on a tendance à toujours chercher des solutions à tout, espérant éviter le plus possibles les événements ou émotions négatives, ne cherchant que les bons moments...alors que, paradoxalement, on est incapables de les apprécier au moment où on y est (on préfère regarder sa montre et penser au temps qu'il reste avant que ce bon moment ne se termine). Ex : les vacances, un weekend entre amis...qui ne s'est jamais dit « Oh non, et dire que je travaille demain ! » ?
Cette volonté de toujours trouver des solutions, en lien avec notre tendance à vouloir jouer aux super-héros, nous empêche de rester ancré dans le présent.

La deuxième partie (chapitre 7 à 13) se résume par « accepter pleinement ses émotions difficiles » (un des chapitres a ce titre, un défaut du livre je trouve). On nous y explique que les émotions, négatives ou positives, brouillent notre façon de voir les choses. On pense souvent qu'il faut se débarrasser des émotions négatives pour ne garder que les positives. Mais les émotions ne sont pas des problèmes à résoudre, ce ne sont que des états. Il est impossible de s'en débarrasser. Pourtant, on se force à les repousser, on essaie de positiver ou alors, on reste tout le temps actif pour ne pas y penser (là, on se rend compte que l'hyper-activité vient également de là). On est persuadé que quelque chose ne va pas et qu'il faut trouver une solution (toujours cette idée de « super-héros »).
Les différents chapitres se focalisent sur telle ou telle émotion et essaie de donner des pistes sur comment les décrypter, en trouver la source, comprendre ce qu'elles cachent et les accepter.

La troisième partie (chapitre 14 à 17) donne quelques directives à appliquer de manière générale. C'est en quelque sorte une conclusion. Ce ne sont plus des exemples donnés en fonction de telle ou telle situation, c'est plutôt la philosophie liée à la méditation de pleine conscience en général. On nous apprend comment profiter aux mieux des moments présents (laisser tomber sa montre, ne pas vouloir tout planifier, en somme, essayer de se défaire des mauvaises habitudes décrites dans les chapitres précédents). On nous explique également comment utiliser la méditation pour (re)découvrir les émotions positives : s'aimer, faire preuve de gratitude pour les petites choses de la vies, faire preuve de compassion, etc.
Pour finir, le livre donne un dernier conseil qui est de ne pas baisser les bras. On nous y explique que la pleine conscience nous apprend à voir les événements comme ils sont. Les mauvais ne sont qu'une mauvaise passe et la pleine conscience nous apprend à mieux les appréhender ; les bons sont certes courts et ont toujours une fin mais il y a bien d'autres occasions d'en avoir d'autres. Il suffit juste d'y être plus attentif.
Je pense que ce conseil s'applique aussi à la pratique de la pleine conscience. Pour les gens qui veulent des résultats tout de suite, il est possible qu'ils soient déçus car, par manque de pratique, il est possible que cela n'apporte pas les effets souhaités. Comme les auteurs le disent, la méditation est une chose à pratiquer au quotidien et non pas au moment où tout semble aller mal.


En résumé...

Sympathique.
300 pages, ça semble trop pour parler de la peine conscience mais :
1 – il y a plusieurs exercices par chapitre, ça prend beaucoup de place car les auteurs prennent le temps d'expliquer dans quel état d'esprit il faut pratiquer ces exercices et, ensuite, posent une série de questions pour nous faire conscience des effets des exercices.
2 – pour les gens qui n'ont jamais entendu parler de ça, je pense qu'il est bon d'expliquer en détails et de donner plusieurs exemples pour être sûr d'intégrer quelque chose qui, pour certains, ne vient pas naturellement. 
Cependant, il est vrai que par moments, je trouve qu'il y a un peu trop de description sur ce qu'on est supposé faire ou ressentir lors des exercices. Après tout, n'est-ce pas un livre qui nous dit d'être, tout simplement ?

Je pense donc que ce livre est pour les néophytes. C'est une bonne base, ça ne vend pas du rêve inutilement (du genre : LA solution pour être heureux pour toujours !). De plus, son petit format permet de l'emmener partout et de le feuilleter dès qu'on a  cinq minutes (salle d'attente, aux toilettes, etc).
Je dirais aussi que ce livre est pour les gens (qui se sentent) toujours débordés. Ce livre, dès les premières pages, vise surtout les gens qui se mettent constamment sous pression, à cause du boulot ou autre. Si vous n'êtes pas du genre à vouloir tout réussir tout le temps, si vous ne vous sentez pas sous pression et que vous n'avez pas sans cesse l'impression que vous êtes toujours débordé ou en retard, passez votre chemin, je pense que ce n'est pas pour vous.

Je pense d'ailleurs que c'est la raison pour laquelle je me suis ennuyée dans certains passages car les auteurs expliquaient certaines choses dont j'étais déjà consciente ou que j'appliquais déjà dans un travail sur moi-même.


Une citation

« Nous nous acharnons à réussir dans tous les domaines, tout en essayant d'accéder au calme, à la paix, à la sérénité et au bonheur par tous les moyens (y compris en cochant toutes les cases d'une interminable liste de choses à faire). Pensez-vous vraiment que de tels sommets soient accessibles et, surtout, qu'on puisse y parvenir indéfiniment ? » (p.40, Éditions Larousse, Les Petits Essentiels, 2015).

vendredi 4 octobre 2013

Le Cavalier du dragon - Cornelia Funke



Quatrième de couverture

L'heure est grave au pays des dragons argentés :les hommes menacent d'envahir leur vallée. Il faut fuir... Mais où ? Une ancienne légende parle d'un lieu, à la " lisière du ciel ", entouré de montagnes si hautes qu'elles atteignent le ciel : là, les dragons trouveraient refuge pour toujours. Aucun dragon ne veut y croire... sauf un, Long, le plus jeune de tous les dragons argentés. Et Long part. Seul ? Pas vraiment. Fleur-de-Soufre, une jeune kobolde très rusée, mais très têtue, décide qu'il ne peut pas se passer d'elle ! Ils ne seront pas trop de deux durant ce dangereux périple, surtout pour affronter Ortimore, le terrible dragon doré qui a juré la perte de Long et de tous les siens. 


Que dire ?

Quand j'ai commencé à lire, j'ai eu l'impression de connaitre déjà la moitié de l'histoire avant même d'avoir lu. En effet, une bonne partie de l'intrigue est révélée par la quatrième de couverture. Ce n'est qu'à la 90e pages que l'existence d'Ortimore est clairement révélée. Alors que c'est censé être un moment important (les humains ne sont plus l'ennemi n°1), cela nous est dit d'entrée de jeu.
Mais plus tard, j'avoue avoir été surprise de plusieurs façons : la vraie nature d'Ortimore, ses motivations, les différentes créatures peuplant l'histoire...

C'est la deuxième fois que je me plonge dans un univers de Cornelia Funke. Avant ça, j'ai lu deux tomes de la trilogie d'Encre (Cœur d'encre et Sang d'encre, publiés respectivement en 2003 et 2005, traduits en 2004 et 2009), Le cavalier du dragon ayant été publié bien avant mais traduit au milieu de la trilogie (publié en 1997, traduit en 2005).

Je n'ai pas été déçue par l'univers : les nains de roche capables d'entendre les pierres « chanter », les dragons se nourrissant exclusivement de la lumière de la lune, les rats qui parlent et qui conduisent des avions miniatures ou dessinent des cartes, les elfes qu'il faut combattre en faisant des allitérations, etc. On va de découverte en découverte, comme si presque tous les personnages étaient des créatures fabuleuses. Les seuls humains au premier plan sont un petit garçon orphelin qui semble avoir un destin et un professeur farfelu très intéressé par les créatures fantastiques. Ce dernier les étudie avec attention avec sa femme et sa fille, mais ces dernières n'apparaissent qu'à la fin du livre. L'univers est donc clairement dominé par les êtres fantastiques, ce qui n'est pas pour me déplaire !

Le duo humain/dragon est quelque chose que j'avais déjà expérimenté avec Eragon de Christopher Paolini. Les deux livres ont un personnage qui se lie d'amitié avec un dragon, chacun ayant un destin assez extraordinaire mais j'ai trouvé quelque chose de différent ici.
Déjà, Le cavalier du dragon devrait s'appeler Les Cavaliers du dragon car ils sont plusieurs à chevaucher l'animal à écailles. De plus, Ben, censé être le cavalier, n'est pas montré comme le héros accomplissant une prophétie mais plutôt comme le signe qu'une prophétie est sur le point de s'accomplir. Fleur-de-souffre, Fil-de-fer, le professeur Dupré... C'est toute une équipe qui accompagne le dragon et ce sont leurs forces cumulées qui permettent d'en venir à bout des épreuves qui s'accumulent.
Le ton est bien plus léger avec Le Cavalier du dragon. Il n'y a pas de morts, pas de grande guerre sanglante. Il y a beaucoup d'humour, surtout avec Fleur-de-souffre qui passe son temps à ronchonner ou à manger des champignons de toutes sortes (un bon moyen pour une leçon de mycologie). Même le méchant a parfois l'air ridicule en ayant un serviteur qui le bichonne en permanence.
Autre élément important : l'histoire tourne autour de la survie des dragons et non pas celle des humains. Ces derniers sont même décrits assez négativement au début du roman, comme des êtres sans cesse à la recherche de nouvelles conquêtes, jamais satisfaits, toujours désireux de posséder toute chose qui leur passe sous la main. Ce portrait, certes vrai, est rapidement nuancé par le personnage de Ben et le professeur Dupré. Petit garçon innocent, sans parent, Ben n'hésite pas à venir en aide au dragon alors que c'est la première fois qu'il le voit. Le fait que ce soit un enfant joue beaucoup, car n'étant pas encore adulte, il est difficile de le confondre avec les hommes cités plus tôt. Il représente un peu l'avenir, la promesse de relations moins tendues entre les dragons et ses congénères. D'autres hommes se montrent également ouverts et aimants envers les dragons, mais ils viennent d'autres contrées, plus orientales. Les croyances autour des dragons font partie de leur culture. Si bien que j'ai eu l'impression que c'est notre culture occidentale qui était visée, peut-être pour son manque de tolérance.


En résumé...

Sympathique. J'ai beaucoup aimé ce livre pour son univers mais cela ne fait pas de lui un coup de cœur car il reste pour les jeunes enfants, je pense. Les évènements semblent parfois trop faciles, chaque obstacle est surmonté rapidement et vite oublié. Ça m'a fait l'impression d'un conte pour enfants. Sympathique à lire, mais sans plus.


Une citation

« Tu as déjà été toi-même chez les humains. Il n'y a rien qu'ils n'aiment pas. Rien qu'ils ne veuillent avoir. Tu l'as oublié ?
- C'est bon, c'est bon (…). Tu as raison. Ils sont avides, ils veulent toujours tout pour eux (…). Les hommes savent faire des choses merveilleuses. Et des choses effroyables » (p.11-17, édition Hachette Jeunesse).

Pour aller plus loin

Fiche Livraddict : https://www.livraddict.com/biblio/livre/le-cavalier-du-dragon-tome-1.html
Site internet de l'autrice : https://corneliafunke.com/en