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jeudi 3 décembre 2020

Nikita Ofgold : Les 9 Dimensions - Valentine Watrelot-Mingoia

 

Quatrième de couverture

Nikita Ofgold est une jeune fille ordinaire, jusqu’au jour de ses 13 ans où Félix, un chat noir qui est en réalité un apprenti sorcier, lui révèle qu’elle possède des pouvoirs surnaturels. Sa vie bascule alors… elle va découvrir la Septième Dimension, le monde des sorciers, où elle s’initiera à la magie. Elle y fera la connaissance de David, Anna et Jane, d’autres jeunes sorciers aux natures particulières. Ils formeront rapidement un clan d’amis inséparables. Mais son apprentissage ne sera pas de tout repos? Il lui faudra se rendre sur la Troisième Dimension, le sinistre monde des Ténèbres, où la mère de David est retenue prisonnière… Là-bas, elle fera également la rencontre du mystérieux et séduisant Prince des Ténèbres. Nikita et ses amis parviendront-ils à libérer la mère de David ? Qui est réellement le Prince des Ténèbres ? Vont-ils ressortir vivants de la Dimension maléfique ?

Que dire ?

Je m'apprête à parler d'un livre que je n'ai pas aimé. Les livres que je n'aime vraiment pas sont rares (le dernier, c'était Everything everything, il me semble). Et j'en parle peu ici. Si une lecture ne m'a pas plu, je préfère passer directement à autre chose pour faire passer le goût amer, sauf s'il y a quelque chose d'intéressant à en dire. Et c'est le cas ici.

J'ai longtemps attendu avant de faire cette chronique car je savais qu'elle serait difficile à faire. Je voulais pouvoir parler de manière objective de ce que je n'ai pas aimé. La liste est longue (j'ai corné tellement de pages sur des passages qui m'ont déplu que le livre a presque doublé de volume) et j'avais peur que tout énumérer finisse en lynchage. Et j'ai bien fait d'attendre car mon avis est passé de « c'est mauvais » à « c'est un peu plus complexe que ça ».

J'ai lu le livre en entier car, même si je n'ai pas accroché, je donne toujours sa chance à un livre. Une chance de me plaire, pour un aspect ou un autre, car je sais qu'il y a (presque) toujours quelque chose de bon à en tirer. Et c'est le cas ici, certaines choses m'ont plu, j'ai eu de bons moments mais pas assez pour rendre la lecture agréable dans son ensemble.

Quand je me suis rendue compte que le livre ne me plaisait pas, que je levais les yeux au ciel tous les 10 pages, je me suis dit que cela venait sans doute du fait que je n'étais pas le public cible, que c'était de la littérature jeunesse.
Sauf que j'ai récemment revu mon point de vue sur la littérature jeunesse quand j'ai remarqué que j'en lisais beaucoup. Bien plus que je ne le pensais vu que, jusqu'à présent, j'avais prêté peu d'attention à la tranche d'âge auquel un livre est destiné et maintenant que je le fais, je remarque que j'ai beaucoup de jeunesse sur mes étagères ; il n'y a vraiment que les livres pour les « tout-petits » qui n'attirent pas mon attention. « Livre jeunesse » ne veut pas dire « littérature de piètre qualité parce que c'est pour les enfants », contrairement à ce que je pensais il y a une dizaines d'années.

Je me suis alors dit que c'était générationnel. « Ça y est, je suis vieille et je critique ce que font les générations suivantes, c'est dans l'ordre des choses. Et les livres jeunesse que je relis encore aujourd'hui datent d'avant 2005, si mes souvenirs (de vieille) sont bons. »
Mais là encore, je suis plus ou moins l'actua-litté (ha ha) via les booktubeur.euses et je vois passer beaucoup de livres jeunesse de qualité (notamment via la chaîne de Pitiki, elle et moi ayant des goûts assez similaires).

J'ai ensuite pensé que le problème venait du genre littéraire. C'est de la fantasy mais c'est surtout, selon moi, de la romance. On trouve beaucoup de scènes qui ne sont que des prétextes pour des interactions (amoureuses) entre les personnages.
Cependant, il y a des romances que j'ai lu quand j'étais ado que j'aime encore aujourd'hui (Je ne t'aime pas Paulus, par ex) et j'aime toujours voir de la romance dans une histoire, qu'elle soit centrale ou non à celle-ci (ex : Moitié d'âmes, Rocaille parmi mes lectures les plus récentes), tant qu'elle est intéressante et pas trop cliché.

Finalement, c'est une fois le livre fini que j'ai compris. J'ai un réflexe parfois, qui est de relire la quatrième de couverture une fois le livre terminé. Je m'amuse à comparer ce que celle-ci promet avec le contenu du livre. Et c'est là que je suis tombée sur un détail que j'avais oublié : l'autrice avait 14 ans quand elle a rédigé ce roman.
A partir de là, tout ce que je n'avais pas aimé s'expliquait simplement : le livre n'était pas mauvais, il était juste immature. Le style et le scénario me font penser à une fanfiction, le genre que j'ai pu lire (et écrire) en grande quantité quand j'étais ado.
Je ne critique pas les fanfictions, j'en ai lu de très bonnes (et écrit des beaucoup moins bonnes, donc je sais que c'est difficile). Mais on y retrouve souvent des éléments que j'ai pu voir dans ce roman : une héroïne Marie Sue, des obstacles présentés comme difficiles mais en réalité sans conséquences, le monde des adultes aux fraises, un méchant présenté comme très méchant...mais pas tant que ça vu qu'on laisse des enfants partir pour l'affronter, un monde des ténèbres qui manque de profondeur, beaucoup de stéréotypes en terme de genre mais aussi en terme d'écriture, beaucoup de fanservices...

En résumé...

Une fois cette constatation faite, que puis-je retirer de tout ça ? Comme dit précédemment, j'ai passé quelques bons moments et l'univers dans les grandes lignes est prometteur. Reste à espérer que l'autrice puisse gagner suffisamment en maturité pour en tirer le meilleur.
Je sais que le tome 2 est déjà sorti et le tome 3 est en cours d'écriture. Je me demande si je vais me risquer à lire la suite, car je suis curieuse de voir ce que ça va donner mais cette lecture reste une déception et j'ai la crainte de retrouver les mêmes défauts dans la suite. Pour le moment, je préfère laisser cette question en suspens...

vendredi 29 novembre 2019

Le cycle "L'Héritage" (Eragon, L'Ainé, Brisingr, L'Héritage) - Christopher Paolini


Quatrième de couverture

Un garçon...
Un dragon...
Une épopée...

Voilà bien longtemps que le mal règne dans l'Empire de l'Alagaësia... Et puis, un jour, le jeune Eragon découvre au cœur de la forêt une magnifique pierre bleue, étrangement lisse. Fasciné et effrayé, il l'emporte à Carvahall, le village où il vit très simplement avec son oncle et son cousin. Il n'imagine pas alors qu'il s'agit d'un œuf, et qu'un dragon, porteur d'un héritage ancestral, aussi vieux que l'Empire lui-même, va en éclore... Très vite, la vie d'Eragon est bouleversée. Contraint de quitter les siens, il s'engage dans une quête qui le mènera aux confins de l'Alagaësia. Armé de son épée et guidé par les conseils de Brom, le vieux conteur, Eragon va devoir affronter, avec son jeune dragon, les terribles ennemis envoyés par le roi dont la malveillance démoniaque ne connaît aucune limite.
Eragon n'a que quinze ans, mais le destin de l'Empire est désormais entre ses mains !

Que dire ?

Cette tétralogie, c’est une longue histoire de lecture pour moi. J’ai lu « Eragon » quand j’étais encore à la fac, en licence si je me souviens bien. C’était en été (détail qui n’a pas d’importance) et je me souviens m’être un peu ennuyée en le lisant (détail qui a de l’importance).
Je ne garde pas spécialement un bon souvenir de cette première lecture, mais pas un mauvais souvenir non plus. Elle fut un peu laborieuse, j’eus du mal à avancer dans l’histoire, sans trop savoir pourquoi. Je ne parvenais pas à m’immerger dans le récit, à me sentir proches des personnages. Mais ce n’était pas totalement mauvais non plus et bien des éléments de l’histoire m’ont poussée à m’attaquer aux autres tomes, « L’Ainé » et « Brisingr ». Puis, j’ai acheté « L’Héritage » d’occasion et il a rejoint ma pile à lire, pendant un laps de temps beaucoup trop long (ça se compte en années).

Quand je voulus m’y attaquer cette année, je ne me souvenais plus de grand chose, si ce n’est les grandes lignes. J’ai donc relu les trois tomes précédents avant de me mettre au dernier tome de ce cycle. Cette relecture ne m’a pas apporté de regard vraiment neuf sur cette tétralogie, mon avis reste globalement le même : je la trouve ni bonne, ni mauvaise.

Je pense que le souci majeur que j’ai rencontré dans ma lecture, c’est le style global. Difficile de critiquer le style quand on parle de traduction mais dans l’ensemble, j’ai trouvé la narration un peu plate, parfois brouillon. J’ai eu quelques difficultés à suivre et comprendre les scènes d’action, surtout les combats.
J’ai trouvé l’histoire et les péripéties un peu trop faciles par moments. Eragon ne fait pas face à de réelles difficultés, celles-ci ne durent jamais longtemps. Même quand il se retrouve gravement blessé, avec une cicatrice qui le laisse très handicapé, il finit par se faire soigner et ne garde pas la moindre trace de ce passage compliqué. Peut-être cette facilité vient de ses pouvoirs qui grandissent avec le temps ou le fait qu’il soit entouré par des personnages plus exceptionnels les uns que les autres ? Sans doute un peu des deux.
En tout cas, j’ai nettement préféré l’histoire de Roran, son cousin, qui est obligé de s’en sortir par ses propres moyens, qui devient un leader presque malgré lui, qui trouve une force physique et de persuasion dont il ignorait lui-même l’étendue.

J’ai trouvé les personnages un peu trop manichéens au début (le grand méchant tyran d’un côté, les gentils de l’autre). Cet aspect s’améliore nettement au fil des tomes, avec différents peuples qu’on apprend à connaître avec leur culture, leur nature certes différente, mais intéressante et complexe à partir du moment où on commence à s’y intéresser sans jugement.
La guerre aussi a permis de nuancer l’aspect trop tranché des deux camps. Au travers de Roran et d’Eragon, on découvre l’horreur des batailles, des morts qu’elles impliquent, des lourdes pertes des deux côtés, des questionnements du bien fondé de leurs actions.
La relation entre Eragon et Arya, une elfe qui le suivra une bonne partie de l’histoire, est également un point intéressant : ce n’est pas une romance classique, pas de réel happy end les concernant, chacun étant destiné à remplir des fonctions importantes et iels ne peuvent laisser libre court à leur histoire à cause de ces dernières.

Il y a bon nombre d’autres éléments que j’ai appréciés, tout ce qui touche à l’univers.
Tout d’abord, j’aime beaucoup la relation dragon/dragonnier.ère. Je trouve Saphira et Eragon très touchant.e.s dans leur relation fusionnelle.
J’ai également aimé la représentation de la magie, qui est une magie « douce » (« soft magic », selon ce youtubeur : https://www.youtube.com/watch?v=jfSg2CFOWNU&t=593s), c’est-à-dire une magie qui ne donne pas les pleins pouvoirs en claquant des doigts, sans aucune conséquence ou contrepartie. Ici, la magie consomme de l’énergie et laisse souvent ses pratiquant.e.s épuisé.e.s, surtout celleux qui ne sont pas des dragonnier.ères ou des elfes. La magie peut aussi avoir de lourdes conséquences en cas d’erreur ; on a des moments qui laissent rêveur.euse, d’autres qui glacent le sang (je pense notamment aux pouvoirs que va obtenir une jeune fille victime d’un sort d’Eragon, alors que celui-ci voulait lui adresser une bénédiction).

D’autres éléments comme la connaissance et compréhension des autres formes de vies, l’importance du langage (l’auteur a développé différentes langues et le langage est central et complexe dans l’utilisation de la magie ; une belle métaphore de la force des mots), la connaissance de soi...bref, tout ce qui concerne l’aspect philosophique, sont autant de points qui m’ont également plu.
La fin du cycle est le dernier élément que j’ai retenu. Je ne vais pas vous spoiler la fin mais je la trouve très intéressante car elle soulève des questions sur ce qu’est la véritable force et elle nuance aussi la façon de percevoir le méchant de l’histoire.

En résumé...

Sympathique. De la même façon que le style d’un.e auteur.rice de Bds ne va pas forcément me rebuter à m’intéresser à l’histoire, le style de l’auteur m’a certes posé problème mais l’univers était assez cool pour que je veuille rester jusqu’au bout. Malgré tout, je voulais terminer cette saga pour savoir si oui ou non je voulais la garder dans ma bibliothèque. Je pense qu’il est temps de faire un peu de place...

Citation

« Les écailles s’inclinèrent sous la caresse. Un mot résonna dans la tête du garçon, clair et grave à la fois : « Eragon ». Le ton était solennel, presque triste, comme si un pacte indestructible venait d’être scellé. » (Editions Bayard Jeunesse, p.70).

lundi 11 mars 2019

Vite fait, bien fait #2 : spécial littérature (de ma) jeunesse - partie 2

Salutations :)

Avec la Journée Internationale des Droits des Femmes qui est récemment passée, je me suis dit qu'il était plus que temps que je poste la suite du « Vite fait, bien fait "spécial littérature (de ma) jeunesse" - partie 1 ».

Dans l'article cité ci-dessus, j'avais commencé une série de livres comprenant des personnages féminins intéressants (pour plus de détails, je vous invite à aller voir l'article en question, si vous ne l'avez pas déjà lu ou si vous souhaitez vous rafraichir la mémoire).

(Oui, en 2019, je reprends le vouvoiement, allez savoir pourquoi...)

À la fin de l'article, j'avais constaté que les 5 romans que je présentais proposaient des petites filles pouvant être têtues, capables de prendre les devants malgré leur timidité mais j'ai l'impression que ces filles restent tout de même assez dociles, gentilles et leur qualité principale (dans le sens « ce qui les qualifie le plus », le trait de caractère majeur) est l'empathie, le bon cœur, bref les bons sentiments.
Leurs histoires tournent autour de leurs actions visant à améliorer le quotidien de leurs proches (Paola souhaite aider Lou, Caribou aide les habitants de son village, les jumelles souhaitent que leurs parents se remettent ensemble, idem pour Prune et Anna fait de son mieux pour que son oncle soit de nouveau intégré à sa famille). Donc, au final, ces petites filles endossent un peu le genre de rôle qu'on attribue souvent aux femmes, celui de « l'infirmière », et elles ont des qualités qu'on attribue souvent au genre féminin (empathie, écoute, douceur, patience, etc).

Pour contrebalancer un peu tout ça, cet article va se concentrer sur des personnages principaux ayant des traits de caractère plus prononcés et pouvant adopter des comportements qui sont plus discutables.


1 – Le fauteuil de grand-mère, de Charlotte Herman

Sheila est furieuse. Elle doit partager sa chambre avec sa grand-mère, qui ne peut plus vivre seule. Puis, avec le temps, elle va apprendre à connaître cette grand-mère qui sait beaucoup de choses et qui a tant à partager. Elle va aussi se rendre compte que sa grand-mère est bien malheureuse et va tenter de l'aider de son mieux. Mais ses idées ne sont pas toujours appréciées...
Au début, quand j'ai relu ce roman, je me suis dit que Sheila restait un personnage classique, qui souhaitait le bonheur des autres sans forcément penser au sien en premier lieu (un peu comme Prune et Anna, vues dans le précédent « Vite fait bien fait »).
Puis, je me suis rendue compte que le roman contient principalement des personnages féminins : Sheila, sa mère, sa sœur, sa grand-mère, sa meilleure amie, etc. Et ce sont les relations et interactions entre ces personnages qui sont intéressantes (celle que je préfère est celle entre Sheila et sa grand-mère, celle qui est au cœur du roman ; toutes deux ont beaucoup d'affection l'une pour l'autre).
La grand-mère se montre très têtue, a un caractère très indépendant, elle crie parfois et se dispute avec sa fille, fait des cachotteries. Elle passe beaucoup de temps à transmettre ce qu'elle sait (la cuisine, le jardinage ou simplement son expérience de la vie) surtout dans le but d'avoir des moments privilégiés avec ses proches.
Sheila, de son côté, est une fille très curieuse au point de lire le journal intime de sa grande sœur, ce qui est une intrusion à l'intimité de celle-ci. Elle se montre souvent réticente à réaliser les tâches ménagères et préfère développer son imagination. Elle est aussi colérique, parfois vulgaire, ne porte que des pantalons (détail qui a son importance dans un passage du roman).
Muriel, la grande sœur, est également une forte tête. Du haut de ses 15 ans, elle n'a pas peur de dire ce qu'elle pense, passe beaucoup de temps à écrire et s'intéresse à la politique au point d'avoir des affiches de politiciens dans sa chambre (plutôt que des groupes de musique célèbres) et d'envisager une carrière en tant que sénatrice ou députée.


2 – Les enquêtes de Mac et Maribé, les seuls détectives qui ne travaillent que pendant les vacances scolaires, de Giorda

Ce roman est un ensemble de courtes histoires tournant autour d'aventures, de mystères et d'enquêtes, un peu comme le club des cinq.
Tout commence avec Mac, diminutif de Maxime, qui passe ses vacances à la mer. Suite à une mésaventure sur la plage, il va faire la connaissance de Marie-Béatrice, très vite surnommée Maribé. Cette jeune fille est une détective en herbe et Maxime va être un excellent assistant.
Même si les histoires sont toujours racontées du point de vue de Mac, c'est tout de même Maribé qui est au cœur de l'action ; Mac l'observe le plus souvent et témoigne son admiration devant les capacités de déduction de son amie. Si Mac finit par développer des capacités d'analyse à son tour, il admet lui-même que c'est à force de regarder et d'écouter son amie. Maribé ne tire pas de fierté de ses capacités et encourage même son ami à faire comme elle.
Étant donné que, pour des enfants, il est difficile de mener l'enquête, nos deux ami·e·s vont régulièrement devoir mentir, tricher, se servir des adultes pour arriver à leurs fins.
Le seul défaut que je trouve à ce roman, c'est le manque de développement des personnages. Tous deux manquent de profondeur par manque de background. Dans un sens, je me dis que ce qu'iels font en dehors de leurs vacances ne les définit pas mais je trouve tout de même que ça manque un peu de détails. Pourquoi Maribé aime-t-elle tant enquêter ? Quand et comment a-t-elle commencé ?


3 – Le jardin secret, de Frances Hodgson Burnett

Mary, seule survivante d'une épidémie de choléra en Inde, va se retrouver en Angleterre pour y vivre dans le manoir d'un oncle dont elle n'a jamais entendu parlé. Dans cette grande demeure un peu triste, elle va d'abord se sentir perdue mais va découvrir bien des secrets, dont un immense jardin fermé depuis la mort de sa tante.
Mary est un personnage que j'aime tout spécialement, à cause de son développement tout le long du roman. Au début, elle est têtue, égoïste, colérique, vulgaire, raciste. Cela n'a rien de bien réjouissant mais tout un contexte est donné pour expliquer pourquoi elle est ainsi : délaissée par ses parents, souvent seule aux soins d'une nounou, on accepte tous ses caprices pour qu'elle ne fasse pas de crises de nerf. La mort de ses parents va d'ailleurs peu la toucher, tellement elle était déconnectée de ces derniers. C'est au contact de personnes franches et aimantes qu'elle va se rendre compte de sa méchanceté et va commencer à adopter une attitude plus respectueuse, jusqu'à prendre soin d'autres personnes à son tour...sans pour autant se défaire de son caractère têtu. C'est son développement qui est au cœur de l'histoire.
C'est un bon exemple de ce que j'ai appris en grandissant, notamment à travers ce roman : personne n'est réellement méchant par nature. C'est souvent lié à l'environnement dans lequel une personne grandit : le lieu où elle vit, les gens qui l'entourent, les émotions et sentiments avec lesquels elle est le plus en contact. Dans un environnement violent, l'enfant puis la personne intègre un comportement identique. Aussi, Mary pense qu'il est normal de s'énerver à tout va, d'insulter, de crier quand on n'a pas ce qu'on veut car elle a toujours fait ainsi et personne ne lui a opposé une autre vision des choses, une autre façon de s'exprimer. Aussi, je trouve que ce livre est un bon exemple d'empathie car on se retrouve à suivre une personne qui agit mal, sans se rendre compte que c'est mal, et on apprend à connaître cette personne pour comprendre pourquoi elle agit ainsi.
Le deuxième atout majeur de cette histoire, c'est le rapport avec la nature. Le roman est truffé de longues descriptions de paysages, de landes, de jardins fleuris. Les parfums, les couleurs, les sons, les matières, autant de détails qui nous plongent dans un univers presque magique. Le roman est une véritable déclaration d'amour pour la nature, les animaux et les paysages sauvages d'Angleterre.


4 – La révolte de 10X, de Joan Davenport Carris

Taylor est effondrée depuis le décès de son père. Sa mère et elle sont obligées de déménager dans une maison plus petite, pour des raisons financières entre autres. Le seul réconfort de la jeune fille est 10X, l'ordinateur que son père et elle ont construit ensemble.
Très vite, son chagrin va se changer en révolte : elle déteste son nouveau quartier (récemment construit), sa nouvelle maison, ses voisins et même 10X qui est le dernier souvenir qu'il lui reste de son père. Elle va alors découvrir que 10X est capable de contrôler le système électrique de sa nouvelle maison. Il lui est alors possible de couper le courant, le rallumer, faire disjoncter les appareils, etc. Elle va alors se servir de son ordinateur comme d'une arme, pour mettre la pagaille dans cette maisons qu'elle déteste, pour punir sa mère d'avoir voulu déménager. Cette décision de s'en prendre à son entourage ne sera pas sans conséquence, allant jusqu'à gâcher de la nourriture, risquer d'infliger une grave brûlure à une tante qu'elle n'apprécie guère (j'avoue que la tante en question est insupportable, mais quand même !) et de mettre les nerfs de sa mère à rude épreuve, alors que celle-ci fait tout pour garder la tête hors de l'eau et aller de l'avant.
Le roman est parsemé de quelques réflexions intéressantes du point de vue féministe (là encore, la plupart des personnages sont des femmes ou des jeunes filles) mais son intérêt principal est qu'il traite du décès et de la difficulté de faire son deuil, les différentes étapes par lesquelles on passe (le chagrin, la colère, l'acceptation) et donne quelques conseils pour faire face à ce genre d'événements : changer de cadre, ne pas se renfermer sur soi, chercher du réconfort auprès de ses proches, commencer une nouvelle activité, etc.


5 – Vas-y Claire !, de Marie-Christine Helgerson

Claire aime courir. Mais en 1898, les jeunes filles portent corset, bottines, robes à volants...Tout un attirail qui entrave le corps et l'empêche de se mouvoir librement. De plus, l'idée même qu'une fille puisse se passionner pour une activité physique, cela étonne voire scandalise plus d'une personne de son entourage, à cette époque où les femmes n'avaient même pas le droit de vote.
Mais Claire est têtue. Elle a un objectif, qu'elle souhaite réaliser avec sa nouvelle amie Élizabeth : une course de vitesse jusqu'en haut de la Tour Eiffel !
Ce roman comporte beaucoup de personnages féminins, y compris un groupe de suffragettes (groupe de femmes militant pour le droit de vote). Les interactions entre elles et Claire soulignent les idées de l'époque (« une femme qui court, qui puisse transpirer, mon dieu, c'est moche, quelle horreur ! », ce qu'aujourd'hui on pourrait appeler du « sexisme intériorisé », même de la part des suffragettes qui estiment que le droit de vote est important, le sport non) et en même temps, il met en lumière les changement qui commencent à opérer à cette société (« c'est moderne, c'est léger, c'est synonyme de liberté »). Aussi, Claire va devoir tenir tête à la plupart d'entre elles (en plus des personnes masculins, mais pas sûre que ce soit nécessaire de le préciser) : sa mère, son amie, ses professeures et la directrice de son école, les clientes pour lesquelles elle fait des livraisons en courant, etc. Avec le temps (et beaucoup de détermination et de passion), elle va pousser son entourage à se remettre en question : la directrice va autoriser une tenue plus agréable à porter pour le sport, la patronne styliste de sa mère va commencer à imaginer une collection de vêtements sportifs pour les femmes.


En conclusion à tout cela, on peut remarquer que les filles de ces romans ont tendance à être têtues, colériques, à faire preuve d'un sacré caractère. Elles peuvent mentir, se venger sur autrui, faire intrusion dans la vie privée de quelqu'un, remettre en question le fonctionnement de la société...Des comportements qu'on attribue plus facilement à des garçons.
Mon but au travers de la présentation de mes romans de jeunesse n'est pas de dire « il ne faut que des personnages ayant un caractère fort et révolté ». Je ne souhaite pas faire l'éloge de certaines qualités au détriment des autres. Je pense, au contraire, qu'il faille de la diversité pour offrir le plus de représentations possibles. C'est pourquoi j'ai décidé de mettre en avant des romans où les filles parviennent à s'en sortir de diverses manières : en faisant preuve d'empathie ou de caractère, en communicant avec les autres ou en leur cachant des choses, en s'exprimant calmement ou en criant...

On pourrait penser que, aujourd'hui, avec l'avancement des droits des femmes, la littérature jeunesse offrirait multiples personnages intéressantes dont on pourrait s'inspirer (ce que dément la vidéo dont j'ai parlé dans la première partie de cet article).
Or, me replonger dans mes romans jeunesse me fait prendre conscience que cela fait longtemps que des auteurs et autrices proposent ce genre de personnages et qu'ils ont jalonné mon enfance et ont sans doute construit la personne que je suis aujourd'hui (ce sont les romans qui m'ont le plus marquée et je les ai encore en ma possession aujourd'hui tellement j'y suis attachée). Ai-je eu de la chance de tomber sur ces romans ? Ou y en a-t-il plus qu'on ne le pense, ils manquent juste de visibilité ? Je ne sais pas trop, sans doute un peu des deux.

On peut étendre cette réflexion à la représentation de toute autre minorité : personnes racisées, communauté LGBT+, personnes handicapées... Aussi, j'ai pour but de chercher à diversifier mes lectures, à rechercher des sujets rarement abordés (ou mal présentés) et de me concentrer sur ces lectures pour mon blog à l'avenir.

C'est ici que ce termine cet article. J'espère que cela vous a intéressé ^^ 
Connaissiez-vous ces romans ? Ont-ils fait partie de votre enfance ?Quel souvenir en avez-vous gardé ?

samedi 16 juin 2018

Vite fait, bien fait #2 : spécial littérature (de ma) jeunesse - partie 1


Salut à vous !

Il y a quelques années, je suis tombée sur une vidéo où l'on voyait une femme et sa fille faisant un tri parmi un grand nombre de livres pour enfants et adolescents (dans une librairie, je crois?), mettant de côté ceux où :
  • il n'y avait pas de filles ;
  • les filles ne parlaient pas / n'avaient pas de noms ;
  • une fille n'était pas le personnage principal ;
  • les filles n'avaient pas d'autre but que de trouver l'amour (orienté « hétérosexuel », le plus souvent) ;
  • etc (je ne me souviens pas de tout et je ne retrouve pas la vidéo).
À la fin de ce tri, il ne restait presque plus de livres sur l'étagère. J'ai été un peu étonnée de ce résultat, même si je me doutais que la littérature jeunesse, comme les jouets, ne proposait pas aux petites filles beaucoup de modèles sortant des stéréotypes de genre.
Comme je ne correspond pas vraiment aux stéréotypes en question, je me suis jurée de jeter un œil à mes lectures de jeunesse et d'adolescence, pour voir quels ont été les livres qui m'ont le plus marquée et si ces derniers comportaient des personnages féminins intéressants.

Parmi ceux que j'avais encore sous la main (ma mère en a vendu une bonne partie aux marchés aux puces), j'ai retrouvé un bon nombre de livres où le personnage principal était une fille, avec du caractère, des objectifs, des défauts, etc. Bref, des personnages qui, dans mes souvenirs, étaient bien construits. D'autres romans avaient des personnages féminins secondaires également marquants.
Je pense que j'ai eu la chance d'avoir une mère qui ne rentrait pas vraiment non plus dans les normes, qui m'a encouragée dans mes lectures et m'a toujours laissé le choix de ces dernières, dès que j'en ai été capable.

Je vais donc te présenter les livres en question, dans l'ordre où je les ai relus.

ATTENTION : il y aura du spoil dans ce qui va suivre !

Couverture Clair de loup

1 – Clair de loup, de Thierry Lenain
Paola passe tous ses étés avec ses parents, dans la maison de sa défunte grand-mère. Dans le village vit un couple, M et Mme Gaillard, qui accueille régulièrement des enfants orphelins. Un jour, Lou, un garçon pas comme les autres, arrive. Il est renfermé, agressif et pour cause : il a été élevé par une louve ! De plus, sa présence pousserait les loups à se rapprocher des villages, à être moins craintifs des humains et à s'attaquer aux troupeaux. Du moins, c'est ce que racontent les rumeurs...
Paola est une petite fille vive, curieuse et assez têtue. Elle dit ce qu'elle pense et fait même preuve d'un sang-froid incroyable quand elle se retrouve face à un loup. Elle fait également preuve d'une grande ingéniosité, comme lorsqu'elle propose d'utiliser des somnifères pour endormir un chien de garde.
À aucun moment, on ne donne de description de la petite fille et il n'y a que peu de remarques sur son apparence (juste une fois, un personnage s'étonne de voir à quel point elle a grandi). Les illustrations de mon édition nous proposent l'image d'une fille aux cheveux très longs, attachés de façon lâches avec des mèches folles, portant une salopette dont une des bretelles pend sur le bras. Personnellement, tout cela me fait penser à une petite fille qui aime bouger et s'amuser, se rouler dans l'herbe de la campagne.


Samarcande - Documentation

2 – Caribou et le renne aux yeux d'or, de Mérédith Ann Pierce
Caribou est une jeune fille qui vit seule depuis la mort de son père et le départ de son frère. Elle vit un peu à l'écart de son village, qui la voit comme une sorcière à cause de ses rêves prémonitoires.
Un jour, un bébé lui est confié. D'abord réticente, elle trouve ensuite du réconfort et de la compagnie auprès de l'enfant. Mais ce dernier n'est pas ordinaire : il n'est qu'à moitié humain et ses origines étranges vont le pousser à la quitter lors de son adolescence. La jeune fille est de nouveau seule. Sauf que, entre temps, le village a commencé à voir en elle une autorité à respecter et on lui rend régulièrement visite pour résoudre des problèmes de diverses natures : retrouver un objet, prendre une décision sur un mariage, etc. C'est alors qu'un drame surgit, les habitants se tournent vers Caribou, espérant une réponse. Notre amie va alors prendre la tête des opérations et diriger les siens vers des territoires encore inexplorés.
On voit le personnage de Caribou évoluer au fil des chapitres et du temps. D'abord petite fille réservée, on la voit prendre de l'assurance grâce à son pouvoir, l'éducation qu'elle apporte à l'enfant et la confiance que lui accorde le village. Sans but dans un premier temps, si ce n'est vivre et survivre dans un pays froid, la maternité va l'occuper quelques temps, puis ce sont ses responsabilités envers son village qui vont devenir essentielles dans sa vie. Malgré tout, elle reste une personnage sensible, avec ses peurs et ses doutes, qu'elle affronte tant bien que mal, ce qui en fait un personnage intéressant à suivre selon moi. On la voit tomber amoureuse mais elle refuse de suivre celui qu'elle aime pour respecter ses engagements envers les siens. Là encore son apparence n'a pas beaucoup d'importance, je ne me souviens pas de description faite et mon édition ne comporte pas d'illustration, si ce n'est la première de couverture.


Couverture Deux pour une

3 – Deux pour une, d'Erich Kästner
Louise, petite fille têtue et espiègle, passe de bonnes vacances dans un camp non-mixte. Un jour, un bus rempli de nouvelles arrive. Chouette ! De nouvelles rencontres à faire, de nouvelles amies, peut-être ? Oui sauf que... L'une d'elles, Lotte, est le portrait craché de Louise. À croire qu'elles sont jumelles...
Deux personnages principaux pour le prix d'une ^^ Les deux petites filles ont des caractères bien distincts : Louise est assez indisciplinée, forte tête, vive ; Lotte est douce, calme et c'est une fée du logis. Ce qui est intéressant, c'est que, à cause de certaines circonstances, le caractère de chacune va un peu déteindre sur l'autre. Et toutes deux vont devoir faire preuve de patience, d'ingéniosité pour garder un secret bien lourd à porter. 
Cette fois, l'apparence des personnages est importante mais c'est pour une bonne raison (le scénario) mais également la possibilité de différencier les deux personnages et d'illustrer leur personnalité respective : Louise a les cheveux détachés, Lotte a des nattes sages.


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(image tirée du site Amazon)

4 – Prune, de Luce Fillol
Prune vit une vie bien calme entre sa mère et son père. Elle est un peu en surpoids, est la cible de moqueries de la part du caïd de son école. Mais dans l'ensemble, elle se sent en sécurité, bien protégée dans son cocon familial.
Puis, un jour, tout bascule : ses parents ne s'entendent plus et son père s'en va. Le cocon se fissure et Prune doit faire face à des événements difficiles. Dans un premier temps, elle va se retrouver ballottée par ce qui l'entoure, subissant plus qu'autre chose. Puis, elle va tenter de se révolter, de prendre les devants et tenter d'arranger les choses au mieux, malgré son jeune âge et ses difficultés à s'imposer.
Elle se montre maladroite, mal dans sa peau, souvent en décalage avec les autres et passive. Elle a également des passages où on découvre son ressenti, un côté égoïste lié à son jeune âge et son sentiment d'être perdue face aux décisions des adultes. Ses tentatives de révolte seront souvent timides mais elle fait toujours de son mieux et a bon cœur, ce qui la pousse à aider les gens qui l'entourent, alors qu'elle-même a des soucis. 
L'apparence de Prune est un élément qui revient régulièrement : elle se coupe les cheveux pour attirer l'attention, on la voit maigrir un peu mais ce n'est ni le centre de l'histoire, ni ce qui va lui permettre d'être heureuse (une partie de la perte de poids se fait à la suite d'une convalescence).


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5 – Anna dans les coulisses, de Betsy Byars
Anna fait partie d'une famille de chanteurs et de musiciens, d'inspiration religieuse. Sauf qu'elle-même ne sait pas chanter juste, ni même jouer en rythme. On lui a donc confié la vente de disques et cassettes (oh la la, le coup de vieux!), à la fin des spectacles. Aussi, elle se sent constamment en décalage, rarement à sa place, toujours dans l'ombre de sa famille. Elle ne semble se démarquer en rien. On la voit surtout spectatrice de la vie de sa famille, que ce soit sur scène ou dans la vie de tous les jours. Elle a deux petits frères, qui se démarquent par leurs acrobaties, et une grande sœur dont la qualité principale est d'être jolie (c'est sans doute la raison pour laquelle leur mère la préfère).
Puis, un jour, un oncle, dont elle ignorait l'existence, sort de prison et demande de l'aide à la famille. Anna comprend très vite qu'il est un peu le mouton noir, malgré ses talents de musicien, à cause d'erreurs qu'il a commises par le passé. Elle va alors se sentir étrangement proche de cet oncle qu'elle n'a jamais vu, faisant de son mieux pour tenter de le comprendre et de l'intégrer à la famille.
Suite à un accident de voiture, l'oncle va gagner le pardon de tous et la jeune fille prendra conscience de sa propre valeur : sa générosité, son empathie. J'ai également l'impression que la mère d'Anna semble moins se préoccuper d'elle parce que la jeune fille est au final plus responsable que ses frères et plus forte que sa grande sœur. 
C'est dans ce roman, on n'a pas de description d'Anna très précise, juste un passage où on apprend qu'elle n'est ni grande, ni petite, ni blonde, ni brune...comme son oncle. Par ce passage, on sent qu'elle a une apparence banale, contrairement à sa grande sœur, et ça accentue aussi son côté "vilain petit canard".


Il y a une chose que j'ai remarquée, qui n'est par forcément en lien avec le sujet de l'article mais plus une spécificité des romans jeunesse : le plus souvent, les enfants sont en réaction au monde des adultes avec lequel ils ne sont pas en accord. Paola va défendre Lou face aux villageois, Caribou va devoir prendre des décisions pour les adultes de son village, Louise et Lotte vont se révolter contre le divorce de leurs parents, Prune est également perdue face à la séparation de ses parents et Anna est la seule à tenter de comprendre son oncle alors que son père le rejette violemment.
L'intérêt dans ce premier échantillon, c'est que nous avons plusieurs personnages qui vont réagir à leur manière : certains sont plus dans l'action, d'autres dans l'empathie, d'autres encore mélangent les deux. De plus, tous ces romans passent sans problème le test de Bechdel (https://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_Bechdel). Ce n'est pas un gage de qualité mais un bon point de départ si on s'intéresse à la présence des femmes dans les médias.

On a donc droit à divers modèles, tous étant aussi valides les uns que les autres, mais qui restent cependant plutôt gentils et dociles. Ce ne sont pas des petites filles qui vont s'énerver à tout va, qui vont mentir, être agressives, etc.
Aussi, dans le prochain « Vite fait, bien fait », je m'attarderai sur des personnages avec des caractères moins dociles, qui entreprennent des actions plus osées et moralement problématiques, qui vont bousculer l'ordre établi.

J'espère que ce premier article spécial jeunesse vous a plu. N'hésitez pas à dire dans les commentaires quels sont les livres (avec des filles cools) qui ont marqué votre parcours de lecteur ou lectrice quand vous étiez plus jeune. Et surtout, si vous avez lu les mêmes livres que moi, dites-moi ce que vous en gardez comme souvenir :)

lundi 9 mars 2015

Maliki, tome 1 : L'autre fille dans le miroir - Souillon


Quatrième de couverture

Maliki est une jeune fille de 13 ans, qui se sent différente des autres. Et à juste titre. Avec ses cheveux roses et ses oreilles pointues, elle est aussi plus mature et lucide que ses camarades. Jeune collégienne, Maliki traine un lourd secret. Son corps sert d'abri à une créature surnaturelle nommée Lady : fusion de l'esprit de son défunt chat et de l'esprit de Maliki, cette fille féline, s'éveille doucement et aimerait bien sortir et découvrir le monde... Maliki doit apprendre à contrôler cette présence fascinante et inquiétante à la fois, ainsi que les étranges pouvoirs qu'elle lui confère. Enquête aux sources de cette métamorphose; quotidien d'une collégienne et difficulté à trouver sa place quand on décide de ne pas rentrer dans un moule - premiers amours et super pouvoirs : la vie de Maliki est bien remplie et pleine de mystères.


Que dire ?

Ce roman m'a été offert par un très bon ami, qui a risqué sa vie pour obtenir ce roman dédicacé par l'auteur, à Angoulême. J'ai donc eu droit à un petit mot d'amour de Souillon et une carte à collectionner (qui me sert de marque-page à ce roman, d'ailleurs). En temps normal, Souillon est un auteur de BDs et c'est à travers ses webcomics que j'ai découvert le personnage de Maliki. Je me suis vite attachée à elle, à cause de son caractère, de l'univers, du style dynamique.

Mais, revenons-en au roman. La lecture de ce dernier a été très rapide, je l'ai quasiment fini lors d'une nuit d'insomnie. J'étais même surprise, cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi vite !
L'histoire de Maliki, jeune fille de 13 ans aux cheveux roses et aux oreilles pointues, m'a énormément plu. J'avoue être partie avec une certaine appréhension car j'avais peur que ce ne soit un roman pour les fans, bourré de références à l'univers riche de Maliki. Je fus vite rassurée de voir que ce n'était pas le cas, je pense même qu'une personne qui ne connait pas cet univers peut très bien lire le roman sans être perdu et peut passer un très bon moment. En effet, on a droit à une introduction, à travers le journal de la jeune fille, qui pose le décor, son caractère plus mature que ses camarades, ses soucis de collégienne et la découverte d'une entité qui vit en elle. Puis, on la suit dans sa quête pour comprendre ce qu'est cette entité et ce qu'il faut en d faire : s'en débarrasser ou cohabiter ?
En y repensant, connaître déjà l'histoire de Maliki via le wabcomic gâche un peu le suspens, mais c'est tout de même agréable de découvrir la façon dont l'auteur présente les événements mais aussi comment il prépare le roman suivant en glissant des indices ici et là.

Ce qui est intéressant également, c'est que la découverte des pouvoirs de la jeune fille est en parallèle avec ses préoccupations d'adolescente : les amours, les brimades à cause de sa différence, ses difficultés à vivre le divorce de ses parents, etc. Lady, la créature qui vit en elle, est en quelque sorte une représentation de sa personnalité qui s'affirme et qui, enfin, peut vivre au grand jour. C'est aussi, je pense, une façon de représenter tout ce qui peut se bousculer dans la tête d'une adolescente et qui ne demande qu'à sortir. Rien ne va se faire sans mal, malheureusement, car Maliki va devoir vivre quelques désillusions mais c'est ce qui va lui permettre de s'imposer, de savoir enfin qui elle est et de réussir à avancer.

Maliki est une ado « ordinaire », en dehors de son pouvoir. Elle a ses qualités mais aussi ses défauts, cache des choses à sa mère, a bien des questions et des soucis en tête.
En dehors de Maliki, j'ai trouvé les autres personnages assez sympathiques et bien construits. J'ai pris plaisir à les découvrir car, à part deux d'entre eux, aucun n'apparait dans le webcomic de Souillon. Et pour ceux qui apparaissent, c'est la possibilité d'en savoir un peu plus.
Certains d'entre eux permettent de représenter des classes sociales plus pauvres, plongeant Maliki dans la réalité de la vie et d'autres la confrontent aux aspects les plus moches de l'être humain (esprit de compétition poussé à l'extrême).

Le seul bémol, je trouve, est le côté parfois « forcé » de l'utilisation du journal intime pour raconter l'histoire, comme la fois où Maliki est perdue au milieu d'un bois et se met à écrire dans son journal pour relater les événements qui ont précédé.

En résumé...

Un coup de cœur ! Je pense que la vitesse à laquelle je l'ai lu en est témoin. Je n'ai pas décroché du roman tant que je ne l'avais pas fini et j'attends le roman suivant avec impatience.
Je me suis beaucoup identifié au personnage principal et à son parcours d'adolescente.


Une citation

« Depuis qu'elle était « possédée », Maliki avait remarqué qu'elle devait manger plus pour être en forme toute la journée. Sa mère disait que c'était normal, à l'adolescence, d'avoir des besoins plus importants en énergie mais Maliki était certaine qu'avec tout ce qu'elle engloutissait, elle aurait déjà dû ressembler à un hippopotame. Il ne pouvait s'agir que d'une seconde personne qui consommait le surplus de nourriture, comme un parasite » (Maliki, tome1, édition Bayard, p.25).


Pour aller plus loin 

mardi 20 janvier 2015

Le Monde de Titus, tome 2 : Drulls et dralas - Koulou



Synopsis

Titus, ses amis et le reste de leur peuple se retrouvent sur un continent inconnu. Ce dernier, comme le sous-entend la fin du tome précédent, n'est pas désert. Nos héros font la connaissance de trois nouveaux peuples. Des relations pacifiques vont se créer, d'autres vont être plus mouvementées. En effet, une guerre éclate. En parallèle, Titus va devoir faire face à un ennemi particulier, un Borgoz, une ombre physique qui s'en prend à lui et qui semble avoir un lien avec sa capacité nouvelle à voir les drulls et dralas.


Que dire ?

Le Monde de Titus s'étoffe beaucoup. Des nouvelles rencontres, de nouveaux dangers. Le ton est un peu plus grave par moment également. Les Snogards prennent en maturité comme un enfant qui, une fois sorti de l'enfance, apprend à faire face aux difficultés de la vie.
En effet, le tome 1 montrait le peuple snogard comme un peuple peu avancé sur l'échelle technologique, un peu comme en préhistoire. Ils ne se nourrissaient que de viande ou presque, ne se déplaçaient qu'à pied, etc, tandis que le tome 2 est l'occasion de faire des découvertes et d'en profiter pour "apprendre un tas de trucs nouveaux" comme dit Cyrius.

La première rencontre qu'ils vont faire dans ce deuxième tome, les Héllénides, va apporter un souffle nouveau dans leur mode de vie avec l'agriculture, l'équitation, le culte des drulls et dralas. Elles vont également secouer leurs mœurs car leur société est matriarcale, ce sont les femmes qui dominent ! Les personnages masculins principaux vont se retrouver face à ce que Maya subit depuis sa naissance et vont donc comprendre un peu mieux ce que leur amie ressent. Ils vont alors, avec les lecteurs, prendre conscience de l'ampleur du phénomène.
Cependant, les Héllénides ne sont pas un peuple idéal pour autant car les hommes sont dominés et traités en inférieurs. La rencontre entre les Snogards et les Héllénides va sans doute permettre aux deux camps de rééquilibrer leurs relations homme-femme. Le tome 2 est donc la suite et un complément d'une réflexion qui avait déjà débuté dans le tome 1.

En dehors de ça, les Héllénides sont très proches des divinités. D'ailleurs, le titre du tome 2 donne le ton : « Drulls et dralas » indique qu'il va être plus penché sur le domaine spirituel. Les divinités ont alors une grande place dans ce tome, je les ai vues comme des représentants directs de la nature mais aussi de la vie en général. Il faut savoir lâcher prise, être ouvert à ce qui nous entoure pour pouvoir les voir mais aussi mieux profiter de la vie qui passe, des petites choses qui vont et viennent. Il ne faut pas se laisser guider par son esprit qui cherche toujours à rationaliser. Réfléchir trop semble faire perdre l'aspect magique de la vie. Les drulls et dralas sont des divinités qui existent bel et bien, il n'y a donc aucune trace de foi quelconque. Il faut juste réussir à taire son esprit pour les voir et pouvoir cohabiter avec elles.

Les autres peuples présents sur l'île sont moins pacifiques. Alors que le tome 1 présentait un "ennemi invisible" (une catastrophe naturelle), le tome 2 introduit des ennemis plus tangibles et aux conséquences plus graves. En effet, le tremblement de terre n'a pas fait de blessés mais la guerre n'est pas aussi clémente.

En somme, le tome 1, de part l'isolation du peuple snogard, tournait surtout autour des rapports de l'homme avec la nature, ce qu'elle peut donner mais surtout, ce qu'elle peut reprendre et qu'il ne faut pas considérer comme acquis.
Le tome 2 est une transition et une réflexion sur l'homme face à la différence chez l'autre. Le peuple snogard est un peuple immigré et l'histoire nous montre un peu les différents accueils qu'il peut recevoir, amical ou gréguerre. Il nous montre ce vers quoi l'intolérance peut mener : la violence, la guerre, la mort. A savoir que, pendant une guerre, même si l'on gagne, on perd malgré tout car il y a des blessés, des mots mais aussi des gens profondément marqués par l'horreur de ce qu'ils ont vécu.


En résumé...

Un nouveau coup de cœur. J'ai retrouvé avec plaisir l'univers de Titus. J'ai bien aimé les dinosaures et les nouveaux décors qui viennent agrandir la faune et la flore.
Ce tome met en lumière le cheminement des personnages vers la libération de ce qu'il a de plus nocif dans une société : l'envie de domination, de vengeance, la colère, la guerre, le tout guidé par l'égo. On y voit alors clairement la philosophie de l'auteur, telle qu'il l'avait déjà entamée dans le premier tome. Les personnages évoluent avec les nouveaux peuples, en bien ou en mal, mais il y a toujours un enseignement à tirer. Le changement que les personnages voulaient dans le tome 1 est en marche.


Une citation

Titus (à un drull) : « Mais c'est pas logique, je...
Le drull : Pas logique ? Heureusement encore ! Tu crois vraiment que j'existerais si tout était logique ? » (tome 2, p. 37).


Pour aller plus loin 

mercredi 2 octobre 2013

Le Monde de Titus, tome 1 : L'île aux tortues - Koulou




Synopsis

Titus, Maya et Cyrius sont des jeunes comme les autres. Ils grandissent, font des choix pour leur avenir, aiment s'amuser et, parfois, défient l'autorité des plus anciens. Sauf qu'ils vivent sur une île et semblent appartenir à une époque antérieure à la nôtre.
Tout va bien sur l'île, jusqu'au jour où le Krakatoro, volcan de l'île, entre en éruption et forcent nos amis à quitter leur paradis terrestre. C'est alors que les certitudes se fissurent, la peur risque de créer des conflits. Avant que le pire n'arrive, il semblerait que la seule solution soit la fuite. Il faut construire un bateau pour quitter l'île.


Que dire ?

L'univers de Koulou me plait énormément par son mélange entre la simplicité de son trait et l'originalité de son univers. On y trouve une végétation et des animaux extraordinaires. Simplicité ne veut pas dire pauvreté, bien au contraire ! Les ambiances, les couleurs, les jeux d'ombre et lumières sont magnifiques et vivants.

Cependant, cette BD ne se contente pas d'être jolie à regarder. La vie sur l'île semble idyllique et bien enviable à la nôtre. Pas de pollution, pas de guerre (du moins, très peu, les guerriers n'étant là que pour la protection, pas pour l'attaque). Tout est rose et violette.
Du moins, en apparence. En effet, Maya, seule personnage féminin du trio principal, soulève un problème : en tant que femme, il lui est interdit d'intégrer la confrérie des guerriers-forgerons, alors qu'elle souhaite prendre les armes aux côtés de ses amis. Elle est obligée d'intégrer les prêtres-alchimistes, chose qui ne l'enchante guère car la religion, ce n'est pas sa tasse de thé.
Elle et ses amis tentent de changer ce qui est devenu une tradition, bien qu'aucun texte ne le mentionne de quelque manière que ce soit. En vain. Les anciens restent campés sur leurs idées et les jeunes n'ont pas l'autorisation de participer aux réunions du Conseil. Dur dur de faire évoluer une société qui nous déplait...

On se rend vite compte que la communauté imaginée par Koulou est en fait le reflet de la nôtre, avec les mêmes injustices, les mêmes travers. L'auteur soulève bien des questions, des sujets épineux. La religion et la foi, le sexisme, le rapport à la force, le végétarisme...sont autant de sujets traités en filigrane.

Le danger qui menace nos amis et leur communauté ne sont qu'une occasion supplémentaire de poser quelques réflexions sur l'égoïsme qui prend le dessus en cas de problème, le besoin inutile de rejeter la faute sur autrui pour se rassurer. Pour moi, cet incident est également une métaphore, un moyen d'illustrer une communauté obligée de changer si elle ne veut pas sombrer.

Tout le long de la BD, Koulou ne se contente pas se critiquer crûment, il discute et propose des solutions aux travers de dialogues entre les personnages. De plus, il décore les grandes scènes et dialogues de petites mises en scène comiques (genre deux petits dinosaures qui se chamaillent) comme pour rappeler qu'il ne faut pas oublier les petites choses amusantes de la vie, qu'il faut parfois faire une pause pour admirer ce qui nous entoure. Trop réfléchir, ce n'est pas bon pour le cerveau, ni pour l'égo.

Le porte-parole principal est Titus mais les autres ont chacun leur mot à dire. Titus discute des dieux, du rapport à la violence. Maya souligne le sexisme et la société continuant à perpétrer les mêmes erreurs, par peur du changement et du bouleversement. Cyrius est plutôt celui qui exprime la peur et les inquiétudes des hommes, comme le prouve ce dialogue :

Titus : « Tu sais, comme on y peut rien, ça ne sert à rien de s'inquiéter non ? Eh puis, si on pouvait quelque chose, pourquoi s'inquiéter puisqu'il existerait une solution ?
Cyrius : Euh...Ben oui mais à ce compte là, on ne s'inquiète jamais.
Titus : Et alors, tu y tiens tant que ça ? »

En dehors du trio, la dirigeante du village est celle qui souligne l'entraide et l'union comme source d'accomplissement et de réussite. Ne faisant ni partie des guerriers, ni des prêtres, elle semble être celle qui donne un équilibre à la communauté. Savoir mettre de côté ses idées (religieuses) pour ne se concentrer que sur ce qui importe vraiment.


En résumé...

C'est un coup de cœur, bien évidemment ! Le mélange aventure et philosophie passe très bien et ne se veut pas moralisateur, juste messager d'amour, de paix et de tolérance.
Je devais lire cette BD depuis longtemps car je ne connaissais l'univers de Koulou qu'à travers quelques extraits. J'ai pris un certain plaisir à lire cette BD et à réfléchir sur les pistes données par l'auteur. En gros, c'est KARAAAAAM ! ;)
J'apprécie la façon dont sont tournés les dialogues pour aborder certains sujets : ne pas prôner la violence à tout prix, se tourner un peu plus vers la nature, se questionner sur la religion. D'ailleurs, je me dis que celle de Koulou n'en est pas vraiment une, du moins, pas comme celles de notre société. Selon moi, la religion repose sur la foi en une chose qui ne peut pas être prouvée. Or les drulls existent bel et bien. Que dire de la confrérie des prêtres-alchimistes ? Comment cela va-t-il finir ? A suivre dans le tome 2 !


Une page 

Pour des extraits et croquis en tout genre, je vous conseille de rejoindre le groupe des « Amis du monde de Titus » ou de suivre le blog : http://www.lemondedekoulou.over-blog.com/

samedi 18 mai 2013

Celle que je suis - Vanyda


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Quatrième de couverture

Même si cette année, Valentine n'a aucune copine dans sa classe, elle sait où retrouver les bons amis dont elle partage les centres d'intérêt : au club manga, au hip-hop...Mais si, en plus, cette année, elle retrouvait d'anciennes connaissances ?


Que dire ?

Ce troisième tome prend un tournant intéressant. Bien des choses vont venir alimenter cette année scolaire : le retour de quelques personnages (dont Julie qui va permettre de recréer des liens entre Émilie et Valentine), de nouvelles activités mais aussi de nouveau problèmes. Yamina s'éloigne à cause de son petit ami, des réformes scolaires menacent le fonctionnement de l'établissement, etc...

Après une nuit passée avec un inconnu, Valentine semble être mue d'une force et d'une volonté de vivre nouvelles. La première scène nous la présente en train de réorganiser sa chambre, signe d'un profond changement dans l'état d'esprit de la jeune fille. Son look change encore car elle laisse toujours ses cheveux pousser, elle porte plus souvent des vêtements qui lui vont bien, sans superflu.
Et les choses ne vont pas s'arrêter là ! Valentine s'impose et râle. Elle qui ne s'est jamais ouvertement plaint de quoi que ce soit, la voilà qui exprime son mécontentement de se voir abandonnée par Yamina. La jeune fille au panda montre franchement son envie de prendre les décisions, de choisir plutôt que de subir. Elle finit par servir d'exemple à une camarade de classe, elle aussi en manque de confiance en elle.

Du point de vue sentimental, Valentine n'a pas de quoi s'ennuyer non plus. Entre Félix qui est de nouveau célibataire et un soupirant un peu collant, Valentine finit par trouver une relation fusionnelle auprès d'un ancien camarade de classe. Avec lui, elle va revenir sur ses années de collège et découvrir des qualités qu'elle ne pensait pas avoir. Elle trouve une oreille attentive, une personne qui l'aime pour ce qu'elle est et qui prend plaisir à la voir s'épanouir. Il y a certes quelques moments difficiles mais sans grave conséquence.
Le fait que Félix soit si vite évincé par le nouveau me conforte dans l'idée qu'il s'agissait plus d'une amourette mise en scène pour souligner l'évolution de Valentine qui finit par lâcher-prise le concernant.

Comme je l'ai mentionné plus tôt, Émilie revient dans le groupe. Elle quitte peu à peu son rôle de grande fille qu'elle a endossé à son arrivée au lycée. Elle retourne aux sources, auprès de ses anciennes amies, pour y retrouver une amitié simple et sincère, loin des comédies superficielles des filles de sa classe.

Ce tome (et la trilogie) se finit sur une note légère, un futur prometteur. Valentine se débarrasse de ses derniers démons, de ses derniers souvenirs désagréables.


En résumé...

Ai-je besoin de dire que c'est, une fois encore, un coup de foudre ? J'espère que non, je n'aime pas me répéter ;) Je conseille cette BD à celles et ceux qui aiment les histoires simples, sincères et un style épuré. Le noir et blanc pourrait rebuter certains mais je trouve qu'ici, c'est très bien géré. 
Je sais que certains trouveront cette BD ennuyeuse car elle raconte un quotidien connu de beaucoup de gens. C'est une histoire façon "tranches de vie", je trouve. Mais c'est justement cette proximité avec la réalité qui m'a plu, surtout que je me vois parfois dans le personnage de Valentine. Celleux qui apprécieront cette BD seront sans doute celleux qui, comme moi, se reconnaitront.
Je fais une petite parenthèse sur les couvertures de la trilogie qui résument très bien l'ambiance générale. Tout d'abord allongée par terre sur le tome 1, Valentine semble démunie, un peu perdue, à l'écart de ses amies. Sur le tome 2, elle est assise sur un banc et tourne le dos aux autres personnages représentés. Elle a encore l'air perdue mais le passage de la position couchée à assise est déjà la preuve d'une évolution. Le tome 3 la montre debout, souriante et tenant la main d'un garçon dont on ne voit pas le visage.
Chaque couverture comporte des couleurs différentes : rose pour la première (aspect enfantin), violet pour la deuxième et couleurs plus vivantes pour le troisième. En somme, j'aime ces BDs aussi bien pour l'intérieur que l'extérieur :)


Une page


(Petite parenthèse)

Je souhaite faire une remarque sur la version couleur de la BD. Je trouve cette décision dommage. J'ai déjà pu avoir un aperçu du résultat et il est franchement bon. Ce n'est pas la couleur en soit que je trouve dommage, ce sont les conséquences.

Déjà parce que la trilogie est éclatée en six tomes, au lieu de trois. La trilogie coupe la vie de Valentine selon le rythme scolaire, ce que je trouvais être une bonne idée puisque nous la voyons le plus souvent au collège ou au lycée. C'est ce qui rythme sa vie, je trouvais normal que cela rythme la BD également. Cette division doit être sans doute une décision commerciale. La couleur rend les BDs plus chères, évidemment :/ (ex : le tome 1 en couleur est à peine moins cher que le tome 1 en noir et blanc, alors qu'il représente à peu près la moitié du contenu de ce dernier).

Ensuite, la BD a été renommée. Des trois titres détaillants les trois étapes de l'évolution du personnage, on se retrouve avec "Valentine, tome X". Mouais, je trouve que cela a moins d'intérêt, la BD est complètement recentrée sur Valentine. Certes, elle est le personnage principal mais je trouve que les titres de la trilogie s'appliquent à d'autres personnages (Gaëlle par exemple). Changer de titre efface ces personnages mais aussi cache l'essence de l'histoire (l'évolution d'une jeune fille en recherche d'identité, une fille qui apprend à se connaitre). Je me doute que c'est une volonté de séparer couleurs et noir/blanc. Je rappelle que je ne critique pas cette décision, juste les conséquences.

Enfin, je trouve que la couleur, aussi bonne soit-elle, fait perdre à la BD tout son charme premier. L'aspect noir et blanc est ce qui me plait le plus, je trouve qu'il se suffit à lui-même. Toute sa force réside dans sa capacité à rendre le récit vivant malgré la difficulté du manque de couleur. De plus, cela fait penser à un manga, une des passion des personnages.

Bref, je trouve ça dommage. Même si je ne manquerais pas de m'intéresser à la version couleur, je pense que j'aurais toujours une préférence pour le noir/blanc.


jeudi 9 mai 2013

Celle que je voudrais être - Vanyda



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Quatrième de couverture

Valentine est maintenant au lycée et son groupe de copines est dispersé dans différentes classes. Elles se font toutes de nouveaux amis, chacune de son côté. C'est peut-être l'occasion de faire de nouvelles rencontres, voire de se rapprocher de Félix...


Que dire ?

Deuxième tome de la trilogie. Nous y retrouvons Valentine, toujours un peu mal dans sa peau et passive mais avec une évolution.
Pour l'ambiance générale, on continue à voir les aller et venues des différents personnages, on les voit monter des projets mais aussi gérer des situations parfois dures, comme le racisme.

Le groupe d'amies va évoluer également, chacune ayant des envies et des passe-temps différents. Yamina va fonder un club de mangas et se faire de nouveau ami(e)s, Julie reste coincée au collège pour redoubler sa troisième, Émilie devient trop arrogante et préfère traîner avec quelques filles de sa classe. Valentine, de son côté, retrouve d'autres connaissances du collège, avec qui elle va créer des liens assez forts et une amitié plus épanouissante qu'avec le quatuor.

En effet, après des vacances ennuyeuses au possible, bien qu'apeurée de se retrouver sans ses amies dans sa classe, on va très vite voir les avantages de cet éloignement : Valentine va apprendre à s'imposer, à faire entendre sa voix, à voir la vie autrement...bref, à être elle-même.
Elle va se faire d'autres amies et commencer à être indépendante. Elle va mettre de côté les préjugés et habitudes du collège pour commencer une vie plus mature, où elle va aller vers les autres, préférer la compagnies de gens différents mais intéressants. On la voit sourire plus souvent, prendre les devants mais aussi ne plus se laisser faire pas les petites pestes qui lui faisait des misères au collège (et un coup de coude dans le nez, un !). Il arrive parfois où elle reste la jeune fille du collège mais cet aspect de sa personnalité disparaît peu à peu, jusqu'à la fin du tome où un événement va la faire basculer dans une vie où elle refuse d'être passive et de subir. Ce changement se remarque sur son physique. Valentine se laisse pousser les cheveux et perd l'aspect de vilain petit canard qu'elle avait avant.
Les sentiments de Valentin envers Félix restent les mêmes, du moins au début. La découverte d'une petite amie va venir changer la situation dans le bon sens. Bien qu'attristée de voir Félix avec une autre, cela va pousser Valentine à sortir de l'ombre, à se mettre en avant et à parler à l'élu de son cœur. C'est maladroit parfois mais un petit pas pour l'homme, un grand pas pour Valentine ! De plus, l'histoire avec Félix reste au second plan et n'est à mes yeux qu'un prétexte pour appuyer l'évolution du personnage de Valentine.

Le style de l'auteure passe mieux que la première BD, l'habitude peut-être. On retrouve les mêmes ambiances et la facilité à faire passer un message sans la moindre bulle de texte. On a plus souvent droit à des ambiances sombres, dans la pénombre. La BD gagne en maturité, elle aussi.


En résumé...

Une BD toujours aussi plaisante, à garder dans les coups de foudre ! J'ai pris un certain plaisir à voir Valentine avancer doucement sur le chemin de l'adolescence. C'est à la fois doux et terriblement vivant.

Une page

jeudi 21 mars 2013

Celle que je ne suis pas - Vanyda

Ce blog ne devait contenir que des articles sur les romans mais après mûre réflexion, ayant autant de BD que de romans dans ma bibliothèque, j'ai décidé d'aborder les deux.

La BD que je vais aborder aujourd'hui est le premier tome d'une trilogie pour laquelle j'ai eu un coup de cœur il y a environ un an. J'ai attendu un moment avant de l'acheter, pour voir si j'en avais vraiment envie ou si c'était juste une passade. Ne trouvant jamais les trois tomes ensemble (et ne voulant pas acheter le pack qui coûter plus cher), j'ai toujours repoussé l'achat. Jusqu'à ce que mon chéri finisse par me les offrir <3
 



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Quatrième de couverture

Valentine a 14 ans et aime Félix en secret. Personne ne s'en doute. Normal, même dans son groupe de copines, Valentine a du mal à être elle-même.


Que dire ?

Le style de l'auteure est à la fois un point fort et un point faible. De mon point de vue, il est simple et manque parfois de détails au point qu'il m'est arrivé de confondre certains personnages car leur visage n'était pas assez différent.
Cependant, je trouve que cela passe quand même car le message de l'autrice reste universel : elle nous raconte la vie d'une adolescente un peu perdue, qui a du mal à s'imposer. Le genre d'histoire qui parle à beaucoup de gens car, qui ne s'est jamais senti mal dans sa peau ?
Le manque de couleurs donne un aperçu triste au début, ce qui souligne la mélancolie de l'héroïne. Malgré tout, l'autrice sait jouer avec les ombres et lumières pour rendre ses pages vivantes et faire passer des émotions. Il arrive que plusieurs pages soient sans texte, les images se suffisent à elles-même.

J'aime beaucoup le personnage de Valentine, une élève qui entre en troisième. Elle aime les pandas, les mangas et écoute un peu toute sorte de musique. C'est une jeune fille simple, ouverte et honnête., quoi qu'un peu timide. Ce premier tome la montre effacée et incapable de s'imposer malgré ses qualités.
Après plusieurs années de cours de gym, elle est très souple physiquement, ce qui fait écho à une certaine souplesse psychologique. Elle se laisse facilement mener par les autres, n'ose pas dire ce qu'elle pense et préfère se taire plutôt que de déclencher des disputes. Même si elle fait partie du groupe, elle est plus souvent spectatrice qu'actrice de ce qui s'y passe. Elle est relativement passive dans l'ensemble mais il lui arrive de donner de la voix quand le besoin se fait sentir. Dans l'ensemble, elle est plus posée et mature que la plupart de ses camarades.

Le groupe compte également Yamina, une fille d'origine arabe, et Julie, qui a un an de moins après avoir sauté une classe. Le tout donne un mélange culturel intéressant et des mentalités bien distinctes. Même si Émilie se la joue meneuse du groupe, elle donne l'impression d'être immature, de toujours se reposer sur les autres et de ne se porter responsable que quand ça l'arrange. Elle est également superficielle. Cependant, avec le temps, on se rend compte qu'un caractère aussi fort cache une certaine fragilité. Yamina et Valentine s'entendent bien (surtout quand il s'agit de parler mangas !) et semblent être celles qu'on écoute plus facilement lors de conflits . Quant à Julie, elle m'a fait l'effet d'une copie d'Émilie, ce qui finit par lui jouer des tours en mettant sa scolarité en péril.

Valentine aime Félix, un garçon de son âge. Avant de lire cette BD, j'avais peur que cela ne tourne à l'eau de rose et que toute l'histoire ne tourne qu'autour de cette romance. Très vite, mes peurs se sont envolées : Félix n'apparait que très peu, le plus souvent dans les rêveries (assez amusantes) de Valentine. Il reste en arrière-plan et on n'apprend pas grand chose de lui, ce qui sous-entend que Valentine ne le connait pas vraiment non plus. Même s'il est le genre de garçon sympathique, j'en suis venue à me demander ce qu'elle pouvait bien lui trouver. L'amour a ses raisons...

L'histoire générale, découpée en chapitres, ne se concentre pas uniquement sur la vie (sentimentale) de Valentine, qui semble plutôt calme, mais sur son groupe d'amies. En somme, on nous offre une série de petites histoires qui reflètent la vie des adoslencents de leur âge, entre les profs que l'on ne supporte pas, les garçons, les conflits avec les autres élèves, les questions sur l'avenir professionnel, les soirées entre amis, les parents qui ne nous comprennent pas, l'alcool, la cigarette, la drogue...


En résumé...

Un coup de foudre ! Je sais que certaines personnes ont trouvé cette BD ennuyeuse, à cause du manque d'action. Je trouve que c'est compensé avec un rythme continu de petites histoires, baignées dans de l'humour simple, une douce mélancolie et des thèmes qui n'ont pas cessé de me rappeler mes propres années de collège.


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