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mardi 8 octobre 2024

Vite fait, bien fait #3 : Les femmes en dehors du couple

Bonjour, bonsoir, salutations 👋

Moins d'un an depuis le dernier article, un record je pense ! 😂

Pour l'occasion, je lance un nouveau type de libellés : les thèmes. Je trouve ça pratique de pouvoir retrouver tous les ouvrages d'un même genre, j'aime bien aussi l'idée de trouver tous ceux qui traitent d'un même sujet (mais différemment). Je ne pourrais pas tout mettre dans le cas des articles "Vite fait bien fait" car le nombre de libellés est limité, mais j'essaierai d'en mettre le plus possible. Il me faudra aussi un peu de temps pour rajouter les thèmes des articles précédents (je pense faire de même pour les TW, comme dans cet article). Vous retrouverez l'encadré correspondant aux thèmes sous celui consacré aux genres littéraires.

Et sans plus attendre, on passe au sujet du jour : les femmes célibataires dans la fiction littéraire. Ça fait très longtemps que je pense rédiger un article là dessus, les ouvrages dont je vais parler sont en pile, m'attendant sagement, depuis des semaines voir des mois (les pauvres) ! Le jour est enfin arrivé !

Pourquoi ce sujet, déjà ? Pour faire court, c'est dans une démarche de déconstruction de genre et de représentation. Les personnages féminins sont souvent mis en scène en étant ou finissant en couple (le plus souvent : exclusif avec un homme) à la fin de l'histoire. C'est un schéma récurrent, issu de notre culture qui nous berce depuis toujours avec ce genre de récits. Une femme qui est seule est souvent décrite comme malheureuse et elle trouve le bonheur dans la vie conjugale, comme si ce n'était pas possible d'être heureuse autrement. Iels furent heureux'euses et eurent beaucoup d'enfants...

Évidemment, cette vision stéréotypée ne vient pas de nulle part, ce n'est que le reflet de notre société sexiste, qui attend de la femme à ce qu'elle se mette en couple (dans l'idéal, pour faire des enfants et s'occuper de son mari). Dans la vie de tous les jours, les femmes (ou personnes perçues comme telles) qui n'aspirent pas à une vie de couple bien rangée, sont souvent mal vues et jugées ; on les accuse d'être instables/irresponsables/égoïstes (et je ne liste là que les accusations les plus polies), on les désigne comme responsables de l'effondrement de notre société, on les accable de prévisions funestes, leur disant que "attention, elles vont finir vieille fille avec pleins de chats" (alors que bon, vivre dans une maison remplie de chats, soyons sincères, est-ce que ce n'est pas la définition même du bonheur ? 🤔).

Une fois qu'on sait ça, on ne s'étonne pas du manque de (bonne) représentation et d'histoires qui déconstruiraient un peu tout ça et dans lesquelles elles pourraient se retrouver. Ça existe mais j'ai l'impression que ce n'est pas souvent mis en avant, que ça manque de variété de modèles et d'histoires, qu'il y a un déséquilibre entre les histoires où les femmes sont en couple et les histoires où elles font autre chose.

Donc voilà ma petite contribution : 5 lectures (livres et BD) qui mettent en scène un personnage féminin qui fait autre chose que de courir après l'amour, qui se retrouve piégée en voulant entrer dans le moule et/ou qui vit avec des chats (non mais vraiment, but ultime de la Vie, non ?).
Pour cette article, je vais me concentrer sur les femmes en dehors du couple en général mais je ferai sans doute un autre article sur les femmes en dehors du couple hétéro-normé.



 Couverture Tant pis pour l'amour : Ou comment j'ai survécu à un manipulateur 

Tant pis pour l'amour - Sophie Lambda

TW : emprise, manipulation, pervers narcissique, violence verbale, harcèlement

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu'il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu'à quand ? Sophie aime un manipulateur narcissique.

On commence l'histoire qui peut être un peu difficile à lire. Le personnage principal se retrouve victime d'un pervers narcissique. On suit alors toute l'histoire, de la rencontre à la séparation, en passant par les mensonges, la manipulation, les crises de colère, la destruction de son estime d'elle-même. La fin nous donne aussi des informations sur comment se défaire d'un pervers narcissique, comment se protéger du harcèlement de ce dernier et ses tentatives de "récupérer" sa victime si celle-ci tente de s'enfuir, comment se faire aider si on n'y arrive pas seule.
C'est une vraie boite à outils. C'est une BD que j'ai envie de mettre entre toutes les mains de personnes ayant été victimes elles aussi, et en même temps je sais d'expérience que la lecture peut être un peu dure. Personnellement, me retrouver autant dans l'histoire, me dire "mais merde, moi aussi j'ai vécu ça" a été un choc, même c'était une prise de conscience nécessaire.

Si je la mets dans la liste, c'est parce qu'elle vient déconstruire un des mythes autour des relations : qu'il faudrait tout accepter par amour. Cette Bd est un bon exemple du "Il vaut mieux être seul'e que mal accompagné'e". Il est OK d'avoir des moments difficiles et des disputes mais il est dangereux de fermer les yeux sur les "red flags" (littéralement "drapeaux rouges, cela désigne les indices qui montrent que la relation est toxique, problématique).
Je l'ai mis aussi parce qu'on voit le personnage se reconstruire et apprendre l'importance de s'aimer soi-même plutôt que de chercher quelqu'un pour le faire à notre place, trouver de l'affection et de l'amour auprès d'autres personnes comme ses ami'es, sa famille, ou de la sororité de la part des autres victimes de son ex. Je trouve important de mettre ces formes d'amour en avant, histoire que l'amour romantique descende un peu du pied d'estale où on a tendance de le mettre.

 

Konbini/La fille de la supérette - Sayaka Murata

TW : manipulation

Depuis l’enfance, Keiko Furukura a toujours été en décalage par rapport à ses camarades. À trente-six ans, elle occupe un emploi de vendeuse dans un konbini, sorte de supérette japonaise ouverte 24h/24. En poste depuis dix-huit ans, elle n’a aucune intention de quitter sa petite boutique, au grand dam de son entourage qui s’inquiète de la voir toujours célibataire et précaire à un âge où ses amies de fac ont déjà toutes fondé une famille. En manque de main-d’œuvre, la supérette embauche un nouvel employé, Shiraha, trente-cinq ans, lui aussi célibataire. Mais lorsqu’il apparaît qu’il n’a postulé que pour traquer une jeune femme sur laquelle il a jeté son dévolu, il est aussitôt licencié. Ces deux êtres solitaires vont alors trouver un arrangement pour le moins saugrenu mais qui leur permettra d’éviter le jugement permanent de la société. Pour combien de temps…

J'ai lu une critique de ce livre disant qu'il était dommage que Keiko soit associale et sans empathie, que ça lui donnait une apparence de "psychopathe" et qu'il aurait été plus intéressant d'avoir une femme "normale" qui ne trouverait juste pas d'intérêt dans la vie de couple.
Je suis d'accord sur le fait que ce genre de représentation manque, mais personnellement, j'ai l'impression qu'il s'agit plutôt d'une personne neuroatypique (autiste peut-être ?) et asexuelle, qui ne comprend pas les codes, ne sait pas les appliquer et ne voit pas d'intérêt à le faire si ça ne fait pas sens pour elle. Or, il s'agit là de représentations qui manquent tout autant, si ce n'est plus. Il n'aurait pas été inintéressant de suivre une personne atteinte de psychopathie également.
De plus, le fait d'être neuroA témoigne d'un esprit qui réfléchit autrement, ce qui semble cohérent avec le fait de ne pas voir d'intérêt dans la vie à deux. Rien n'est dit clairement dans le roman, c'est un défaut que je lui trouve, mais ça reste à mes yeux une représentation réaliste.

Ce que je trouve intéressant, c'est que le personnage ne souffre absolument pas de ce qu'elle est, elle ne souffre pas d'être célibataire, être en couple ne l'intéresse pas. Dès le début, on la voit très heureuse à travailler dans son konbini, avec un rythme de vie qui lui convient, avec un but dans la vie. Cependant, elle sent bien qu'on attend des choses d'elle et elle se retrouve en difficulté face à la conformité et la pression qu'on lui met pour être "normale". C'est le fait de chercher une combine pour se soustraire à la pression sociale (surtout familiale) qui va la pousser dans une situation compliquée et potentiellement dangereuse. 


Couverture Mon chat, ma cuisine et moi 

Mon chat, ma cuisine, et moi - Han Hye Yeon

TW : nourriture

Jeanne est une jeune femme moderne qui vit seule avec ses trois chats. Elle vient d’être licenciée mais refuse de se laisser abattre. Jeanne affronte le quotidien à l’aide de ses chats et avec les douceurs qu’elle prépare tranquillement dans sa cuisine. À chaque événement, un dessert est associé. Un jour, elle s’inscrit à une formation pour devenir pâtissière. Un nouvel horizon s’ouvre devant la jeune femme… UN QUOTIDIEN CHAT-VOUREUX !

On a là une petite BD feel good, où chaque chapitre est l'occasion de présenter une recette. On suit Jeanne qui cherche à se reconvertir, et dont le quotidien est ponctué par les bêtises de ses chats ou des moments passés avec des ami'es et de la famille (encore une fois, c'est chouette de voir ces formes d'amour et qu'elles ne soient pas secondaires).

À un moment, elle croise son ex copain, mais c'est assez anecdotique vu qu'iels se sont quitté'es en bons termes et iels se revoient à l'occasion d'une réunion d'ancien'nes élèves. Elle est moins inquiète à l'idée de le revoir que par ce que le gens pourraient imaginer en fonction du gâteau qu'elle fera. Je trouve ça cool de voir une relation finie sans animosité. 

Bonus chat en fin de BD, avec des petites histoires sur comment l'autrice a recueilli les siens.


Couverture Elle et son chat (manga) 

Elle et son chat - Makoto Shinkai (scénario) et Tsubasa Yamaguchi (dessin)

TW : Sentiment dépressif, anxiété sociale

Chobi savoure sa vie de chat auprès de la maîtresse qui l'a recueilli, une jeune femme connaissant à la fois les avantages de l'indépendance et les affres de la solitude. Les yeux du félin assistent à ce quotidien qui s'écoule lentement, oscillant entre moments chaleureux et moments teintés d'amertume, entre jours de soleil et jours de pluie.

Ici, nous pourrions avoir deux ouvrages à commenter, puisqu'il s'agit du manga adapté du roman éponyme, mais je n'ai pas lu ce dernier, pour le moment. 

On suit le quotidien d'une jeune femme au travers des yeux de son chat. On y voit les bons comme les mauvais moments, surtout les mauvais à vrai dire. L'histoire me laisse le sentiment d'être face à une personne qui perd peu à peu pied, à cause de la pression de son travail et l'anxiété de voir le monde évoluer alors qu'elle a le sentiment de faire du surplace. On peut déceler des signes de dépression et/ou de burn-out.

C'est finalement son amour pour son chat et son sens des responsabilités vis à vis de lui qui lui permettront de remonter la pente et de demander de l'aide.

 

Couverture La gameuse et son chat, tome 1 

La gameuse et son chat - Wataru Nadatani

Kozakura, 29 ans, célibataire et fière de l'être. Son but dans la vie : consacrer la moindre minute de son temps libre aux jeux vidéo. Mais voilà qu’un nouveau joueur fait son apparition dans sa vie : un petit chat tout ce qu’il y a de plus réel, qui va bien l'occuper entre deux parties… Car cohabiter avec un félin plein de vie, ce n’est pas pour les petits joueurs, et la gameuse va le découvrir à ses dépens !

On termine cet article sur mon petit chouchou de la liste. En même temps, je suis un'e gameur'euse et jusqu'à récemment, j'avais un chat noir et blanc comme Omusubi (le chat de la jaquette), je ne suis pas certain'e d'être objectif've 😏 

J'ai un peu de mal à comprendre la phrase de quatrième de couverture disant "célibataire et fière de l'être", puisqu'à aucun moment il n'y a de réflexion sur son célibat (sauf de la part de quelques collègues, en arrière-plan). Elle est plus fière d'être gameuse qu'autre chose. Et dans son domaine, c'est une hard gameuse, une personne qui finit les jeux à 100%, qui achète les versions collector de ses jeux favoris et qui peut passer des heures à peaufiner sa technique.

Le manga a une atmosphère très cool, avec des personnages enthousiastes et débordant d'énergie. Le jeu vidéo est montré avec beaucoup de respect, je trouve, on est loin du stéréotype de gamer associal qui ne sort jamais de chez lui. Je ne me suis pas senti'e gêné'e par la représentation qui est donnée, au contraire, je me suis même plutôt bien identifié'e sur certains aspects, comme l'incompréhension par les personnes non initiées ou la frustration de refaire une partie parce qu'on a perdu une sauvegarde !

J'ignore si ce manga peut plaire à des personnes qui ne s'intéressent pas un minimum aux jeux vidéo, mais en tout cas, tous les termes en lien avec le sujet sont expliqués. J'ai tiqué sur certains, car beaucoup sont en anglais et j'ai l'habitude de les croiser en français (peut-être qu'au japon, on les utilise tous en anglais ?). Je me dis que le jeu vidéo sert de support comique (une personne experte dans un sujet, novice dans un autre, qui va user de ses connaissances dans le premier pour apprendre dans le second) mais peut-être que ça peut servir de porte d'entrée pour découvrir cet univers et ce qu'il peut apporter.

lundi 11 mars 2019

Vite fait, bien fait #2 : spécial littérature (de ma) jeunesse - partie 2

Salutations :)

Avec la Journée Internationale des Droits des Femmes qui est récemment passée, je me suis dit qu'il était plus que temps que je poste la suite du « Vite fait, bien fait "spécial littérature (de ma) jeunesse" - partie 1 ».

Dans l'article cité ci-dessus, j'avais commencé une série de livres comprenant des personnages féminins intéressants (pour plus de détails, je vous invite à aller voir l'article en question, si vous ne l'avez pas déjà lu ou si vous souhaitez vous rafraichir la mémoire).

(Oui, en 2019, je reprends le vouvoiement, allez savoir pourquoi...)

À la fin de l'article, j'avais constaté que les 5 romans que je présentais proposaient des petites filles pouvant être têtues, capables de prendre les devants malgré leur timidité mais j'ai l'impression que ces filles restent tout de même assez dociles, gentilles et leur qualité principale (dans le sens « ce qui les qualifie le plus », le trait de caractère majeur) est l'empathie, le bon cœur, bref les bons sentiments.
Leurs histoires tournent autour de leurs actions visant à améliorer le quotidien de leurs proches (Paola souhaite aider Lou, Caribou aide les habitants de son village, les jumelles souhaitent que leurs parents se remettent ensemble, idem pour Prune et Anna fait de son mieux pour que son oncle soit de nouveau intégré à sa famille). Donc, au final, ces petites filles endossent un peu le genre de rôle qu'on attribue souvent aux femmes, celui de « l'infirmière », et elles ont des qualités qu'on attribue souvent au genre féminin (empathie, écoute, douceur, patience, etc).

Pour contrebalancer un peu tout ça, cet article va se concentrer sur des personnages principaux ayant des traits de caractère plus prononcés et pouvant adopter des comportements qui sont plus discutables.


1 – Le fauteuil de grand-mère, de Charlotte Herman

Sheila est furieuse. Elle doit partager sa chambre avec sa grand-mère, qui ne peut plus vivre seule. Puis, avec le temps, elle va apprendre à connaître cette grand-mère qui sait beaucoup de choses et qui a tant à partager. Elle va aussi se rendre compte que sa grand-mère est bien malheureuse et va tenter de l'aider de son mieux. Mais ses idées ne sont pas toujours appréciées...
Au début, quand j'ai relu ce roman, je me suis dit que Sheila restait un personnage classique, qui souhaitait le bonheur des autres sans forcément penser au sien en premier lieu (un peu comme Prune et Anna, vues dans le précédent « Vite fait bien fait »).
Puis, je me suis rendue compte que le roman contient principalement des personnages féminins : Sheila, sa mère, sa sœur, sa grand-mère, sa meilleure amie, etc. Et ce sont les relations et interactions entre ces personnages qui sont intéressantes (celle que je préfère est celle entre Sheila et sa grand-mère, celle qui est au cœur du roman ; toutes deux ont beaucoup d'affection l'une pour l'autre).
La grand-mère se montre très têtue, a un caractère très indépendant, elle crie parfois et se dispute avec sa fille, fait des cachotteries. Elle passe beaucoup de temps à transmettre ce qu'elle sait (la cuisine, le jardinage ou simplement son expérience de la vie) surtout dans le but d'avoir des moments privilégiés avec ses proches.
Sheila, de son côté, est une fille très curieuse au point de lire le journal intime de sa grande sœur, ce qui est une intrusion à l'intimité de celle-ci. Elle se montre souvent réticente à réaliser les tâches ménagères et préfère développer son imagination. Elle est aussi colérique, parfois vulgaire, ne porte que des pantalons (détail qui a son importance dans un passage du roman).
Muriel, la grande sœur, est également une forte tête. Du haut de ses 15 ans, elle n'a pas peur de dire ce qu'elle pense, passe beaucoup de temps à écrire et s'intéresse à la politique au point d'avoir des affiches de politiciens dans sa chambre (plutôt que des groupes de musique célèbres) et d'envisager une carrière en tant que sénatrice ou députée.


2 – Les enquêtes de Mac et Maribé, les seuls détectives qui ne travaillent que pendant les vacances scolaires, de Giorda

Ce roman est un ensemble de courtes histoires tournant autour d'aventures, de mystères et d'enquêtes, un peu comme le club des cinq.
Tout commence avec Mac, diminutif de Maxime, qui passe ses vacances à la mer. Suite à une mésaventure sur la plage, il va faire la connaissance de Marie-Béatrice, très vite surnommée Maribé. Cette jeune fille est une détective en herbe et Maxime va être un excellent assistant.
Même si les histoires sont toujours racontées du point de vue de Mac, c'est tout de même Maribé qui est au cœur de l'action ; Mac l'observe le plus souvent et témoigne son admiration devant les capacités de déduction de son amie. Si Mac finit par développer des capacités d'analyse à son tour, il admet lui-même que c'est à force de regarder et d'écouter son amie. Maribé ne tire pas de fierté de ses capacités et encourage même son ami à faire comme elle.
Étant donné que, pour des enfants, il est difficile de mener l'enquête, nos deux ami·e·s vont régulièrement devoir mentir, tricher, se servir des adultes pour arriver à leurs fins.
Le seul défaut que je trouve à ce roman, c'est le manque de développement des personnages. Tous deux manquent de profondeur par manque de background. Dans un sens, je me dis que ce qu'iels font en dehors de leurs vacances ne les définit pas mais je trouve tout de même que ça manque un peu de détails. Pourquoi Maribé aime-t-elle tant enquêter ? Quand et comment a-t-elle commencé ?


3 – Le jardin secret, de Frances Hodgson Burnett

Mary, seule survivante d'une épidémie de choléra en Inde, va se retrouver en Angleterre pour y vivre dans le manoir d'un oncle dont elle n'a jamais entendu parlé. Dans cette grande demeure un peu triste, elle va d'abord se sentir perdue mais va découvrir bien des secrets, dont un immense jardin fermé depuis la mort de sa tante.
Mary est un personnage que j'aime tout spécialement, à cause de son développement tout le long du roman. Au début, elle est têtue, égoïste, colérique, vulgaire, raciste. Cela n'a rien de bien réjouissant mais tout un contexte est donné pour expliquer pourquoi elle est ainsi : délaissée par ses parents, souvent seule aux soins d'une nounou, on accepte tous ses caprices pour qu'elle ne fasse pas de crises de nerf. La mort de ses parents va d'ailleurs peu la toucher, tellement elle était déconnectée de ces derniers. C'est au contact de personnes franches et aimantes qu'elle va se rendre compte de sa méchanceté et va commencer à adopter une attitude plus respectueuse, jusqu'à prendre soin d'autres personnes à son tour...sans pour autant se défaire de son caractère têtu. C'est son développement qui est au cœur de l'histoire.
C'est un bon exemple de ce que j'ai appris en grandissant, notamment à travers ce roman : personne n'est réellement méchant par nature. C'est souvent lié à l'environnement dans lequel une personne grandit : le lieu où elle vit, les gens qui l'entourent, les émotions et sentiments avec lesquels elle est le plus en contact. Dans un environnement violent, l'enfant puis la personne intègre un comportement identique. Aussi, Mary pense qu'il est normal de s'énerver à tout va, d'insulter, de crier quand on n'a pas ce qu'on veut car elle a toujours fait ainsi et personne ne lui a opposé une autre vision des choses, une autre façon de s'exprimer. Aussi, je trouve que ce livre est un bon exemple d'empathie car on se retrouve à suivre une personne qui agit mal, sans se rendre compte que c'est mal, et on apprend à connaître cette personne pour comprendre pourquoi elle agit ainsi.
Le deuxième atout majeur de cette histoire, c'est le rapport avec la nature. Le roman est truffé de longues descriptions de paysages, de landes, de jardins fleuris. Les parfums, les couleurs, les sons, les matières, autant de détails qui nous plongent dans un univers presque magique. Le roman est une véritable déclaration d'amour pour la nature, les animaux et les paysages sauvages d'Angleterre.


4 – La révolte de 10X, de Joan Davenport Carris

Taylor est effondrée depuis le décès de son père. Sa mère et elle sont obligées de déménager dans une maison plus petite, pour des raisons financières entre autres. Le seul réconfort de la jeune fille est 10X, l'ordinateur que son père et elle ont construit ensemble.
Très vite, son chagrin va se changer en révolte : elle déteste son nouveau quartier (récemment construit), sa nouvelle maison, ses voisins et même 10X qui est le dernier souvenir qu'il lui reste de son père. Elle va alors découvrir que 10X est capable de contrôler le système électrique de sa nouvelle maison. Il lui est alors possible de couper le courant, le rallumer, faire disjoncter les appareils, etc. Elle va alors se servir de son ordinateur comme d'une arme, pour mettre la pagaille dans cette maisons qu'elle déteste, pour punir sa mère d'avoir voulu déménager. Cette décision de s'en prendre à son entourage ne sera pas sans conséquence, allant jusqu'à gâcher de la nourriture, risquer d'infliger une grave brûlure à une tante qu'elle n'apprécie guère (j'avoue que la tante en question est insupportable, mais quand même !) et de mettre les nerfs de sa mère à rude épreuve, alors que celle-ci fait tout pour garder la tête hors de l'eau et aller de l'avant.
Le roman est parsemé de quelques réflexions intéressantes du point de vue féministe (là encore, la plupart des personnages sont des femmes ou des jeunes filles) mais son intérêt principal est qu'il traite du décès et de la difficulté de faire son deuil, les différentes étapes par lesquelles on passe (le chagrin, la colère, l'acceptation) et donne quelques conseils pour faire face à ce genre d'événements : changer de cadre, ne pas se renfermer sur soi, chercher du réconfort auprès de ses proches, commencer une nouvelle activité, etc.


5 – Vas-y Claire !, de Marie-Christine Helgerson

Claire aime courir. Mais en 1898, les jeunes filles portent corset, bottines, robes à volants...Tout un attirail qui entrave le corps et l'empêche de se mouvoir librement. De plus, l'idée même qu'une fille puisse se passionner pour une activité physique, cela étonne voire scandalise plus d'une personne de son entourage, à cette époque où les femmes n'avaient même pas le droit de vote.
Mais Claire est têtue. Elle a un objectif, qu'elle souhaite réaliser avec sa nouvelle amie Élizabeth : une course de vitesse jusqu'en haut de la Tour Eiffel !
Ce roman comporte beaucoup de personnages féminins, y compris un groupe de suffragettes (groupe de femmes militant pour le droit de vote). Les interactions entre elles et Claire soulignent les idées de l'époque (« une femme qui court, qui puisse transpirer, mon dieu, c'est moche, quelle horreur ! », ce qu'aujourd'hui on pourrait appeler du « sexisme intériorisé », même de la part des suffragettes qui estiment que le droit de vote est important, le sport non) et en même temps, il met en lumière les changement qui commencent à opérer à cette société (« c'est moderne, c'est léger, c'est synonyme de liberté »). Aussi, Claire va devoir tenir tête à la plupart d'entre elles (en plus des personnes masculins, mais pas sûre que ce soit nécessaire de le préciser) : sa mère, son amie, ses professeures et la directrice de son école, les clientes pour lesquelles elle fait des livraisons en courant, etc. Avec le temps (et beaucoup de détermination et de passion), elle va pousser son entourage à se remettre en question : la directrice va autoriser une tenue plus agréable à porter pour le sport, la patronne styliste de sa mère va commencer à imaginer une collection de vêtements sportifs pour les femmes.


En conclusion à tout cela, on peut remarquer que les filles de ces romans ont tendance à être têtues, colériques, à faire preuve d'un sacré caractère. Elles peuvent mentir, se venger sur autrui, faire intrusion dans la vie privée de quelqu'un, remettre en question le fonctionnement de la société...Des comportements qu'on attribue plus facilement à des garçons.
Mon but au travers de la présentation de mes romans de jeunesse n'est pas de dire « il ne faut que des personnages ayant un caractère fort et révolté ». Je ne souhaite pas faire l'éloge de certaines qualités au détriment des autres. Je pense, au contraire, qu'il faille de la diversité pour offrir le plus de représentations possibles. C'est pourquoi j'ai décidé de mettre en avant des romans où les filles parviennent à s'en sortir de diverses manières : en faisant preuve d'empathie ou de caractère, en communicant avec les autres ou en leur cachant des choses, en s'exprimant calmement ou en criant...

On pourrait penser que, aujourd'hui, avec l'avancement des droits des femmes, la littérature jeunesse offrirait multiples personnages intéressantes dont on pourrait s'inspirer (ce que dément la vidéo dont j'ai parlé dans la première partie de cet article).
Or, me replonger dans mes romans jeunesse me fait prendre conscience que cela fait longtemps que des auteurs et autrices proposent ce genre de personnages et qu'ils ont jalonné mon enfance et ont sans doute construit la personne que je suis aujourd'hui (ce sont les romans qui m'ont le plus marquée et je les ai encore en ma possession aujourd'hui tellement j'y suis attachée). Ai-je eu de la chance de tomber sur ces romans ? Ou y en a-t-il plus qu'on ne le pense, ils manquent juste de visibilité ? Je ne sais pas trop, sans doute un peu des deux.

On peut étendre cette réflexion à la représentation de toute autre minorité : personnes racisées, communauté LGBT+, personnes handicapées... Aussi, j'ai pour but de chercher à diversifier mes lectures, à rechercher des sujets rarement abordés (ou mal présentés) et de me concentrer sur ces lectures pour mon blog à l'avenir.

C'est ici que ce termine cet article. J'espère que cela vous a intéressé ^^ 
Connaissiez-vous ces romans ? Ont-ils fait partie de votre enfance ?Quel souvenir en avez-vous gardé ?

samedi 16 juin 2018

Vite fait, bien fait #2 : spécial littérature (de ma) jeunesse - partie 1


Salut à vous !

Il y a quelques années, je suis tombée sur une vidéo où l'on voyait une femme et sa fille faisant un tri parmi un grand nombre de livres pour enfants et adolescents (dans une librairie, je crois?), mettant de côté ceux où :
  • il n'y avait pas de filles ;
  • les filles ne parlaient pas / n'avaient pas de noms ;
  • une fille n'était pas le personnage principal ;
  • les filles n'avaient pas d'autre but que de trouver l'amour (orienté « hétérosexuel », le plus souvent) ;
  • etc (je ne me souviens pas de tout et je ne retrouve pas la vidéo).
À la fin de ce tri, il ne restait presque plus de livres sur l'étagère. J'ai été un peu étonnée de ce résultat, même si je me doutais que la littérature jeunesse, comme les jouets, ne proposait pas aux petites filles beaucoup de modèles sortant des stéréotypes de genre.
Comme je ne correspond pas vraiment aux stéréotypes en question, je me suis jurée de jeter un œil à mes lectures de jeunesse et d'adolescence, pour voir quels ont été les livres qui m'ont le plus marquée et si ces derniers comportaient des personnages féminins intéressants.

Parmi ceux que j'avais encore sous la main (ma mère en a vendu une bonne partie aux marchés aux puces), j'ai retrouvé un bon nombre de livres où le personnage principal était une fille, avec du caractère, des objectifs, des défauts, etc. Bref, des personnages qui, dans mes souvenirs, étaient bien construits. D'autres romans avaient des personnages féminins secondaires également marquants.
Je pense que j'ai eu la chance d'avoir une mère qui ne rentrait pas vraiment non plus dans les normes, qui m'a encouragée dans mes lectures et m'a toujours laissé le choix de ces dernières, dès que j'en ai été capable.

Je vais donc te présenter les livres en question, dans l'ordre où je les ai relus.

ATTENTION : il y aura du spoil dans ce qui va suivre !

Couverture Clair de loup

1 – Clair de loup, de Thierry Lenain
Paola passe tous ses étés avec ses parents, dans la maison de sa défunte grand-mère. Dans le village vit un couple, M et Mme Gaillard, qui accueille régulièrement des enfants orphelins. Un jour, Lou, un garçon pas comme les autres, arrive. Il est renfermé, agressif et pour cause : il a été élevé par une louve ! De plus, sa présence pousserait les loups à se rapprocher des villages, à être moins craintifs des humains et à s'attaquer aux troupeaux. Du moins, c'est ce que racontent les rumeurs...
Paola est une petite fille vive, curieuse et assez têtue. Elle dit ce qu'elle pense et fait même preuve d'un sang-froid incroyable quand elle se retrouve face à un loup. Elle fait également preuve d'une grande ingéniosité, comme lorsqu'elle propose d'utiliser des somnifères pour endormir un chien de garde.
À aucun moment, on ne donne de description de la petite fille et il n'y a que peu de remarques sur son apparence (juste une fois, un personnage s'étonne de voir à quel point elle a grandi). Les illustrations de mon édition nous proposent l'image d'une fille aux cheveux très longs, attachés de façon lâches avec des mèches folles, portant une salopette dont une des bretelles pend sur le bras. Personnellement, tout cela me fait penser à une petite fille qui aime bouger et s'amuser, se rouler dans l'herbe de la campagne.


Samarcande - Documentation

2 – Caribou et le renne aux yeux d'or, de Mérédith Ann Pierce
Caribou est une jeune fille qui vit seule depuis la mort de son père et le départ de son frère. Elle vit un peu à l'écart de son village, qui la voit comme une sorcière à cause de ses rêves prémonitoires.
Un jour, un bébé lui est confié. D'abord réticente, elle trouve ensuite du réconfort et de la compagnie auprès de l'enfant. Mais ce dernier n'est pas ordinaire : il n'est qu'à moitié humain et ses origines étranges vont le pousser à la quitter lors de son adolescence. La jeune fille est de nouveau seule. Sauf que, entre temps, le village a commencé à voir en elle une autorité à respecter et on lui rend régulièrement visite pour résoudre des problèmes de diverses natures : retrouver un objet, prendre une décision sur un mariage, etc. C'est alors qu'un drame surgit, les habitants se tournent vers Caribou, espérant une réponse. Notre amie va alors prendre la tête des opérations et diriger les siens vers des territoires encore inexplorés.
On voit le personnage de Caribou évoluer au fil des chapitres et du temps. D'abord petite fille réservée, on la voit prendre de l'assurance grâce à son pouvoir, l'éducation qu'elle apporte à l'enfant et la confiance que lui accorde le village. Sans but dans un premier temps, si ce n'est vivre et survivre dans un pays froid, la maternité va l'occuper quelques temps, puis ce sont ses responsabilités envers son village qui vont devenir essentielles dans sa vie. Malgré tout, elle reste une personnage sensible, avec ses peurs et ses doutes, qu'elle affronte tant bien que mal, ce qui en fait un personnage intéressant à suivre selon moi. On la voit tomber amoureuse mais elle refuse de suivre celui qu'elle aime pour respecter ses engagements envers les siens. Là encore son apparence n'a pas beaucoup d'importance, je ne me souviens pas de description faite et mon édition ne comporte pas d'illustration, si ce n'est la première de couverture.


Couverture Deux pour une

3 – Deux pour une, d'Erich Kästner
Louise, petite fille têtue et espiègle, passe de bonnes vacances dans un camp non-mixte. Un jour, un bus rempli de nouvelles arrive. Chouette ! De nouvelles rencontres à faire, de nouvelles amies, peut-être ? Oui sauf que... L'une d'elles, Lotte, est le portrait craché de Louise. À croire qu'elles sont jumelles...
Deux personnages principaux pour le prix d'une ^^ Les deux petites filles ont des caractères bien distincts : Louise est assez indisciplinée, forte tête, vive ; Lotte est douce, calme et c'est une fée du logis. Ce qui est intéressant, c'est que, à cause de certaines circonstances, le caractère de chacune va un peu déteindre sur l'autre. Et toutes deux vont devoir faire preuve de patience, d'ingéniosité pour garder un secret bien lourd à porter. 
Cette fois, l'apparence des personnages est importante mais c'est pour une bonne raison (le scénario) mais également la possibilité de différencier les deux personnages et d'illustrer leur personnalité respective : Louise a les cheveux détachés, Lotte a des nattes sages.


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(image tirée du site Amazon)

4 – Prune, de Luce Fillol
Prune vit une vie bien calme entre sa mère et son père. Elle est un peu en surpoids, est la cible de moqueries de la part du caïd de son école. Mais dans l'ensemble, elle se sent en sécurité, bien protégée dans son cocon familial.
Puis, un jour, tout bascule : ses parents ne s'entendent plus et son père s'en va. Le cocon se fissure et Prune doit faire face à des événements difficiles. Dans un premier temps, elle va se retrouver ballottée par ce qui l'entoure, subissant plus qu'autre chose. Puis, elle va tenter de se révolter, de prendre les devants et tenter d'arranger les choses au mieux, malgré son jeune âge et ses difficultés à s'imposer.
Elle se montre maladroite, mal dans sa peau, souvent en décalage avec les autres et passive. Elle a également des passages où on découvre son ressenti, un côté égoïste lié à son jeune âge et son sentiment d'être perdue face aux décisions des adultes. Ses tentatives de révolte seront souvent timides mais elle fait toujours de son mieux et a bon cœur, ce qui la pousse à aider les gens qui l'entourent, alors qu'elle-même a des soucis. 
L'apparence de Prune est un élément qui revient régulièrement : elle se coupe les cheveux pour attirer l'attention, on la voit maigrir un peu mais ce n'est ni le centre de l'histoire, ni ce qui va lui permettre d'être heureuse (une partie de la perte de poids se fait à la suite d'une convalescence).


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5 – Anna dans les coulisses, de Betsy Byars
Anna fait partie d'une famille de chanteurs et de musiciens, d'inspiration religieuse. Sauf qu'elle-même ne sait pas chanter juste, ni même jouer en rythme. On lui a donc confié la vente de disques et cassettes (oh la la, le coup de vieux!), à la fin des spectacles. Aussi, elle se sent constamment en décalage, rarement à sa place, toujours dans l'ombre de sa famille. Elle ne semble se démarquer en rien. On la voit surtout spectatrice de la vie de sa famille, que ce soit sur scène ou dans la vie de tous les jours. Elle a deux petits frères, qui se démarquent par leurs acrobaties, et une grande sœur dont la qualité principale est d'être jolie (c'est sans doute la raison pour laquelle leur mère la préfère).
Puis, un jour, un oncle, dont elle ignorait l'existence, sort de prison et demande de l'aide à la famille. Anna comprend très vite qu'il est un peu le mouton noir, malgré ses talents de musicien, à cause d'erreurs qu'il a commises par le passé. Elle va alors se sentir étrangement proche de cet oncle qu'elle n'a jamais vu, faisant de son mieux pour tenter de le comprendre et de l'intégrer à la famille.
Suite à un accident de voiture, l'oncle va gagner le pardon de tous et la jeune fille prendra conscience de sa propre valeur : sa générosité, son empathie. J'ai également l'impression que la mère d'Anna semble moins se préoccuper d'elle parce que la jeune fille est au final plus responsable que ses frères et plus forte que sa grande sœur. 
C'est dans ce roman, on n'a pas de description d'Anna très précise, juste un passage où on apprend qu'elle n'est ni grande, ni petite, ni blonde, ni brune...comme son oncle. Par ce passage, on sent qu'elle a une apparence banale, contrairement à sa grande sœur, et ça accentue aussi son côté "vilain petit canard".


Il y a une chose que j'ai remarquée, qui n'est par forcément en lien avec le sujet de l'article mais plus une spécificité des romans jeunesse : le plus souvent, les enfants sont en réaction au monde des adultes avec lequel ils ne sont pas en accord. Paola va défendre Lou face aux villageois, Caribou va devoir prendre des décisions pour les adultes de son village, Louise et Lotte vont se révolter contre le divorce de leurs parents, Prune est également perdue face à la séparation de ses parents et Anna est la seule à tenter de comprendre son oncle alors que son père le rejette violemment.
L'intérêt dans ce premier échantillon, c'est que nous avons plusieurs personnages qui vont réagir à leur manière : certains sont plus dans l'action, d'autres dans l'empathie, d'autres encore mélangent les deux. De plus, tous ces romans passent sans problème le test de Bechdel (https://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_Bechdel). Ce n'est pas un gage de qualité mais un bon point de départ si on s'intéresse à la présence des femmes dans les médias.

On a donc droit à divers modèles, tous étant aussi valides les uns que les autres, mais qui restent cependant plutôt gentils et dociles. Ce ne sont pas des petites filles qui vont s'énerver à tout va, qui vont mentir, être agressives, etc.
Aussi, dans le prochain « Vite fait, bien fait », je m'attarderai sur des personnages avec des caractères moins dociles, qui entreprennent des actions plus osées et moralement problématiques, qui vont bousculer l'ordre établi.

J'espère que ce premier article spécial jeunesse vous a plu. N'hésitez pas à dire dans les commentaires quels sont les livres (avec des filles cools) qui ont marqué votre parcours de lecteur ou lectrice quand vous étiez plus jeune. Et surtout, si vous avez lu les mêmes livres que moi, dites-moi ce que vous en gardez comme souvenir :)

samedi 24 mars 2018

Vite fait, bien fait #1 : développement personnel (Laurent Gounelle, Katarina Bivald, Jill Smolinski)

Vous connaissez sans doute ça, si vous tienez un blog de lecture.

Il m'arrive d'avoir des livres sur lesquels je n'ai pas grand chose à dire, une fois finis. Ou alors, j'attends trop longtemps pour en faire une chronique et donc, je n'ai plus assez de matière pour en faire une critique décente (et j'ai un peu la flegme de les relire).

Aussi, je vais réunir dans cet article plusieurs de mes dernières lectures (concept découvert via le blog de Minidou : https://return-the-pages.blogspot.fr/2013/10/notes-de-lectures-1.html).

Comme je me doute que cela risque de se reproduire, autant dire que je commence une nouvelle série que je nommerai sans doute « Vite fait, bien fait » (j'ai encore un doute sur ce titre, au moment où j'écris ces mots).

C'est parti pour cette première vague, qui a pour fil rouge le développement personnel (même si tous les livres ne sont pas présentés en tant que tel).

L'homme qui voulait être heureux – Laurent Gounelle
Premier roman de développement personnel que je lis.
J'avais décidé de lire un roman de développement personnel car je pensais que certaines notions, expliquées sous forme de roman (aux travers de l'expérience des personnages) seraient plus faciles à comprendre et à ressentir. Certains livres de développement personnel peuvent être indigestes et je pensais que la forme du roman serait intéressante car plus légère, plus agréable à lire.
Dans ce roman, malheureusement, je trouve qu'il y a beaucoup de passages où le vieux sage monologue en expliquant une notion et l'interlocuteur ne sert qu'à entrecouper les passages importants, comme pour nous laisser le temps de la réflexion. Ça m'a un peu fait penser aux dialogues de Platon. J'ai trouvé cette présentation un peu lourde à lire, manquant de naturel. Donc, j'ai eu un peu de mal à rester dans l'histoire et à y croire.
Tous les personnages sont un peu vides, ils manquent de background et leur caractère se limite souvent à un seul trait de caractère ou à leur rôle dans l'histoire : le vieux sage, la personne qui se sent perdue, la personne antipathique, etc...
Cependant, je trouve les idées mises en avant intéressante : l'auteur questionne nos croyances (dans le sens présenté dans « les quatre accords toltèques » de Don Miguel Ruiz), notre rapport à l'argent, le fait d'accepter de ne pas être aimé/validé par tous, la nécessité de faire un choix (même difficile), etc...
De plus, le cadre choisi pour l'histoire est agréable : l'auteur profite des pauses entre les dialogues pour nous décrire des paysages magnifiques ou pour nous décrire la philosophie d'un autre peuple.


Le jour où Anita envoya tout balader – Katarina Bivald
Un nouveau roman de chick-lit. Celui-ci a eu plus de succès avec moi que « L'homme idéal existe. Il est québecois ». C'était même une lecture assez agréable.
On suit Anita, une femme qui se rend compte que sa vie a longtemps tourné exclusivement autour de sa fille. Or, celle-ci quitte le nid familial pour ses études, laissant la maman avec beaucoup de temps libre sans savoir quoi en faire ! Elle décide alors de reprendre ses rêves d'adolescente et de les réaliser.
On voit donc la jeune femme prendre des cours de moto, s'engager dans la préparation d'un événement pour sa ville... Bref, rien de bien fou-fou comme le suggère le titre. D'ailleurs, à cause de ce dernier, j'ai pensé que le livre était un peu long à se mettre en place car j'attendais le moment où Anita enverrait vraiment tout balader, pour partir en voyage à moto (ou un truc du genre). Une fois que je me suis rendue compte de mon erreur, j'ai été touchée de suivre cette femme faisant des efforts pour changer de vie, trouver un but, sortir de sa zone de confort peu à peu, prendre confiance en elle, se remettre en question, avoir des doutes, relier avec sa mère malade. Raison pour laquelle j'ai pensé à un roman de développement personnel, bien que je ne sois pas certaine qu'il ait été écrit dans ce but.
J'ai trouvé le personnage principal plus intéressant et attachant. Mieux développé, avec un vrai background (et pas juste la liste des hommes avec qui elle a été en couple). Idem pour les autres personnages, l'autrice prend bien le temps de les présenter avec leurs spécificités. J'ai bien aimé le cadre de la ville où tout le monde a l'air de se connaître, plutôt qu'une grande ville manquant de chaleur humaine.


Le prochain truc sur ma liste – Jill Smolinski
June a eu un accident en voiture avec Marina. Cette dernière n'a pas survécu, June se sent donc responsable car elle conduisait. Elle est tombée sur une liste de choses que Marina souhaitait faire avant ses 25 ans. Pour surmontant son sentiment de honte et de culpabilité, June décide de réaliser cette liste elle-même.
Je suis un peu mitigée par cette lecture. On retouve l'idée de sortir de sa zone de confort en réalisant une liste d'objectifs mais le cadre de l'histoire est un peu morbide.
Cependant, d'autres sujets sont abordés, comme le rapport avec les enfants, l'adoption, le deuil, le lâcher-prise, le fait de prendre des risques, etc. Autant de sujets qui me font penser que ce roman pourrait être un livre de développement personnel.


Petite note : je rapproche ces deux derniers romans car je trouve qu'ils ont plusieurs points communs dont un qui m'agace beaucoup : l'histoire se termine au moment où la jeune femme trouve l'amour.
Dans le livre de Laurent Gounelle, où le personnage principal est un homme, la vie de couple est abordée mais n'est pas présentée comme le « happy end ». Tandis qu'avec les deux femmes, cela semble être une condition nécessaire au bonheur. Dommage.

Je vais m'arrêter là pour cette fois. Je pense ne pas dépasser la taille d'une chronique habituelle pour que ce ne soit pas trop indigeste ;)

Bonne lecture et à bientôt !